27/06/2011 03:38:22
Au printemps sénégalais
De tous les falbalas trompeurs de la popularité, il ne lui reste, aujourd’hui, plus aucun oripeau. Le temps est bien loin où, porté par les zéphyrs de son état de grâce présidentielle, il pouvait compter sur le soutien indéfectible de tout un peuple...
Walf Fadjri
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Qu’elle enfante des tragédies nouvelles ou une ère faste, l’histoire accouche rarement sans douleur. Or, ‘historique’, cet adjectif trop souvent galvaudé ne convient que trop à la journée du jeudi dernier qui sera à jamais marquée d’une pierre blanche : l’histoire, ce jour-là, était, chez nous, en gésine. Et bien que ses douloureuses contractions eussent secoué un pays bringuebalé, elle aura ouvert une ère nouvelle pour la démocratie sénégalaise.

En effet, face au coup d’Etat constitutionnel ourdi par le président Wade, la nation sortait enfin de sa posture passive et fataliste pour prendre son destin en main. En appariteur résolu de la République, le peuple sénégalais ôtait les oripeaux de l’inertie pour enfiler les habits de la colère. C’est ainsi que, dans toutes les villes du pays, l’acrimonie nationale se débondait et les slogans hostiles au pouvoir fleurissaient sur les calicots enflammés. Ce fut, partout, le grand charivari avec sa volée de casseurs et d’incendiaires en dépit de la répression pourtant musclée des pandores de la République. Saccageant des maisons, brûlant des voitures et jetant des pierres, hommes, femmes et enfants se disputaient ainsi les enchères de la fureur et de la violence. La colère ouvrait, en eux, ses écluses avec tant de violence qu’elle avait englouti et submergé leurs autres soucis dans son invariable plénitude.

Perçant la fumée toujours opaque des bombes lacrymogènes, le peuple sénégalais, poussé par le vent de l’histoire, s’avançait, impavide, vers son glorieux destin. Tant et si bien qu’au soir tombant, le président de la République, de guerre lasse, capitula et ravala son projet de loi. La nation, ébaubie, n’en revenait pas : Abdoulaye Wade, César jadis puissant et craint, venait ainsi de s’incliner en vulgaire palotin devant un peuple déchainé. Sans doute ensuqué par ce revers, le président ne fera d’ailleurs, ce soir-là, aucun discours à l’adresse à la nation. Il préfèrera trimarder, sans mot dire, le boulet de cette cinglante avanie. Pathétique spectacle d’un roi nu, dos au mur, prêt à tous les renoncements et reculades pour se maintenir sur un trône vacillant.

Le Sénégal, on le sait, est historiquement terre de tempêtes et de turbulences où l’histoire fait du bruit quand craque et crisse la politique aux entournures du temps. En ce pays où, sans cesse, les dieux ont soif, rien ne se fait dans le calme des cabinets dès qu’on touche aux institutions, cette improbable charpente de nos passions collectives. Abdoulaye Wade, oublieux de l’histoire, l’aura bien appris à ses dépens, en voyant son projet de loi emporté comme fétu dans le séisme de la révolte populaire. Si cette loi, d’une iniquité insigne, avait été adoptée, nul doute qu’elle eût asséné une violente torgnole à l’échine encore frêle de notre démocratie.

L’élection présidentielle n’eût été qu’une vulgaire partie bonneteau où Wade serait gagnant à tous les coups. Et le suffrage universel en eût été, par là même, vidé de toute sa quintessence. Or, des générations entières, avant nous, se sont battues pour que les urnes poursuivent leur cliquetis à travers les âges. Ce chuchotement de comice, essentiel à l’aune du destin sénégalais, a été conquis de haute lutte par nos aïeux. En se mobilisant, comme un seul homme, pour faire pièce à cet obscur projet de loi, la nation a su se montrer digne de ce legs de l’histoire.

Ainsi, au sortir de ce jeudi dernier, il plane sur le palais présidentiel comme une odeur de zizanie, il y luit comme un reflet de fiasco. Le président Wade, démonétisé, n’est plus une institution respectée pour garantir l’intérêt général. Son autorité est désormais châtrée et sa légitimité érodée.

De tous les falbalas trompeurs de la popularité, il ne lui reste, aujourd’hui, plus aucun oripeau. Le temps est bien loin où, porté par les zéphyrs de son état de grâce présidentielle, il pouvait compter sur le soutien indéfectible de tout un peuple. Les rubans de son état de grâce sont fanés, les larges manches du magicien sont déchirées et son chapeau est vide.

Au vu de la forte mobilisation du jeudi dernier, on peut affirmer sans ambages que la confiance du peuple, oxygène des régimes démocratiques, a totalement déserté la carriole cahotante de son pouvoir branlant. Face à un tel désaveu populaire, tout homme responsable eût démissionné. Mais après 11 années de règne, Abdoulaye Wade, aujourd’hui âgé de 85 ans, ne semble toujours pas repu de pouvoir. C’est donc en homme têtu et opiniâtre qu’il s’accrochera à son trône jusqu’à ce jour fatidique où la tornade de la révolte viendra le balayer de sa citadelle d’illusions.

El Hadji Malick SALL Elimane Donaye Président du Sillon des opinions libérales milksup@yahoo.fr

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