29/06/2011 01:36:03
Pergola. Les détenus réagissent : «L'Onuci nous a piégés et trahis»
48 heures après l’inculpation de 15 d’entre eux, les pensionnaires de la Nouvelle Pergola, indignés, ont tenu à réagir. Ils pointent du doigt l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci).
Le nouveau courrier
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48 heures après l’inculpation de 15 d’entre eux, les pensionnaires de la Nouvelle Pergola, indignés, ont tenu à réagir. Ils pointent du doigt l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci).

Plusieurs personnalités proches de Laurent Gbagbo et hommes de medias avaient trouvé refuge, en avril dernier pour des questions de sécurité, à l’Hôtel La nouvelle Pergola, qui s’est vite transformé en milieu carcéral. Le Nouveau Courrier dans sa parution N° 245 du samedi 18 au dimanche 19 juin dernier, avait fait une incursion au coeur de la «prison», avec ce titre à sa Une : «Enquête sur le traquenard de l’Hôtel Pergola». Quelques 48 heures après cette parution, le ministre de la Justice, Ahoussou Jeannot annonçait au cours d’une conférence de presse, l’accélération de la procédure judiciaire contre toutes les personnalités en détention ou en «résidence surveillée». Résultat, 15 des pensionnaires de la Nouvelle Pergola, dont des ex-membres du gouvernement et des journalistes sont mis en examen, avec 18 chefs d’accusation retenus contre eux.

Aujourd’hui encore, ils crient à la trahison ! Ils accusent l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire de les avoir entraînés dans un véritable traquenard, en complicité avec les nouvelles autorités du pays qui pourtant avaient prévu d’assurer leur sécurité. «Nous sommes venus de nous-mêmes ici (la Pergola, ndlr), parce que la ville était à feu et à sang. Le ministre Alcide Djédjé (photo) a demandé à l’Onuci de nous abriter. Et c’est comme cela qu’avec l’accord des autorités actuelles nous nous sommes retrouvés à la Pergola. C’est parce qu’on ne voulait pas quitter le pays», explique une source à la Pergola, au contact des «prisonniers».

Selon elle, les «refugiés» devenus prisonniers à la Pergola en veulent à l’Onuci qui leur a tendu un piège. «L’Onuci nous a piégés et trahis. Si on savait que c’était ce qui nous attendait ici, on ne serait pas venus ici. Et on aurait quitté le pays comme d’autres Ivoiriens», s’est-il plaint.

Pour nombre des pensionnaires, le gouvernement et l’Onuci avaient bien préparé le coup, visant à attirer le maximum de personnalités et proches de Laurent Gbagbo dans ce complexe hôtelier. Et faire d’eux de véritables prisonniers de «guerre». Tout va changer désormais à la Pergola, nous a indiqué une source, pour les 15 mis en examen depuis vendredi dernier. «Leur statut et leur quotidien vont radicalement changer. Ils seront quasiment dans des ‘‘cellules d’isolement’’», explique-t-il. Des informations confirmées par un informateur à la Pergola. En effet, les 15 personnes inculpées vont, dans les heures qui suivent (si ce n’est déjà fait), se voir mettre en isolement total dans leurs différentes chambres.

Et dont les clés sont exclusivement détenues par les soldats Frci qui y sont. «Ils veulent nous enfermer désormais dans nos chambres. On n’aura plus droit à rien. La nourriture sera servie dans nos chambres. C’est comme si on nous transférait dans le nord comme nos camarades. On se rend compte que l’Onuci nous a livrés aux Frci», a expliqué un pensionnaire de «Prison Pergola» à notre source.

Que reproche-t-on à ces journalistes ?

Parmi la centaine de personnes en détention et résidences surveillées à Abidjan et dans le nord du pays, figurent des journalistes et professionnels de la communication. Seul Serge Boguhet, cameraman à la Rti est en détention à Bouna dans des conditions presqu’inhumaines, selon la division des Droits de l’Homme de l’Onuci. Les autres ont été gardés à la Nouvelle Pergola. Si Yasmine Magoné (journaliste indépendante) et Chantal Gnamien (journaliste-stagiaire à la Rti) ont recouvré la liberté samedi 19 juin dernier, ce n’est pas le cas pour la majorité d’entre eux, encore en détention.

Pire, quatre d’entre eux ont été récemment mis en examen par le parquet. Et selon toute vraisemblance, ils sont «poursuivis» pour plusieurs chefs d’accusations dont la teneur reste encore floue. Il s’agit des confrères Franck Anderson Kouassi, journaliste, ex-président du Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA), Armand Bohui Komé, journaliste, membre du cabinet de l’ex-Première Dame Simone Gbagbo et ex-membre du Conseil national de la presse, Norbert Gnahoua Zibrabi, journaliste, Directeur de publication du journal l’OEil du peuple et ex-conseiller technique de Laurent Gbagbo, Germain Guézé, cameraman à la RTI détaché à la Présidence.

A ceux-là, on peut ajouter Simone Hué Lou, Directrice générale de «La Refondation», société éditrice du journal Notre Voie. Ce qui intrigue, c’est que tous ces confrères encore en activité, se retrouvent sur une liste d’inculpés sur laquelle figurent d’exmembres du gouvernement poursuivis pour dit-on «crimes de sang, participation
à des bandes armées, atteinte à la sûreté de l’État, crimes économiques, vol en réunion, détournements de biens de l’État»
et une dizaine d’autres chefs d’accusation. Et le plus surprenant, c’est le mutisme volontaire des organisations de défense des journalistes et professionnels de la communication qui semblent ignorer la situation de ces confrères.

 

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