06/07/2011 01:33:20
L'Etat délinquant
Mardi le 21 juin 2011, au prétexte de la célébration de la fête de la musique, le chef de l’Etat Paul Biya, a ouvert la grande muraille du palais présidentiel de son village natal à Mvomeka’a, pour recevoir dans ses appartements privés un peu plus de 250 artistes...
Le Messager
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Mardi le 21 juin 2011, au prétexte de la célébration de la fête de la musique, le chef de l’Etat Paul Biya, a ouvert la grande muraille du palais présidentiel de son village natal à Mvomeka’a, pour recevoir dans ses appartements privés un peu plus de 250 artistes.

Malgré les avis divergents sur la démarche des artistes qui ont fait le voyage, l’évènement relève de l’inédit. Peu importe si l’opération de charme se tient en année électorale, dans un contexte où tous les gestes de Paul Biya sont calculateurs, d’autant qu’il fait feu de tout bois, pour être candidat à sa propre succession. Apprécions à sa juste valeur le fait pour le président d’avoir ouvert son intimité aux artistes après 29 ans de longue attente.

Passée l’étape d’émerveillement, faisons une halte et interrogeons-nous sur les retombées. Le chef de l’Etat et les artistes musiciens ont assurément discuté de l’absence de politique culturelle au Cameroun, le manque de salles de spectacles, de cinéma, les destinations ambiguës du compte d’affectation spéciale, l’état de désaffection du centre culturel camerounais, l’absence du statut des créateurs des œuvres de l’esprit, le non payement de la redevance sur le droit d’auteur...

Au fur et à mesure que la situation culturelle du pays se désagrège, le pourrissement atteint les frontières de l’indignation et devient affligeant. Comment un Etat qui se respecte peut-il mettre en place les lois et les piétiner ? Comment un Etat qui se respecte, peut-il voter des textes, comme la loi 2000, sur le droit d’auteur et les droits voisins du droit d’auteur et refuser d’y donner droit ? Comment un pays peut-il mettre ses artistes en compétition (dans une opération de communication), et refuser de récompenser les lauréats après les résultats ? Le drame que vit l’artiste Théodore Alan Bright, créateur du logo du cinquantenaire, est révoltant.

Le logo qu’il a créé, a été abondamment exploité, à travers des supports comme  les pagnes, les timbres, les casquettes, les tee-shirts et les divers gadgets. Comment expliquer que la rétention de ce qui lui est dû, le refus de partager les droits générés par ses œuvres artistiques soient entretenus par les proches collaborateurs du chef de l’Etat, qui jouent les «voyous» et usent de toute forme de banditisme. On peut comprendre que certains usagers du droit d’auteur rusent et s’abandonnent à la délinquance.

Mais les artistes ne doivent pas continuer à subir le supplice venant des cimes de l’Etat. On comprend bien la démarche entreprise par le créateur du logo du cinquantenaire, qui vient de saisir la justice pour être rétabli dans ses droits. Sa plainte contre le directeur du cabinet civil, Belinga Eboutou, mérite qu’on s’y penche. Le Messager ouvre le débat sur la « bravoure » de l’artiste qui a brisé le signe indien en portant plainte ; sur ce qu’on peut attendre de la réaction de Paul Biya à qui l’artiste a adressé une lettre ouverte.


Souley ONOHIOLO  

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