06/07/2011 01:43:51
Martin Bélinga Eboutou traîné au tribunal
Théodore Alan Bright accuse le président du comité d’organisation des Cinquantenaires d’avoir fait main basse sur la prime spéciale du président de la République et les retombées générées par l’exploitation de son œuvre
Le Messager
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Pour Théodore Alan Bright, artiste créateur du logo du cinquantenaire, le président du comité d’organisation des cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification est responsable de ses misères et de la galère de sa famille, à cause de sa main basse sur les retombées générées par l’exploitation de ses œuvres artistiques.
 
L’artiste créateur du logo du cinquantenaire n’en peut plus. Au «carrefour du lycée bilingue » de Yaoundé où il rase les murs et squatte dans une chambre, il ne paie pas bonne mine. Plongé dans la survie et coincé entre quatre murs, il a été amené pour fuir la «mal vie», de parquer  femme et enfants chez parents et  connaissances.  « Je me nomme Théodore Alan Bright, créateur du Logo des cinquantenaires du Cameroun. Je viens de porter plainte contre M. Martin Bélinga Eboutou  qui aurait retenu les droits qui me reviennent en tant qu’auteur du logo des cinquantenaires ».

Théodore Alan Bright est presque au bord des larmes quand il explique ses misères et toutes les démarches qu’il a entreprises, mais sans succès, pour se faire rétablir dans ses droits. Plusieurs fois il a été invité au calme. L’indignation ayant atteint son paroxysme, la seule voie de recours est de saisir la justice, malgré la « force de frappe » de son adversaire.

« Je crois en une justice divine. Je pense aussi qu’il est écrit que chacun gagnera son pain à la sueur de son front. J’engage une revendication sans retenue en vue de l’obtention du payement de mes droits. Ils ont exploité mon logo, il  faut qu’ils me payent. Ils auront le choix entre me payer ou passer sur mon cadavre. Je sais pouvoir compter sur la justice camerounaise » sérine-t-il. L’artiste a fait irruption au secrétariat d’Etat à la défense (Sed), avec la ferme détermination de rencontrer Jean Baptiste Bokam. Reçu par les services du commandement opérationnel, on l’a conseillé de saisir le parquet d’instance de Yaoundé centre administratif ; lequel a reçu sa plainte et lui a signifié que dans les heures qui suivaient, le procureur de la République devrait instruire une enquête.

L’artiste ne passe pas par quatre chemins pour citer les termes de la loi n°2000/011 du 19 décembre 2000, relative au droit d’auteur et aux droits voisins du droit d’auteur qui accordent au créateur des œuvres de l’esprit la jouissance des droits de son œuvre, du droit exclusif de l’exploiter et d’en tirer un profit pécuniaire. La même loi dispose également que l’auteur continue de jouir des retombées générées par son œuvre, indépendamment de toute cession, des prérogatives morales sur son œuvre, dont le droit à la reconnaissance de sa paternité et à la défense de l’intégrité de celle-ci.

« Depuis le début des festivités des cinquantenaires, je n’ai été associé à aucune activité relative aux célébrations des cinquantenaires, ce qui est une négation de ma paternité. J’ai été simplement ignoré par le comité et son président sans raison valable, pourtant le législateur camerounais a voulu que je doive être le premier à être consulté pour que tous les utilisateurs de ma création puissent respecter l’intégrité de mon œuvre, et que je puisse jouir des retombées provenant de son exploitation commerciale éventuelle. C’est ainsi qu’en m’écartant, le logo a été souvent mutilé et maintes fois dénaturé », se plaint-il.

Chantage et trafic d’influence

«Dans un souci d’apaisement et d’arrangement à l’amiable, j’ai approché le président du comité et ses collaborateurs. Ces derniers ont exigé de ma part des documents prouvant ma paternité au logo, ce qui a été fait. Je rappelle ici que ce logo porte ma signature ; une signature qui apparaît sur toutes mes œuvres. Ils m’ont même demandé de signer une lettre de cession du logo au comité pour tout usage. Ils m’ont recommandé de me taire si je ne voulais pas avoir d’ennuis. Je suis resté tranquille jusqu’au jour où j’ai enfin compris ce qui se cachait derrière ce petit jeu» écrit-il au procureur de la République.

Selon lui, les « bandits » qui ne veulent pas le payer, usent d’une machination bien huilée, pour lui faire croire que c’est le chef de l’Etat qui  a refusé qu’on lui reverse ses droits. « Ce qui n’a pas de sens, vu que c’est lui même qui a choisi mon logo comme le meilleur. Il m’est apparu que le choix du chef de l’Etat leur importait peu, puisqu’ils m’ont traité comme le pire perdant. Même en cédant ce droit, je reste néanmoins propriétaire à vie des droits moraux de cette œuvre, un droit moral qui, par le comportement des membres du comité des Cinquantenaires et de son président m’est pratiquement dénié. Il faut rappeler que toute atteinte au droit moral est également érigée en contrefaçon par les articles 80 et suivant de la loi de 2000 précitée ».


Les termes de la plainte de l’artiste ne s’arrêtent pas là. A le croire, la large exploitation du logo à des fins commerciales a généré de faramineuses sommes d’argent évaluée à cinq milliards de bénéfices. « De plus, nous sommes au courant qu’une prime spéciale a été disposée pour l’auteur du logo par le président de la République, une récompense que je n’ai jamais reçue et qui probablement aurait été détournée. C’est une des raisons de ma plainte ». L’artiste exige que justice soit faite. Que la part qui lui revient selon la loi qui régit l’exploitation de ce logo lui soit intégralement reversée, ainsi que la prime spéciale du président de la République. Il exige du comité des cinquantenaires qu’il fasse rectifier toutes les mutilations et rétablisse l’intégrité de ce logo ; il exige au nom du droit moral camerounais une reconnaissance nationale pour son mérite dans la création de cette œuvre qui honore le Cameroun. Enfin, Théodore Alan Bright exige du comité, son implication effective à toute exploitation future dudit logo, selon la loi.

« Je sais combien ce genre de démarche est  délicate à cause de l’autorité des personnes en cause. De ce fait, je tiens à signaler qu’au moment où je porte cette plainte, nous jouissons moi et ma famille d’une bonne santé et de toutes nos facultés mentales et physiques. Si dans les jours qui suivent cette plainte, notre intégrité physique devrait être atteinte, cela serait imputable à ceux qui sont concernés par mes dénonciations », conclut-il.
S. O.    


Paul Biya - Théodore Alan Bright: Une histoire « d’amour » qui finit toujours au tribunal


Les œuvres artistiques du plaignant ont toujours été appréciées et rencontrées la main heureuse du chef de l’Etat. Mais la fin a toujours été catastrophique, et l’artiste obligé de recourir à la justice.
 
Après enregistrement des œuvres artistiques, répondant aux critères du concours sur le meilleur logo des cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification des trois œuvres définitivement retenues, celle de l’artiste Théodore Alan Bright est classée en 3ème position par les membres du jury de sélection. Il reçoit une minable somme de 1.000.000 (un million) de Fcfa, comme initialement prévu, contre le lauréat proclamé en 1ère position qui touche une rondelette somme de 5.000.000 (cinq millions) de Fcfa. Mais lorsque les trois logos sont présentés au chef de l’Etat, au grand étonnement général et contre toute attente, la main heureuse du président de la République porte son choix sur le logo de Théodore Alan Bright ; lequel sera exploité à des fins commerciales, pour tous les supports, en ce qui concerne la célébration du cinquantenaire de l’indépendance : les pagnes, les timbres et une cinquantaine d’autres gadgets. Mais le contre-pied du chef de l’Etat dans le choix d’un logo autre que celui sélectionné par les membres du jury ne va pas plaire au comité de l’organisation des Cinquantenaires de l’Indépendance et de la Réunification.


Le président dudit comité va user de son poids pour couper les vivres et les retombées générées par l’œuvre de l’artiste choisi par le chef de l’Etat. Martin Bélinga Eboutou va laisser moisir l’artiste dans la misère, refusant même de lui reverser la prime spéciale du président de la République ; ni même les 20% que devrait lui rapporter l’exploitation à des fins commerciales de son œuvre, conformément à la loi 2000 sur le droit d’auteur. Même la lettre de félicitation adressée à l’artiste par le chef de l’Etat ne lui parviendra jamais. Pour décrier ce qu’il appelle «les frustrations suite au logo du cinquantenaire », l’artiste a le 17 juin, saisit le chef de l’Etat, par voie de courrier. « Par votre grand discernement, c’est vous qui avez choisi mon œuvre comme devant être le logo définitif des cinquantenaires de notre magnifique pays » écrit-il au chef d’Etat.

L’artiste se dit également surpris que le comité que dirige Martin Bélinga Eboutou reste silencieux, indifférent et méprisant à son égard, alors qu’à ce jour les internautes ont voté le logo du Cameroun comme le meilleur de tous les cinquantenaires célébrés en Afrique durant les deux dernières années. « Après le lancement des festivités, avec enthousiasme, je me suis rapproché du comité national de l’organisation des cinquantenaires (Cnoc) et de son président pour une quelconque reconnaissance de mon travail. Hélas, monsieur le président de la République, je n’ai rencontré que du mépris et des promesses évasives : pas une lettre, pas une médaille, aucune sorte de compensation pécuniaire de quelque nature que ce soit jusqu’à ce jour».

Conscient qu’on est à quelques mois de la célébration du cinquantenaire de la Réunification, l’artiste exprime sa déception au chef d’Etat, celle d’avoir œuvré avec beaucoup de dévouement pour la réalisation du logo, mais de ne pouvoir être capable de payer les frais de scolarité à ses enfants. «Excellence, je suis très fier de vivre de mes œuvres et de prouver qu’on n’a pas besoin de s’expatrier pour vivre de son art. Je vous écris parce que je connais votre amour pour la jeunesse camerounaise dont j’en fais partie. J’ai voulu par cette œuvre d’art interpréter à ma manière les grandes ambitions qui est un thème si cher à vos yeux. Je suis convaincu que vous n’étiez pas au courant de ma situation. Tous mes espoirs sont portés sur vous », écrit l’artiste au chef de l’Etat.

De l’éternel supplice au recours permanent à la justice 

Ce n’est pas la première fois que l’artiste Théodore Alan Bright est amené à faire recours aux tribunaux pour bénéficier et jouir des retombées générées par ses œuvres artistiques. Dans chacun des cas, il est spolié par les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat, au sujet des œuvres artistiques qui concernent le président de la République. Au mois d’octobre 2005, il avait dû recourir par voie d’huissier de justice, pour obtenir le recouvrement des droits et primes sur le portrait géant du chef de l’Etat. En fait, l’artiste avait participé au concours du meilleur portrait du chef de l’Etat en 2003, à l’occasion de l’anniversaire de l’accession à la magistrature suprême de Paul Biya. Il s’en est sorti lauréat avec le meilleur portrait. Jusqu’en 2005, il aura eu tout le mal pour toucher la prime, encore moins le prix de l’œuvre d’art qui par la suite, deviendra le portrait officiel du chef de l’Etat au musée national.

Et pourtant la prime n’était que d’un million, et le prix de l’œuvre fixé à dix millions. Les droits d’exploitation de l’œuvre pendant les deux années s’élevaient à environ sept millions trois cents mille Fcfa. En se relançant à la course artistique pour des histoires concernant le chef de l’Etat, Théodore Alan Bright n’était pas sûr qu’une fois de plus il serait victime de la « frappe » des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Décidément, affairisme, arnaque et escroquerie sont devenus le sport favori des « proches » du président.


Les démarches que Le Messager a entreprises dans l’optique d’avoir la version des faits du ministre Martin Bélinga Eboutou, se sont soldées par des échecs. Des personnes proches du cabinet civil que nous avons contactées n’ont pas voulu s’exprimer sur la question, malgré de nombreuses tentatives effectuées. En tout état de cause, Le Messager reste ouvert et accessible.

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