07/07/2011 01:19:57
Corantin Talla: «Paul Biya doit se retirer pour éviter un bain de sang»
«...Cela dit, Biya est inéligible et sa candidature à la prochaine élection présidentielle constituera une menace sérieuse à la paix sociale dans notre pays. Qu’il se retire maintenant pour éviter un bain de sang au Cameroun...»
Le Messager
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Plus connu sous le sobriquet de "Général Schwarzkopft", ce leader fondateur du "Parlement des étudiants Camerounais" vit depuis près de 20 ans en exil aux Etats-Unis d'Amérique après avoir été banni de toutes les universités camerounaises au début des années 90 (années de braises) au Cameroun. Titulaire d’un Master’s en administration publique de la University of North Florida (Unf) et d’un diplôme d’ingénieur de logiciel Oracle, il est le président de l’ong américaine dénommée Conscience du Cameroun. En plus de sa casquette de président d’Ong, "Général Schwarzkopft" poursuit une carrière professionnelle aux Usa comme Senior Oracle Database Administrator.

Il travaille présentement comme consultant informatique auprès de la société Boeing basée à Seattle à Washington aux Usa, après avoir travaillé tour à tour au ministère de l’Agriculture, au ministère de la Défense, au ministère du Commerce et au ministère de la Justice des Etats-Unis comme consultant en base de données Oracle. Il est le leader reconnu des activistes politiques de la diaspora camerounaise des Usa qui ont réussi avec succès à mettre le régime de Biya dans la ligne de mire des Américains pour atteinte répétée aux droits de l’homme, refus obstiné d’organiser des élections transparentes et tentative de monarchisation du pouvoir dans une République. Ci-après, il répond aux questions du quotidien Le Messager, portant sur les sujets brûlants de l'actualité au Cameroun, avec en ligne de mire la prochaine élection présidentielle.

En moins d'une semaine, le Cameroun a accueilli en visite officielle le sous-secrétaire d'Etat américain aux Affaires étrangères Johnnie Carson et le ministre français de la Coopération, Henri de Raincourt. Ils ont, dans leurs entretiens avec des membres de la classe politique camerounaise tant du pouvoir que de l'opposition, évoqué la prochaine présidentielle, Elecam et les droits de l'homme. Quelle lecture faites-vous de cette dernière actualité, à quelques mois de l'élection présidentielle?

Je pense que ces ministres américain et français ont été envoyés au Cameroun par leurs présidents, car ceux-ci sont conscients du risque d’entrave à la paix au Cameroun au cas où Biya voudra se représenter aux élections et opérer un autre forcing électoral pour perpétuer l’incompétence du gouvernement camerounais à satisfaire ne serait-ce que les besoins de base des Camerounais tels que la santé, l’éducation, le logement, l’emploi et j’en passe. Et un nouveau forcing électoral de Biya ne pourra que pérenniser les abus multiformes des droits de l’homme dans notre pays et éventuellement élargir la fracture sociale déjà porteuse de germes d’une conflagration sociale coûteuse pour le peuple camerounais et ceux qui jouissent de l’exploitation de nos ressources naturelles.

De ce fait, j’espère que les envoyés d’Obama et Sarkozy sont allés dire leur inquiétude à Biya et lui demander de respecter la constitution camerounaise qui, en fait, consacre son inéligibilité aux prochaines élections. Au fait, 30 ans au pouvoir c’est inacceptable, surtout en ce moment où la communauté internationale s’attaque à tort ou à raison aux pseudo-monarques des Républiques. Elecam n’est pas apte à organiser les élections transparentes au Cameroun par le fait qu’il est coiffé par les cadres du parti au pouvoir nommés par le président actuel qui est aussi un possible candidat aux prochaines élections. Quand on connaît la tradition d’inféodation des institutions de la République à l’exécutif, je ne vois pas comment Elecam fera l’exception.

La visite du sous-secrétaire d'Etat américain au Cameroun intervient quelques semaines après la lettre de Hilary Clinton aux Camerounais, dans laquelle elle demande des élections libres et transparentes. Quels commentaires vous inspire cette lettre de Hilary Clinton, adressée directement aux Camerounais et non au gouvernement voire au chef de l'Etat comme l'aurait voulu la pratique diplomatique?

Cette visite du sous-secrétaire d’Etat américain au Cameroun, ainsi que la lettre d’Hilary Clinton montrent que les actions des activistes de la diaspora patriotique camerounaise des Usa ne sont pas vaines. En effet, nous avons expliqué aux officiels américains durant nos rencontres, le risque d’embrasement dans la sous-région du Golfe de Guinée si Biya se représentait aux élections en 2011. Et évidemment, en dehors de la longévité de Biya au pouvoir (29 ans), nous avons évoqué Elecam avec les officiels américains, pour conclure que cette structure manquait l’indépendance nécessaire pour organiser des élections transparentes au Cameroun. Les rencontres avec les officiels américains vont d’ailleurs se poursuivre dans les prochains jours à New-York où certains représentants de la diaspora camerounaise appartenant au Conseil national de la transition et des réformes démocratiques (Cnt/Rd) rencontreront des sénateurs américains pour, ensemble, évoquer le problème de longévité au pouvoir de Paul Biya et des abus multiformes des droits de l’homme, au sénat américain.

Cela est d’autant important que les Américains ont besoin d’un environnement stable au Cameroun pour poursuivre leurs intérêts commerciaux et géostratégiques dans le Golfe de Guinée; et de ce fait le gouvernement américain devrait appuyer nos efforts pour changer un gouvernement qui n’est plus à même de garantir la paix sociale à cause de son refus de faciliter une alternance pacifique au pouvoir en 2011. Cela dit, je dois préciser ici que c’est le peuple camerounais et non une puissance étrangère qui choisira ultimement son prochain dirigeant. En plus de nos actions de lobbying, les Camerounais de la diaspora patriotique des Usa ont, sous ma houlette, organisé des manifestations pour demander le départ de Paul Biya après 29 ans de règne sans partage, les 24 et 28 février 2011; et la lettre d’Hilary au peuple camerounais a repris les principaux thèmes de nos manifestations. Il y a là une corrélation positive entre nos manifestations et l’intervention des officiels américains.

Le débat sur l'éligibilité ou non de Paul Biya pour la prochaine élection présidentielle, sous le prisme de la modification constitutionnelle opérée en 2008, bat son plein. Que pensez-vous de ce sujet?

Il y a eu un coup d’état constitutionnel en 2008. Mais dans leur empressement, les apparatchiks du pouvoir ont oublié d’inclure une clause qui permettra une rétroactivité de la loi à titre exceptionnel pour permettre un nouveau mandat de Biya. Cela dit, Biya est inéligible et sa candidature à la prochaine élection présidentielle constituera une menace sérieuse à la paix sociale dans notre pays. Qu’il se retire maintenant pour éviter un bain de sang au Cameroun.

Vous êtes à la tête de l'ong dénommée "Conscience du Cameroun" qui organise souvent des marches de protestation contre Biya et son régime ici aux Usa. Présentez cette structure...

Conscience du Cameroun est une ong américaine fondée en 2003, qui a pour missions de promouvoir l’intégration professionnelle, académique et légale des Camerounais et autres Africains aux Usa; de promouvoir la paix, la démocratie et le développement au Cameroun. C’est dans le cadre de la promotion de la démocratie, de la paix, et du développement que cette ong que je dirige, organise en collaboration avec d’autres organisations progressistes camerounaises basées aux Usa, des manifestations contre Biya et son régime. Parce que c’est Biya et son régime qui constituent, de par leur entêtement, à se maintenir au pouvoir par la fraude électorale et la manipulation constitutionnelle, une réelle menace à la paix sociale et au développement du Cameroun.

Vous êtes contre une candidature de Paul Biya qui pourrait aboutir à sa réélection pour un autre septennat. Que préconisez-vous au cas où il passe en force comme le présagent d'ailleurs les actes posés par ses affidés: publication de nombreux appels à sa candidature, motions de soutien...?

Le Cnt/Rd évoqué plus haut, et qui a déjà des membres déterminés à l’intérieur comme à l’extérieur du Cameroun et qui bénéficiera à coup sûr du soutien du peuple à cause de sa diversité ethnique et socioprofessionnelle, est un projet de société qui permettra l’émergence d’un Etat de droit et d'une paix durable au Cameroun. Il prendra ses responsabilités au cas où Biya et ses sycophantes s’entêtent pour pérenniser une pseudo-monarchie dans notre Pays.

Vous luttez pour qu'il y ait un changement de régime, de gouvernance au Cameroun. Comment pensez-vous que cela devrait se passer?

Le changement de régime au Cameroun se fera d’abord par le peuple camerounais et pour le bien du peuple camerounais. De ce fait, le peuple camerounais, du Nord au sud, de l’Est a l’Ouest, doit se mobiliser pour constituer un contre-pouvoir effectif au régime actuel et faciliter la mise sur pied des réformes constitutionnelles et institutionnelles nécessaires pour l’organisation des élections transparentes au Cameroun, et l’émergence d’un Etat de droit. Le Cnt/Rd pourra avoir un rôle important à jouer sur ce chapitre-là.

Pensez-vous que le seul départ de Biya peut changer la situation au Cameroun ?


Le problème camerounais ne se résume pas à Biya, mais à son système de gouvernance et aux mentalités négatives telles le culte de la facilité chez les jeunes, la corruption, la feymania, la prostitution infantile, la fragilité des mariages, le grand banditisme (orchestré même par les éléments des forces de l’ordre censés protéger les populations), et j’en passe.

Comment envisagez-vous un après Biya à court et moyen terme?

Après le départ de Biya, il est urgent de convoquer une conférence nationale souveraine à l’issue de laquelle les représentants des Camerounais de tous les segments socioprofessionnels délibèreront sur un nouveau contrat social qui puisse garantir les élections transparentes, un Etat de droit, et une paix durable dans notre pays. En d’autres termes, les Camerounais devront mettre sur pied une nouvelle Constitution qui limitera le mandat présidentiel à 2 mandats de 4 ou 5 ans non renouvelables; qui enlèvera les concepts ségrégationnistes d’autochtones et allogènes de notre Constitution; qui consacrera une séparation effective des pouvoirs d’Etat; et un Etat de droit où l’on aura l’égalité de tous devant la Loi et une gouvernance politique qui consacre la primauté des lois sur les caprices des hommes. Une fois ces réformes mises sur pied, les Camerounais devraient dorénavant choisir librement leurs dirigeants et s’assurer que les dirigeants choisis n’abusent pas de leur pouvoir. Cela dit, si les Camerounais décident de choisir un chien comme président, qu’ils assument ce choix et s’assurent que ce chien ne morde pas les gens de gauche à droite. Finalement, j’aimerais ajouter ici que l’emploi des jeunes devra être la priorité des priorités.

Entretien avec Honoré Foimoukom aux Etats-Unis d'Amérique
 

 

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