07/07/2011 16:08:09
Résistance patriotique: l'honneur perdu de Philippe Mangou
Le Nouveau Courrier avait rapporté un certain nombre d'interrogations d'Ivoiriens qui voudraient, après l'épisode du 11 avril, avoir le
cœur net sur la responsabilité du grand commandement des Forces de défense et de sécurité (Fds) face à la «débâcle» de l'armée
ivoirienne. La récente confession de Philippe Mangou apporte des éléments de réponse. Qui l'accablent…
Le Nouveau courrier
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Menace de guerre contre la Côte d'Ivoire/ Gal Philippe Mangou: «Nous préférons mourir à la place du peuple» - janvier 2011

Dans un enregistrement vidéo qui fait actuellement le buzz sur internet, le général de corps d'armée, Philippe Mangou, en marge du séminaire sur l'armée, qui avait pour thème : «Quelle armée pour la Côte d'Ivoire», dit ceci : «Je voudrais à la suite de M. le ministre délégué, lancer un appel à tous nos frères d'armes qui sont à l'extérieur, qu'ils viennent pour que nous puissions ensemble construire cette armée. Il faut le reconnaître, les éléments des Forces de défense et de sécurité ont joué un rôle très important dans ce changement de régime. Les éléments des Forces de défense et de sécurité ont su à un moment donné que le combat ne méritait pas d'être mené. Nous les chefs, nous avons fait défection. Le gros de la troupe n'a pas combattu. Quand la troupe n'a pas pris de risque, le chef ne doit pas prendre de risque parce que le chef en lui-même n'est rien sans la troupe. Donc nous avons joué un rôle capital dans ce changement de régime. Qu'ils viennent pour que nous puissions nous asseoir pour voir quel visage donner à notre armée. Nous leur lançons un appel, il faudrait qu'ils rentrent.» C'est ce message que l'ex-chef d'état-major des ex-Fds adresse aux nombreux déserteurs de l'armée en exil depuis le kidnapping du président Laurent Gbagbo.

Mangou responsable du massacre de milliers d'Ivoiriens

Ces propos du général Philippe Mangou, en même temps qu'ils révèlent le rôle très actif qu'il a joué dans le renversement du régime de celui à qui il a officiellement proclamé sa fidélité jusqu'à son éviction du pouvoir le 11 avril, trahissent sa responsabilité pleine et entière dans le massacre de milliers d'Ivoiriens par une armée venue des zones centre, nord et ouest… et d'un certain nombre de pays d'Afrique de l'Ouest, si l'on en croit l'hebdomadaire d'investigation Le Canard Enchaîné. Et ne l'absout nullement de poursuites judiciaires (seul le Procureur militaire fait son tri), d'autant plus qu'il a participé non seulement à la mobilisation de ses hommes mais aussi de jeunes patriotes – en vertu de l'article 24 de la Constitution ivoirienne («La défense de la Nation et de l'intégrité du territoire est un devoir pour tout Ivoirien. Elle est assurée exclusivement par des forces de défense et de sécurité nationales dans les conditions déterminées par la loi») – pour faire front contre «l'ennemi». Ci-devant un pan de son discours au stade Champroux, à l'occasion d'une journée d'hommage aux Fds et aux fonctionnaires et agents de l'Etat en janvier dernier : «Nous ne voulons pas la guerre, mais si on nous l'impose nous la ferons (…) Quand on arrive ici et qu'on vous voit avec cette énergie, on est tenté de dire : mais c'est ceux-là qu'on veut tuer ? Si c'est le cas, nous Fds, préférons mourir à votre place. C'est pour vous que nous nous battons et nous continuerons de nous battre.»

Mangou : un général irresponsable ? 

Le général Philippe Mangou veut faire plaisir aux nouvelles autorités ivoiriennes qu'il s'y prend maladroitement. Et jette le doute dans l'esprit de ses nouveaux chefs quand à mériter leur confiance. Ne dit-on pas «qui trahit trahira ?» La balle est dans le camp de Ouattara qui a sans doute besoin pour le moment du grand commandement des ex-Fds pour asseoir son pouvoir. Mais une chose saute aux yeux, à la lecture des propos de Mangou. C'est que le général ne dit pas à quel moment le «combat ne méritait pas d'être mené», à quel moment ses collaborateurs et lui ont décidé de faire défection. Sa déclaration du Champroux, il l'a faite en janvier, après que le Conseil constitutionnel ait déclaré Laurent Gbagbo vainqueur du deuxième tour de l'élection présidentielle. N'a-t-il pas reçu Charles Blé Goudé à l'état-major et lancé des piques à Guillaume Soro ? Ses révélations, si le procureur en a vraiment conscience, tombe sous le coup de la loi. S'il est fidèle au rôle qu'il joue ces dernières semaines, Ange Kessi devrait interroger le général de corps d'armée qui a mis en ordre de bataille des milliers de jeunes dans les quartiers des grandes villes et villages pour s'opposer aux forces pro-Ouattara venant du nord. Et qui ont en fin de compte été abandonnés et massacrés après une «défection» qui n'a jamais été rendue publique. On se souvient que le général s'était «réfugié avec sa famille à l'ambassade d'Afrique du Sud». Puis en était sorti pour prendre de nouveau part aux combats, en pleine bataille d'Abidjan. Au moment où il avait senti que les choses s'avéraient difficiles pour les Forces pro-Ouattara d'alors. Qui n'ont finalement eu le dessus que grâce à l'intervention aérienne et terrestre des forces françaises. L'histoire est têtue.

Gilles Naismon

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