11/07/2011 04:52:22
Présidentielle 2011: L'impossible indépendance d'Elecam ?
Dans cette impasse on aurait donc qu’à prendre une seule posture qui vaille, même au risque de paraître extrémiste : « Non à Elecam »
Le Messager
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Si la désignation de la deuxième vague des membres d’Elecam avait survenu en lieu et place de celle du 30 août 2008, cela aurait certainement réjoui. Autrement dit, si les 6 personnalités désignées jeudi 07 juillet 2011 étaient les seules à faire partie du conseil électoral d’Elections Cameroon (Elecam) avec des textes tels qu’ils étaient en 2008, de nombreuses personnes, même celles qui sont radicalement opposées à Paul Biya auraient crédité l’organe en charge de l’organisation des élections et des référendums au Cameroun de bons points à priori.

Tant le profil des six nouvelles personnalités qui intègrent ainsi Elecam pour un mandat de quatre ans peut séduire. Et pour cause, individuellement les six sont dans l’ensemble de fortes têtes. Illustration ?  Titi Nwel est rompu à la tache électorale en raison de prise de part active à la tête du Comité justice et paix au sein de la conférence épiscopale nationale. Pour sa part, Pauline Biyong est engagée depuis de longues années dans les questions électorales et plus globalement de démocratie. Elle jouit d’un certain capital de confiance d’une immense partie de la  classe politique nationale. Certainement le même dont bénéficie Delphine Tsanga, ancienne ministre qui, quoique femme politique  a impressionné plus d’un, de par ses prises de position dans les débats  publics.

A côté de ceux là, il y a bien sûr  Monseigneur Dieudonné Watio, évêque nouvellement installé de Bafoussam; Tiku També Christopher, secrétaire général  du comité régional des droits de l’Homme, des libertés du Sud Ouest et enseignant à l’Université de Buéa et candidat déclaré à la prochaine présidentielle contre Paul Biya et enfin Nsangou Issofa qui n’est pas connu comme une personne particulièrement partisane.

Seulement, ces hommes et femmes sont désignés par Paul Biya après que les textes d’Elecam ont été « toilettés » deux fois. La première modification, apportée aux textes fondateurs de cet organe remettait l’administration dans la composition des commissions mixtes locales de révision des listes électorales, elle est survenue en mars 2010. Le deuxième amendement qui date du 14 avril 2011, exclut Elecam du processus de publication de résultats et prive le conseil électoral de quelques marges de souveraineté qui furent les siennes (au moment de la mise en place), lesquelles sont désormais du ressort du directeur général des élections.

Ces modifications venaient se greffer aux sérieuses réserves émises par l’opinion nationale et internationale sur la neutralité et l’indépendance des membres nommés le 30 décembre 2008. Car, il se trouvait parmi eux des cadres du Rdpc. Et parmi les plus emblématiques,  Samuel Fonkam Azu’u, ci-devant secrétaire général adjoint de l’Assemblée nationale, qui sera nommé dès le lendemain, président d’Elecam et Suzanne Bomba Nkolo membre du comité central. L’on pourrait donc dire au regard des aspects sus-évoqués que  cet effort arrive en vain, puisque les nouveaux membres du conseil électoral arrivent au moment où Elecam est vidé quasiment de sa substance.

Dans cette situation, comment appréhender la nomination des ces personnalités sans considérer que leur désignation intervient comme une bouée de sauvetage pour le régime qui pourrait rétorquer le moment venu qu’ « il n’y a pas que des anciens membres de Rdpc au sein du conseil électoral, mais d’anciens  opposants bien connus et même parfois très redoutés en plus d’autorités morales et intellectuelles» ? N’empêche. Le conseil électoral n’a plus aucun pouvoir et même si on n’y nommait Guérandi Mbara, cet homme qui, autre fois, était prêt à attenter à la vie du président de la République , il ne pourrait par aucun moyen de droit infléchir sur le sort des résultats électoraux publiés par le conseil constitutionnel. Dans cette impasse on aurait donc qu’à prendre une seule posture qui vaille, même au risque de paraître extrémiste : « Non à Elecam »

Les six nouveaux membres du Conseil électoral d’Elecam

1. Dieudonné Watio:  Monseigneur donne-t-il des assurances ?

Sa nomination dans la structure en charge de la gestion des élections au Cameroun intervient au lendemain du refus de son quasi homologue, le Cardinal Tumi. Un  refus motivé par l’absence de structuration d’Elections Cameroon et le manque de représentation équilibrée que connaît cet organe.

Il y a quelques temps la presse nationale faisait étalage des dissonances existantes au sein de l’Eglise catholique romaine au Cameroun au sujet du choix du gouvernement de l’un des membres du clergé au moment où les chefs de file semblent désapprouver, comme l’ensemble des acteurs du processus, la structuration actuelle d’Elections Cameroon (Elecam). Le nouvel évêque de Bafoussam vient de faire le choix d’intégrer l’organe en charge de l’organisation des élections au Cameroun. Né le 18 mars 1946 à Balatchi (dans le département des Bamboutos), il  est le quatrième évêque du diocèse de Bafoussam. Ses études primaires et secondaires il les fait aux petits séminaires de Melong et de Mvolyé, la formation sacerdotale au grand séminaire de Nkolbisson à Yaoundé. Il est ordonné prêtre le 5 juillet 1975.

Pour ce qui est des charges pastorales, il a entre autre été vicaire et curé de paroisse, aumônier des lycées et collèges, des hôpitaux et des prisons. C’est en 1982 que Mgr Dieudonné Watio est envoyé en France. Il va y poursuivre des études de spécialisation. Il obtiendra alors un Deug en philosophie à l’université de Tolbiac (Paris I), une licence, une maîtrise et un Dea en théologie sacramentaire, option liturgie à la Catho de Paris, et un doctorat en histoire comparée des religions à la Sorbonne (Paris IV). Des charges assumées après le retour au pays natal, figurent : Principal du collège saint Thomas d’Acquin de Bafoussam et recteur du petit séminaire saint Barthélemy, en même temps qu’il était professeur invité des grands séminaires Paul VI de Douala et saint Augustin de Maroua. Il est nommé évêque de Nkongsamba le 1er avril 1995 et est sacré le 10 juin de la même année. Depuis 14 ans, le nouvel évêque du diocèse de Bafoussam assume la charge de président de la commission épiscopale pour le clergé et les maisons de formation dans la conférence épiscopale nationale du Cameroun. Auteurs de plusieurs travaux, c’est en bon père de famille qu’il présidera aux destinées du diocèse de Bafoussam. Le nouveau membre d’Elecam, représentant de l’Eglise catholique au Cameroun ( ?) réussira t-il où l’un des hommes les plus prolifiques de cette confession religieuse a décliné l’offre ?
 

2. Pr. Pierre Titi Nwel:  Une« mission impossible » ?

Des six derniers mousquetaires qui font leur entrée dans le conseil électoral d’Elecam, la promotion de l’enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale, était la plus inattendue, au regard de la grandeur de son caractère, sa forte personnalité, son intransigeance, mais surtout sa détermination à secouer le régime en place pour que vive l’organisation des élections transparentes au Cameroun. Prenant la parole le 14 octobre 2010, au cours de son  installation officielle au poste de Coordonnateur National de la Commission Electorale Citoyenne Indépendante, le Pr. Pierre Titi Nwel, avait annoncé les couleurs sur les espoirs et attentes placés sur sa mission, en se prononçant sur «La problématique de l’implication de la société civile dans le processus électoral : histoire, enjeux et perspectives... ».  A le croire, la réalité sociale qui porte aujourd’hui le nom de « société civile », bien qu’existant dans la vie politique du Cameroun dans les années 40, à travers l’activité syndicale, a surgi explicitement comme telle il y a 20 ans, lorsqu’elle a été invitée par le président de la République à siéger à la Tripartite avec le gouvernement et les partis politiques.

« Quand on parle de société civile, il faut le rappeler, on fait mention à des citoyens qui prennent l’initiative de s’associer, en dehors du cadre familial, des partis politiques ou des structures de l’Etat, en vue de rechercher et de protéger le bien commun, de promouvoir des objectifs d’intérêt général, et d’inviter les autres citoyens à s’intéresser, par leur participation effective, à la gestion des affaires publiques du pays ». Pour le médiateur social général, coordinateur des Commissions électorales Citoyennes Indépendantes (Ceci), il s’agissait d’interroger sans à priori, ni concession, les arcanes du système électoral camerounais à l’avènement d’Elecam, pour parler de la problématique de l’impartialité ou  de la neutralité sous la contrainte de l’exigence d’une élection libre et transparente.

Le 03 janvier 2011, soit quelques jours après, on a retrouvé le professeur Pierre Titi Nwel, à la tête d’une forte délégation, dans un dialogue de sourds avec les responsables d’Elecam. Au cours de ces rencontres, en sa qualité de coordinateur national de la Commission Électorale Citoyenne Indépendante, mais aussi de par sa casquette de médiateur social général, le professeur Pierre Titi Nwel a présenté à ses interlocuteurs (le président du conseil électoral et le directeur général des élections), l'envers de leurs missions, de même qu’il leur a suggéré des propositions pour un processus électoral transparent. Il y a quelques jours, bien avant sa promotion à Elecam, l’enseignant d’Université a été jugé éligible par les Nouveaux droits de l’Homme en collaboration avec la Plate-forme de la société civile pour la démocratie (Gic-Plate-Forme), pour faire partie du Conseil national de comité de consultation pour la mise en place du conseil national de transition citoyenne.  Entre le marteau et l’enclume.

Observateurs chrétiens

Au regard des espoirs portés en lui par le citoyen Hilaire Kamga, du fait de son intégrité et dans la mesure où, le professeur Pierre Titi Nwel en tant que homme d’expériences avérées, de médiateur social de haut vol, on peut bien se demander ce qu’il est capable de faire dans une structure entièrement inféodée au Rdpc, et dépendante du président de la République Paul Biya. Le professeur Pierre Titi Nwel est-il capable de renverser la tendance ou d’entraîner les esprits « retors » vers de grandes mutations ? « Pour conduire le processus électoral du début à son terme, nous avons Elecam, un organe non administratif, mais qui porte, aux yeux de beaucoup de Camerounais, les tares de ses prédécesseurs. La tentation, pour nous membres et organes de la société civile, est de faire comme par le passé : laisser Elecam agir, et observer le résultat de son action, au finish, le jour du scrutin. Nous devons créer un partenariat avec Elecam, pour faire émerger des citoyens, maîtres de leur destin. Cela suppose une observation au quotidien de la vie des acteurs électoraux (gouvernement, Elecam, partis politiques, organes de la société civile, électeurs) en rapport avec la loi électorale » soutenait-il.

Aujourd’hui, le professeur Pierre Titi Nwel se trouve dans le camp d’en face. Va-t-il sévir avec la même verve, le même enthousiasme, le même dévouement et la même opiniâtreté ? Enseignant à l’Université de Yaoundé pendant 25 ans, le professeur Pierre Titi Nwel qui continue son « chemin de croix » à l’Université d’Afrique centrale, a été en 2001, l’un des concepteurs du programme de l’église catholique pour l’observation des élections. Devenu coordonnateur du service national Justice et Paix de la conférence épiscopale du Cameroun, il a supervisé la formation de tous les observateurs chrétiens des élections de l’église catholique. C’est avec cet observatoire chrétien des élections qu’il a observé les élections de 2002, 2004 et 2007 au Cameroun, en produisant à chaque fois, un rapport d’observation référentiel. Le professeur Pierre Titi Nwel est aussi le coordonnateur du projet ayant permis aux évêques du Cameroun de proposer au gouvernement, un code électoral unique et une Ceni. Invité spécial du Vatican lors des dernières assises des évêques à Rome, il a contribué à la production d’un document stratégique pour le Saint siège. Aujourd’hui appelé à servir dans un bord pour lequel, il a toujours eu la critique acerbe et la dent dure, le maçon est attendu au pied du mur. 

3. Christopher Tiku Tambe: L’homme qui voulait défier Paul Biya

Le  secrétaire régional de la Commission nationale des droits de l'Homme et les libertés (Cndhl) pour la région du Sud-Ouest du Cameroun, avait surpris plus d’une personne le 10 décembre 2008. Au cours de la célébration du soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’Homme, il annonçait à Buéa ce jour-là, sa candidature à la présidentielle de 2011, dans la ville de Buea. Et surtout, il affichait sa volonté de battre Paul Biya à cette élection s’il s’y présentait.

Ce voeu ne prendra certainement pas corps, car Christopher Tiku Tambe doit désormais se départir de son ancienne casquette pour arborer celle de personnalité neutre et indépendante comme le prévoit les textes de l’organe pour lequel il va bientôt servir, mais aussi comme l’exige le serment qu’il va prêter dans quelques jours.  Dans le civil, Christopher Tiku Tambe est maître de conférences à l’Université de Buéa. Il est également consultant international sur les questions de  droits de l'Homme et actionnaire du cabinet Tanyi Mbi and Partner. Ce défenseur des droits l’Homme est un produit de l’Université  de Yaoundé  et  de l'Université d'Oxford au Royaume-Uni.

4. Delphine Tsanga: Retour aux affaires?

Ses pourfendeurs gardent d’elle l’image d’une inconditionnelle du régime de l’ancien chef de l’Etat camerounais, Ahmadou Babatoura Ahidjo. Aux côté des Ayissi Mvodo et autre Samuel Eboua, des caciques de l’ancien régime ayant dès les premières heures marqué leurs désapprobations à l’homme du renouveau. Le nouveau membre d’Election Cameroon (Elecam) connaît, quelque peu, les rouages de la haute administration camerounaise. Née le 21 décembre 1935 à Lomié dans la région de l’Est, Zanga Tsogo Delphine épouse Tsanga est infirmière de formation. Un métier qu’elle exerce avant de se consacrer à la politique. Un parcours singulier qui là conduira à la présidence du conseil national de la femme camerounaise en 1964 puis à la présidence  de l’organisation des femmes de l’Union nationale camerounaise (Ofnuc), à l’ère du parti unique.

C’est donc sans grande surprise qu’elle occupe le portefeuille du ministère de la Santé en 1970 avant d’être nommée au ministère des Affaires sociales en 1975, un poste qu’elle garde jusqu'à la rupture entre Ahidjo et Biya en 1984. Présidente régionale africaine de coordination pour l’intégration de la femme au développement et présidente du conseil d’administration de l’Institut international de recherche et de la formation des Nations-Unies pour la promotion de la femme, l’on retient aussi de Delphine Tsanga son engagement pour l’émancipation de la femme au Cameroun.

C’est dans cette logique qu’elle publie «Vie de femme» et «L’oiseau en cage» des œuvres à travers lesquelles, elle analyse la société camerounaise sous le prisme du sexe faible. L’ancienne camarade de Paul Biya à l’Union nationale camerounaise (Unc) se remet dans le combat politique dès la libéralisation de l’espace démocratique et l’avènement du multipartisme en 1990 sous la houlette de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp) alors dirigé par Feu Samuel Eboua. Aujourd’hui membre d’une structure en charge de l’organisation des élections, sous la houlette d’un homme qu’elle a longtemps combattu, que peut Delphine Tsanga ?

5. Pauline Biyong: Entre politique et société civile

La réinstauration du multipartisme au Cameroun donne l’occasion à cette ancienne étudiante du conservatoire national des arts et métiers de Paris (elle y obtient un Diplôme d’étude supérieur spécialisé en gestion commerciale) d’exprimer son aspiration politique. Aux côtés de Samuel Eboua et des autres pourfendeurs de l’homme du renouveau, Ngo Biyong Pauline Juliette s’active à la reprise du pouvoir par les anciens caciques du régime Ahidjo.

Un combat qui tourne cours avec l’évincement du fondateur de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp). Dès lors, les ardeurs sont atténuées avec la nouvelle option politique imprimée par le nouveau président national du parti qui marque sa volonté d’intégrer les cercles du pouvoir. La jeune politicienne se fait une nouvelle conviction. C’est dans cette optique qu’elle affirmera que «l’action citoyenne ne peut pas être productive dans le cadre d’un parti politique.» Elle qui entendait en découdre avec le régime Biya s’investit d’abord dans les affaires avant de se présenter à l’opinion comme personnalité de la société civile. Début d’une nouvelle aventure qu’elle exprime  volontiers sur les plateaux de radios et autres télévisions avant de se découvrir une vocation de «journaliste» en créant un journal dont elle est la directrice de publication.

Les voies du renouveau étant insondables, Pauline Biyong tape à l’œil des stratèges de «l’homme lion» et, c’est ainsi qu’elle accepte l’offre qui lui est faite. Pourtant, rien ne semblait destinée cette ancienne inspectrice de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) à Elecam. Elle qui dès le début des années 90 caressait le rêve de voir le renouveau tombé et ouvrir la voie à une nouvelle ère démocratique au Cameroun. Au fait des us et coutumes du système, en sa qualité de membre du Programme nationale de bonne gouvernance,  aura-t-elle les moyens d’implémenter les idéaux qu’elle clame en siégeant dans un organe qu’elle a dénoncé à des occasions multiples ?

Rodrigue N. TONGUE / B-P.D / J.O

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