11/07/2011 05:13:55
Albert Dzongang: « 80% de la diaspora camerounaise a une double nationalité »
Bien connu du landernau politique camerounais, Albert Dzongang est de ces hommes qui ne s’embarrassent de circonlocutions pour critiquer les actes posés par le gouvernement en place, pour distraire le peuple...
Le Messager
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Parole majeure. Les pièges du cirque Rdpc

Bien connu du landernau politique camerounais, Albert Dzongang est de ces hommes qui ne s’embarrassent de circonlocutions pour critiquer les actes posés par le gouvernement en place, pour distraire le peuple. Au lendemain de l’annonce du recrutement de 25 000 jeunes diplômés, cet ancien cadre du Rdpc, député de la nation, a pris sa plus belle plume pour expliquer l’inopportunité de cette mesure. Le gouvernement, depuis quelques jours a renvoyé vers la fin de l’année la mise en application de ce recrutement massif qui va s’étendre sur le temps. Tout se passe comme si le gouvernement n’a pas mesuré la portée de ce projet. « Gouverner, c’est prévoir », dit-on. On peut bien se demander qui a voulu mener qui en bateau avec une promesse sans lendemain. Le chef de l’Etat a-t-il voulu berner les populations et surtout les jeunes en proie au chômage ? Ou alors, a-t-il été trompé par ses collaborateurs ?

En attendant la concrétisation de ce recrutement porteur de germes crisogènes au cas où il tournerait au vinaigre pour les candidats à un poste dans l’administration, d’autres chantiers sont ouverts par le même gouvernement : l’établissement « gratuit » de la carte nationale d’identité, le vote des Camerounais de la diaspora… Alors que ces chantiers s’enlisent , à l’instar des salaires des instituteurs censés être payés par les fonds Ppte, les infirmiers, les agents de l’Etat temporaires, curieusement, dans les entreprises d’Etat et dans les administrations publiques, le Rdpc multiplie des pirouettes appelant Paul Biya à se porter de nouveau candidat à sa propre succession après plus de 28 ans de règne.

A sa manière, Albert Dzongang démonte, un à un, les différents pièges du cirque du Rdpc et propose à Paul Biya comment sortir honorablement de la scène. Il parle en opposant qu’il a du respect pour le mentor et les institutions républicaines, mais qu’il fustige le larbinisme de ses conseillers.

 

Albert Dzongang, à la suite de l’annonce du recrutement de 25 000 jeunes diplômés à la Fonction publique, vous avez adressé au chef de l’Etat une lettre ouverte dans laquelle vous lui expliquez le flou et l’inapplicabilité de cette opération. Maintenant que la suite de cette opération semble vous donner raison comment réagissez-vous devant le mur auquel se heurte le gouvernement ?

Vous faites bien de dire que le gouvernement se heurte à un mur. Et pourtant il ne se comporte pas comme quelqu’un qui se retrouve devant un obstacle. Il fait plutôt la fuite en avant. J’apprends qu’on va modifier le budget pour pouvoir trouver des ressources pour matérialiser ce recrutement. Pourquoi avoir mis la charrue avant les bœufs ? Comment peut-on envisager un recrutement sans s’assurer qu’on aura de l’argent pour payer ? On ne peut pas procéder à un recrutement à l’aveuglette. Il ne faut pas prendre les Camerounais pour des naïfs.

Chaque année, il y a des départs à la retraite, il y a des décès. Au vu de ceci, on peut procéder au renouvellement progressif des ressources humaines de la fonction publique. Encore qu’il y a des recrutements en sous-marin qui se font tous les jours dans les villages, avec l’envoi de recrues en formation à l’étranger avant l’intégration en catimini dans la fonction publique. Il faut reconnaître que l’opération de recrutement de 25 000 diplômés a des allures de grains de maïs jetés aux poules dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. C’est tout un programme pour dire aux gens que « le candidat président pense aux chômeurs ».

Non seulement j’ai dénoncé ce flou, mais j’ai dit que les Camerounais n’ont pas spécialement besoin d’être recrutés par l’Etat. Ils veulent avoir des conditions pour s’auto-employer. Et l’auto-emploi permanent du Cameroun, c’est l’agriculture. Il faut mettre en place une bonne politique agricole et financer les jeunes. Ils iront ainsi retourner la terre d’où ils sortiront ce que la Fonction publique ne peut pas leur donner aujourd’hui. Dans ma lettre ouverte, j’avais estimé qu’il y aurait près de cinq millions de candidats. On me rétorque aujourd’hui  qu’il y en a eu seulement 350 000. Quand ils auront retenu les 25 000, je demanderai aux restants de descendre dans la rue avec moi et l’on verra bien s’ils ne sont que 325 000. Ce que je demande à l’Etat aujourd’hui, précisément et urgemment, c’est de ne pas se contredire.

Le président de la République avait annoncé ce recrutement comme devant être gratuit. Il faut dont rembourser à ces jeunes gens l’argent qu’on leur a extorqué. Tout calcul fait, sans compter les dessous de table, chacun aurait dépensé 30 000 francs au moins. Où iront-ils récupérer cet argent ? Il s’agit d’une opération destinée à renflouer les caisses de l’Etat en défaut de liquidités, au détriment des pauvres parents et chômeurs en quête d’emplois. L’Etat s’est ainsi relativement refait une santé financière, et a enrichi les escrocs de tout poil, ainsi que les faussaires qui en ont profité pour vendre les faux timbres fiscaux à des prix spéculatifs. Nous appelons donc les candidats à se rapprocher de La Dynamique , mon parti politique, pour s’organiser et demander réparation, ou tout au moins le remboursement des sommes d’argent qu’ils ont indûment dépensées.
 

En suivant les récentes déclarations publiques du ministre de la Fonction publique, on relève que parmi les 25 000 dossiers retenus, on  dénombre près de 10 000 faux diplômés. Le même ministre dit qu’avec les projets à venir, il y aura tellement d’emplois qu’on aura même besoin de faire venir de la main d’œuvre d’ailleurs. Votre analyse de ces déclarations.

C’est encore une fuite en avant et même de l’enfantillage. Comment a-t-il pu détecter dix mille faux diplômés avant d’avoir sélectionné les postulants ? Sur les 325 000 « recalés » il n’a qu’à aller trier 10 000 bons diplômés pour remplacer les faux. En toute honnêteté, l’Etat ne peut pas aujourd’hui mener à terme cette propagande vide qui faisait croire qu’on peut recruter les diplômés de tous les niveaux. L’Etat a de nos jours un réservoir et un besoin précis. Veut-on les instituteurs, ils sont là en nombre. Il y a des classes de 100 élèves, et d’autres où des maîtres donnent trois cours à la fois. Les besoins sont réels. Dans l’autre domaine tout aussi important et sensible, la santé, premier capital des citoyens d’un pays, il y a un  besoin d’infirmiers ! Dans chaque dispensaire du pays, on devrait affecter un médecin. Le gouvernement fait comme si en autorisant l’ouverture des écoles, il ignorait que des médecins en sortiraient. Ils sont dans la rue et leur nombre grossit d’année en année. On peut bien les recruter et les affecter dans les villages pour assurer la santé des Camerounais.

Parlant justement du secteur de la santé, on enregistre ces derniers temps des grèves des infirmiers censés être payés par les fonds Ppte. Ils sont sans salaire depuis 22 mois, dit-on. On croit pourtant savoir que ces fonds PPTE étaient à disposition. Comment donc expliquer une telle situation ?              

Tout simplement parce que ces fonds sont dirigés dans les « secteurs prioritaires » pour l’Etat camerounais,  c’est-à-dire l’armée, tout le système sécuritaire, la propagande, l’achat des consciences, la préparation et le financement des candidats de paille pour l’élection présidentielle. C’est dire que l’Etat camerounais met de l’argent là où il ne faut pas, et ne le fait pas là où on en a besoin. Pourquoi aller chercher si loin. Il y a des enseignants qui se révoltent parce qu’on n’arrive pas à leur payer 5000 francs de frais de correction des examens. Et même dans la sécurité, un de vos collègues a écrit récemment qu’un colonel a détourné l’argent des gendarmes. Pendant ce temps on vous claironne qu’on est un pays riche et crédible. On a gagné de l’argent à gauche, à droite et patati et patata...

On assiste aussi ces jours-ci à un curieux phénomène : la délivrance gratuite de la carte nationale d’identité. Les commissariats de police sont assaillis de milliers de personnes à identifier dont la plupart pour la première fois. Quelle lecture faites-vous de ce phénomène ?

Lorsque j’étais député, en même temps que j’avais demandé l’annulation de l’impôt forfaire (avec gain de cause, Dieu soit loué !), j’avais également demandé la gratuité de la carte nationale d’identité. Car l’identification est un acte que concède l’Etat à un individu pour le reconnaître comme citoyen. La campagne d’identification en cours est une lame à double tranchant. Beaucoup d’Etrangers en profitent pour devenir officiellement camerounais grâce à la légèreté avec laquelle est menée l’opération. Il y a à craindre qu’à terme, on se retrouve avec plus d’Etrangers camerounais que de Camerounais véritables.

Un projet de loi vient de passer à l’Assemblée nationale  autorisant le vote des Camerounais de la diaspora. Qu’en pensez-vous ?

Pour avoir été un acteur du parti au pouvoir – je l’assume – je connais comment il fonctionne. Il y a beaucoup de lois qui ont été votées et qui n’ont jamais été appliquées, comme du reste des décrets signés par le président et qui sont restés lettres mortes. Le problème de la diaspora est grave. Sortir de son pays, être de la diaspora, ne fait pas de vous un moins camerounais ou plus important que ceux qui sont restés au pays. De tout temps, la migration humaine est une réalité. C’est même un droit.Une loi existe au Cameroun qui dit que si quelqu’un bénéficie d’une autre nationalité il perd celle du Cameroun. Encore que cette loi ne s’applique pas à tous.

Nous connaissons beaucoup de personnes qui ont la double nationalité et occupent des fonctions importantes dans notre république. Je ne citerais que ceux de nos sportifs qui ont pris des nationalités étrangères pour des raisons professionnelles. Ils n’ont pour autant pas renié leur pays. D’ailleurs ils ont fait la gloire de l’équipe nationale (Bell Antoine, Milla Roger, Assou EKotto et bien d’autres). Sans compter ceux qui ont la possibilité de prendre la nationalité de leur épouse étrangère. Suivez mon regard. Si on continue à dire que la double nationalité n’est pas reconnue au Cameroun, à qui octroie-t-on donc le droit de vote à la diaspora ?

Près de 80% de ces  compatriotes, pour des raisons évidentes d’intégration et d’autres contraintes, ont pris une autre nationalité, sans pour autant renier leurs parents restés au pays, et encore moins leurs origines camerounaises. Si le gouvernement veut être clair et sincère, il doit d’abord abolir cette disposition qui d’ailleurs est à tête chercheuse. Imaginez que les Camerounais de la diaspora concernés par cette loi prennent part aux prochains scrutins dont la date demeure secrète, ou connue seulement de ceux qui nous gouvernent, qu’est-ce qui empêcherait des candidats malheureux et procéduriers de les faire annuler par simple requête fondée sur le fait que des votants ont une autre nationalité ?

 Je devine que la motivation réelle qui sous-tend une loi sans rapport avec la double nationalité, autorisant le vote de la diaspora,  ne peut être que le tripatouillage des résultats dans les ambassades du Cameroun en faveur du parti au pouvoir. Fort heureusement, j’ai été conforté ce matin (Ndlr : 6 juillet 2011) quand j’ai entendu Alain Juppé, le ministre français des Affaires Etrangères et de la Coopération , tirant les leçons de ce qui s’est passé au Sénégal, dire qu’il a conseillé à Abdoulaye Wade, qui est un ami de la France et qui les a suivis dans le conflit de la Libye , de savoir se retenir et de ne pas tripoter la constitution. Cela s’adresse aux autres chefs d’Etat qui ont fait près de 40 ans au pouvoir. Et quand la France parle de ceux qui ont fait près de 40 ans de pouvoir, il y a le Cameroun et ses voisins dans le viseur. Donc, il ne faut pas se leurrer. L’alternance, c’est quelque chose qui est demandée, qui est souhaitée et qui va arriver. Le problème du Cameroun aujourd’hui  n’est ni le vote de la diaspora, ni même le vote en lui-même, et encore moins la commission électorale. Tout cela n’est que diversion.

 Le problème du Cameroun aujourd’hui est sa remise à neuf comme l’a dit le Cardinal Tumi. Et pour cette remise à neuf, il faut pouvoir dépanner, c’est-à-dire déceler les défauts et les corriger. Un proverbe bamiléké dit que quelqu’un ne fuit pas la mauvaise odeur de son propre W.C. Si le gouvernement en place a un peu d’amour pour ce pays, il peut remettre ce pays à neuf. Et s’il veut, on peut l’aider. Ceux qui occupent les postes qu’ils ne méritent pas ne les quitteront pas aisément. Ils vont s’accrocher, ils vont se battre et ils disposent des moyens de nuisance sans limite. Il n’y a donc que celui qui les a placés pour les faire partir ou tout au moins changer de mentalité.

Pour notre pays, je propose qu’un comité de sages se mette avec le chef de l’Etat pour repenser le Cameroun afin que demain nous repartions sur une bonne base. Il ne manque d’ailleurs pas de sages au Cameroun. Evitons tout amalgame. Il y a des Camerounais qui ont prouvé par leurs comportements qu’ils méritent qu’on leur face confiance. Si on requérait leurs avis, ils parleraient librement aujourd’hui en pensant vraiment au devenir de ce pays et ils  n’attendent plus de jouir de quoi que ce soit. Ils ont fait leur temps.

On peut penser au Cardinal Tumi, au père Koungou Edima, bien qu’il soit un peu malade, aux patriarches Kadji Defosso, Dr Endeley, Fotso Victor, Alhaji Abbo, aux anciens ministres Eteki Mboumoua,  Koula Edouard, Akame Mfoumou, Joseph Owona, Jean – Marie Aléokol, à l’ancien premier ministre Sadou Hayatou, à l’ancien gouverneur Kaifon Pefura, et  j’en oublie... Si le chef de l’Etat, par un sursaut  patriotique faisait appel à ces illustres compatriotes pour qu’ensemble, ils repensent le redressement du pays, il rentrerait dans l’histoire ! Même si cela devait prendre deux ans ce n’est pas long. Pour ma part  j’estime qu’il n’y a pas urgence. Comme je l’ai dit plus haut, le problème du Cameroun actuellement, ce ne sont pas les élections. Ce sont les affamés qui veulent absolument y aller dans les conditions actuelles, ainsi que ceux qui ont pris des engagements avec le régime en place pour, disent-ils,  « aider M. Biya à rester au pouvoir ».

Rester pour quoi faire encore ? Il n’est vraiment pas urgent d’aller aux élections aujourd’hui car quel que soit le vainqueur, et il est connu, de ces élections : M. Biya ou quelqu’un d’autre qu’il aura mis, le Cameroun sera ingérable dans la période post électorale immédiate. Tant que M. Biya n’aura pas réparé un certain nombre d’injustices que son pouvoir a commises, le Cameroun reste un volcan endormi.

A quelles injustices pensez-vous précisément ?

Il y a le tribalisme érigé en mode de gouvernement. On connaît des administrations et même des entreprises d’Etat où la langue de travail est pratiquement celle d’une région. Pensez-vous qu’en cas de changement à la tête de l’Etat, le rééquilibrage des postes se fera sans résistance, pour ne pas dire sans trouble ? Il n’y a que l’auteur de cette situation pour la réparer et mettre les Camerounais ensemble en fonction de leurs compétences, aux fins de construire le pays. D’ailleurs, ce n’est pas le chef de l’Etat qui veut rester au pouvoir à tout prix. Ce sont ceux qui ont peur en raison des méfaits ou forfaits qu’ils ont commis sous son couvert qui souhaitent le maintenir comme bouclier. Mais c’est lui le chef de l’Etat qui en est comptable. C’est lui qui peut décider de se retirer en son âme et conscience. Le hic c’est que s’il quitte le pouvoir maintenant en laissant le Cameroun en l’état actuel, la tâche sera ardue pour son successeur.

Il doit faire un certain nombre de réformes, avant de passer la main. Il doit nettoyer le Cameroun et s’entourer un moment des sages qui connaissent les aspirations des Camerounais, et leur permettre de lui parler. Ils le feraient franchement car ils n’on rien à perdre mais beaucoup à gagner devant l’Histoire. Pendant que certains écrivent l’« Appel du peuple » pour lui dire de rester au pouvoir, je ne sais de quel peuple il s’agit, il y a le vrai peuple qui veut le changement de son système  et le départ des agitateurs qui l’accompagnent. Non, Monsieur Biya, ceux qui vous conseillent d’acheter un cheval ventru ne vous aideront pas à le nourrir. Sachez que l’histoire du Cameroun vous jugera, et qu’il n’est pas tard pour réparer.

A côté de « l’Appel du peuple » il y a un « grand et large » débat qui mobilise notamment l’intelligentsia camerounaise sur l’éligibilité ou l’inéligibilité du président Biya. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

J’ai personnellement été invité à un de ces débats. J’ai dit à un avocat qui s’essayait dans la défense du pouvoir, que la loi sur laquelle se fonde leur métier, c’est le produit fini d’un long processus. Chaque loi est précédée des énoncés de motifs. Elle peut être une loi pour corriger telle situation ou faire en sorte que telle autre n’ait pas lieu. Je lui ai rappelé que le septennat a été négocié par le ministre Joseph Owona. A l’époque, pour justifier le septennat il disait : « Le chef de l’Etat a tel âge il a déjà fait tel temps. Si on lui donne seulement deux fois cinq ans, en dix ans, il  n’aura pas eu le temps d’élaborer et d’exécuter le programme qu’il veut pour le Cameroun. Si on lui donne par contre deux fois sept ans, en quatorze ans je vous assure, il aura fait beaucoup pour le Cameroun et il partira ».

Si on se réfère donc à l’histoire et pas au droit, il est clair que l’engagement qui a été pris auprès du peuple était qu’au bout de 14 ans il aurait suffisamment mis le Cameroun sur les rails pour prendre une retraite bien méritée, et rester un sage que consulteraient ceux qui prendront sa relève.

 Aujourd’hui, des gens pensent à sa place et lui demandent de demeurer à vie, modifiant des lois à la hâte ! Quand on modifie une loi, il faut déjà penser à son application. Est-ce qu’en faisant sauter le verrou on annule les dispositions qui voudraient que celui qui était sous le coup de l’ancienne disposition en soit libéré ? C’est une disposition qu’il faut ajouter. D’autres rétorquent que ce n’est pas nécessaire. Mais souvenez-vous que dans la même constitution quand on a parlé du Sénat, de la Cour constitutionnelle, on a pris soin de dire qu’en attendant leur mise en place l’Assemblée nationale va jouer le rôle du Sénat, et la Cour suprême celui de la C.c , On aurait  pu ou dû prendre le  soin de préciser que celui qui est en cour de mandat se trouve ainsi libéré et peut être candidat. Ces discussions – là ne m’intéressent pas.

Le problème, de mon point de vue est de savoir s’il dispose de suffisamment d’énergie, ou s’il a encore quelque chose de novateur à proposer au peuple. Ils sont nombreux qui pensent que non. Il  faut changer de cap, même et surtout avec lui. Je lui propose fortement de s’entourer de ces gens que j’appelle des sages et dont la plupart sont ses anciens collaborateurs qui ont pris suffisamment de recul aujourd’hui pour méditer sur le sort de ce pays. Je n’ai pas eu à parler avec ces personnalités. Je parle avec mon cœur parce que j’ai l’avantage d’avoir été au Rdpc, et sais ce que chacune de ces personnes, au moins pour ceux qui sont de ce parti, pensent vraiment du Cameroun quand il en parle (...)

On assiste depuis le début du mois de juin dernier à une passe d’armes entre le législatif et l’exécutif. Le président de l’Assemblée nationale accuse la Sodécoton de mauvaise gestion. Le vice premier ministre chargé de l’Agriculture et du développement rural répond qu’il n’en est rien. Selon votre analyse qu’est-ce qui se cacherait en arrière plan ?

Je parlerais en tant qu’élu. Nous sommes dans un pays dit-on, où il y a séparation des pouvoirs. Il y a d’un côté le pouvoir exécutif représenté par le chef de l’Etat élu, qui est  M. Paul Biya. De l’autre côté il y a le législatif qui  contrôle l’action du gouvernement et qui est représenté par quelqu’un doublement élu qui est M. Cavaye Yeguié Djibril. Elu comme député de Mora et élu comme président de l’Assemblée nationale, il est officiellement, nous dit-on,  le deuxième personnage de la République. Ce qui m’inquiète, c’est la légèreté avec laquelle un ministre, de surcroît un vice premier ministre, peut répondre dans la rue aux propos que le Pan a tenu à l’hémicycle. C’est le non-respect de la séparation des pouvoirs.

Je ne rentre pas ici dans le contenu du débat. Je parle de ce qui s’est passé. M. jean Nkueté est d’ailleurs allé s’expliquer à l’Assemblée. C’est ce qui aurait dû se faire avant qu’il n’aille à Maroua prendre le contre-pied du Pan. Ceci montre bien que ceux qui nous gouvernent, pensent qu’ils sont au -dessus de tout, parce que le président les a nommés. Pour eux, le décret dépasse le mandat du peuple. Ils oublient que celui-là qui les nomme tient son pouvoir du peuple, au moins en principe.  Ce manque de respect aux institutions, et cette arrogance des bénéficiaires des décrets font peur, et nous amènent à nous demander où va le pays.

Les journalistes n’ont pas tort quand ils décrivent les résultats des élections comme étant de la mascarade. Car si les élections étaient crédibles au Cameroun, les ministres respecteraient les députés. Maintenant si on rentre dans le détail du débat et les considérations de chiffres, le vice-premier ministre et les autres devraient avoir honte de proclamer que la Sodecoton a fait des bénéfices. Bénéfices sur quoi ? La Sodecoton est chargée d’encadrer les cultivateurs de coton. Elle prépare les pistes et donne les intrants. A la vente du coton elle doit tout simplement retenir ce qu’elle a investi, et reverser le reste aux cultivateurs. Maintenant, elle vend à 600 francs/kg et reverse 200 francs aux cultivateurs, pour qu’ils aient une juste rémunération de sa peine. 200 fcfa sur au moins 600 fcfa le kg qu’offre le Nigéria, est un vol.

Les cultivateurs sont les esclaves des dirigeants de Sodecoton  et de leurs complices du gouvernement. Quand on dit que le coton se porte bien, c’est sûrement pour les dirigeants, mais plus pour les cotonculteurs du Nord. Ceux-ci avaient jadis des revenus substantiels parce que en plus du coton, ils cultivaient d’autres produits, avec l’aide des bœufs de trait nourris aux tourteaux qu’ils achetaient à la Sodecoton. De nos jours, il n’y a plus de tourteaux parce qu’il n’y a plus suffisamment de coton. L’agriculture n’est plus là-bas ce qu’elle était. Les revenus de ces paysans ont diminué de manière drastique et ils ne peuvent plus envoyer les enfants à l’école. Pendant que ceux qui produisent meurent de faim, les administrateurs et ministres proclament à travers les médias, qu’ils ont eu des bénéfices ? En vendant quoi ? C’est pour cela que le Nigeria a trouvé une voie libre pour venir acheter le coton camerounais à 600 francs/kg. Jusque-là les Nigérians n’ont acheté que 25 000 tonnes sur les 186 000 tonnes de l’exercice 2010-2011, contre 300 000 tonnes en 2004. Le rendement a donc baissé dangereusement comme le soutient le Pan, qui relaie ainsi les doléances de ses électeurs cotonculteurs.

Le Ministre de l’Agriculture, de surcroît fils de l’Ouest devrait avoir honte quand il parle de bénéfice, car le Cameroun est en déficit alimentaire. Il y a deux jours une dame m’a confié qu’elle est allée au marché Sandaga (à Douala) et n’a trouvé aucune denrée pour sa famille, parce que les Gabonais et les Equato-Guinéens avaient tout  raflé à des  prix défiant la bourse des Camerounais. Ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir des débouché commerciaux. Nous devrions plutôt mettre tout en œuvre pour que notre production agricole soit plus importante, au lieu de clamer que pour le peu qu’on a fait, on a tout vendu.

Savez-vous qu’à  l’Ouest  l’Uccao n’existe plus que de nom ? Qu’a-t-il fait pour sauver le café ? Tout le monde a arraché le café au profit des cultures vivrières pour la survie , en désespoir de cause. Maintenant que le cours du marché est très élevé, l’Ouest n’a plus de café à vendre, à cause de la politique d’esclavage de l’Oncpb, qui faisait des bénéfices elle aussi. De tout cela, je retiens deux aspects : il y a le non respect de la hiérarchie dans l’échelle des valeurs de l’Etat, le non respect de la personnalité du Pan, l’arrogance de l’exécutif, la double duperie des agriculteurs. C’est honteux. Quand on vole un plus petit que soit, on devrait avoir honte et non s’en vanter. D’ailleurs, c’est Dieu qui est volé dans ce cas.

Pendant que le Rdpc donne de la voix, fait des pieds et des mains pour porter une nouvelle fois Paul Biya à  la candidature pour la présidentielle dont on ignore encore la date, on assiste à une avalanche de candidatures de personnes à l’envergure douteuse dont beaucoup n’ont même jamais été conseillers municipaux. N’est-ce pas une banalisation de la fonction présidentielle ?

C’est juste, ce que vous dites. On a banalisé, et a galvaudé la fonction présidentielle. Elle est aujourd’hui au Cameroun la fonction la plus convoitée. Il est officiellement difficile d’être gardien de la paix sans passer un concours. Curieusement, de plus en plus, des Camerounais se lèvent le matin, et après s’être brossé les dents, sans avoir de quoi manger, pensent que le poste facile à convoiter est celui de président de la République. Il suffit à chacun, semble-t-il, de faire le tour des rédactions pour y déclarer sa candidature.

Les journaux en donnant un écho à cela se rendent sans le savoir, complices des farceurs. C’est une injure à la démocratie. Le Cameroun est le seul pays au monde où le dernier des cancres, sorti de nulle part se déclare candidat à l’élection présidentielle. Ce n’est pas le fait du hasard. Le vote au Cameroun étant toute autre chose que le libre choix du peuple, ceux qui veulent demeurer au pouvoir, organisent et montent des candidats de paille pour qu’on dise qu’il y a eu une compétition démocratique. Quand on sait que la caution est d’environ 3.000.000 F, où pensez-vous que ces candidats croupillons qui ne peuvent même pas se nourrir trouvent cet argent ? C’est le pouvoir qui le leur donne pour l’accompagner.

Le drame dans tout cela est, qu’en ce moment, même ceux qui comptent et qui ont déjà fait leurs preuves dans ce pays, s’empressent eux aussi de se déclarer candidats. Alors que, même si les textes étaient bons, les sous-préfets, l’armée, la police, l’administration, étant des relais du pouvoir, l’unique chance de changement serait dans le regroupement de ceux qui veulent vraiment une remise à neuf du pays, derrière un seul candidat. Mais comme la fonction de chef de l’Etat au Cameroun n’est ni une fonction de travail, ni une fonction pour développer le pays, mais plutôt une fonction pour s’enrichir, chacun veut être l’unique ou rien, même sachant qu’il n’a aucune chance de réussir.

Tous ceux qui vont en rangs dispersés dans cette élection sont des complices tactiques du Rdpc. Un président n’est qu’un guide qu’on met devant et entoure. Tout le monde ne peut pas être chef au même moment. Dans un vote à un seul tour, être plusieurs candidats en face de celui qui contrôle toutes les structures du pays, et dispose de l’argent du pays, c’est faire du cinéma. De qui se moque –t-on alors ? La vérité, c’est que tous ceux qui se portent candidats, qu’ils soient grands ou petits, le font à la demande du parti au pouvoir, ou en vue de négocier une prébende.

C’est une autre forme de soutien déguisé qui permet au président du Rdpc de gagner et de paraître crédible aux yeux de la communauté internationale qui va constater qu’il y a la démocratie au Cameroun. Ce sont eux qui tirent les ficelles dans l’ombre pour manger. Mais méfions-nous. Les biens d’une nation finissent toujours par donner la diarrhée à ceux qui les détournent. Chaque Camerounais mort aujourd’hui de maladie ou de la famine, est une victime de tous ceux qui pillent le pays à divers niveaux. Mais, n’oublions pas la prophétie d’Abraham Lincoln ; «le peuple finit toujours par vaincre ses tyrans ».

A vous entendre, Albert Dzongang, La Dynamique , votre parti politique ne sera donc pas de la course à la prochaine élection présidentielle.

Je ne peux pas dire une chose et faire son contraire. Si demain vous entendez que je suis candidat, ce sera pour avoir accès aux médias d’Etat. J’aurai ainsi une tribune, pas pour aller jusqu’au bout, mais pour répondre aux mensonges du pouvoir et démasquer ses complices candidats. J’invite l’opposition à se regrouper véritablement et fermement derrière un candidat. Le peuple le prendra au sérieux. Ce sera un déclenchement d’une nouvelle ère pour l’après élection, Le peuple sera derrière elle pour réaliser ce qui s’est passé ailleurs contre les dictateurs. C’est la seule chance, et si chacun est de son côté, on ne s’en sortira jamais. Il est temps que les Camerounais prennent leurs responsabilités et tous ceux qui aideront le pouvoir en place à se perpétuer, seront comptables devant la nation et devant Dieu.

Et les dernières nominations à Elecam ?

J’ai appris avec une grande tristesse, que plusieurs personnes pour qui j’ai un respect du fait de leurs droiture et rigueur, ont été enrôlées, pour ainsi dire, dans cette affaire foireuse. On veut exploiter leur image sans pour autant leur laisser la moindre possibilité de mettre leurs talents au service de notre pays. Le président Paul Biya, a d’abord pris soin de vider Elecam de toute sa substance avant d’y faire entrer de nobles citoyens et prince de l’Eglise. Le cas parmi tant d’autres, qui me tient à cœur et me met encore plus en boule que celui de Pierre Titi,  est celui de mon évêque Mgr Dieudonné Watio.

Vous qui connaissez mon bureau, avez remarqué qu’il y a deux photos de prélats, celle de feu Mgr Albert Ndongmo, mon père spirituel, et celle de mon frère Dieudonné Watio. C’est dire ce qu’il représente pour moi comme symbole. Son embarquement dans une histoire où il ne pourra pas apporter une contribution est très grave. Et vous me permettrez d’analyser cette situation politiquement. Pour être un ancien haut cadre du Rdpc, je sais lire dans ses actes. Le choix de cet évêque est commandé par trois raisons :

1 – il est bamiléké d’origine

2 – il est évêque de l’Ouest

3 – il est un pasteur aimé et respecté au-delà même de l’Eglise catholique.


Le pouvoir a donc voulu faire d’une pierre trois coups.

1 – associer davantage les bamiléké frondeurs dans le tripatouillage électoral.

2 – pénétrer l’Eglise catholique, qui, après que ce même pouvoir a réduit au rang de figurants les chefs traditionnels et simples auxiliaires d’administration reste à l’Ouest la seule institution ayant encore une influence sur les fidèles et la population.

3 – utiliser abusivement comme il l’a fait avec d’autres dignes fils de ce pays l’image sacrée de Mgr Dieudonné Watio.


Il fallait être un aveugle pour ne pas les voir venir. Souvenez-vous de l’installation de cet homme de Dieu comme évêque de Bafoussam. Le Rdpc en a fait une affaire personnelle, transformant une fête chrétienne en une foire de leur parti. Même l’invitation à cette cérémonie était signée de Monsieur le Vice Pm  Jean Kuete qui s’était autoproclamé président du comité d’installation.

Les cérémonies similaires, qui dans le passé se sont toujours déroulées à l’esplanade de la cathédrale de Bafoussam ont été déplacées en un lieu qui fait la honte de la Région  ; le chantier du stade de football abandonné depuis belle lurette. La réception qui a suivi a eu lieu à la maison du parti Rdpc, pour bien montrer que c’est celui-ci qui l’a financée. (...) Naturellement, compte-rendu a été fait au chef de l’Etat de cette conquête de l’Ouest catholique par son pouvoir. Il ne restait qu’à enrôler le nouveau prélat dans les méandres du système. C’est ici le lieu de demander aux chrétiens du Cameroun et spécialement à ceux de l’Ouest de faire un effort, pour soutenir les œuvres de leurs prêtres et évêques, afin de les mettre à l’abri des besoins primaires et de leur donner la force de résister à la manne satanique qui veut que le spirituel se mette  à adorer le temporel.

Car, comme le disait à juste titre Feu Mgr Ndongmo, on ne peut pas conduire les hommes au ciel comme si la terre n’existait pas. Et nos prêtres sont des hommes…Il serait dommage que les noms de Mgr Watio et autres Titi  soient mêlés demain aux manœuvres pour priver le peuple camerounais de son droit au libre choix, comme si ces personnalités pouvaient faire quelque chose dans les conditions de gouvernance actuelle.


Entretien avec Jacques Doo Bell

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