12/07/2011 05:31:13
Le Messager, the day after...
Politique ? Au sens originel du mot. Au coeur de la cité se trouvait Le Messager, qui disait la douleur d’être d’un peuple déraciné, aux matins couchants. Et Pius en était le héraut. Et Pius s’en est allé, nous laissant une gueule de bois des lendemains des beuveries majuscules.
Le Messager
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Pius Njawé, un an après...
Par Jacques Doo Bell

Il y a exactement un an, jour pour jour, disparut Pius Noumeni Njawé, le fondateur du journal Le Messager. A l’annonce de cette triste nouvelle, nombreux étaient ceux qui enterraient le journal avec lui. Seul lui-même se laissait convaincre de son vivant, que Le Messager, son Messager allait lui survivre. Chaque fois que par ironie ou toute autre raison, on lui posait la question de l’avenir de ce journal sans lui, il rétorquait, avec conviction, que Le Messager allait lui survivre. Un an après sa brutale disparition dans un accident de circulation à Norfolk, aux Etats-Unis, les faits lui donnent raison. Le Messager poursuit inexorablement son bonhomme de chemin, avec les autres quotidiens de la place.

Il faut reconnaître humblement que Le Messager s’identifiait presque charnellement à son fondateur, comme d’ailleurs toutes les œuvres sous les tropiques. Raison pour laquelle il était difficile d’admettre que la plus flamboyante de ses ouvrages, mais la plus fragile aussi, pouvait tenir sans lui. Même ses collaborateurs que nous sommes n’étions point à l’abri du doute et des appréhensions. Le contexte dans lequel le capitaine quittait le navire était des plus incertains. Je peux rappeler à cet égard l’oraison funèbre du personnel, lors de ses obsèques à Babouantou le 07 août 2010.

Au nom de nous tous, journalistes comme personnel administratif, technique et commercial, Frédéric Boungou, le rédacteur en chef à qui Pius confiait son précieux héritage quelques mois avant disait :  « par quoi pourrions-nous remplacer ces gestes qui  sont le creuset de toute l’affection que vous aviez pour chacun de nous individuellement. L’angoisse existentielle s’empare de vos protégés que vous venez ainsi d’abandonner. Comment éviter des anthropomorphismes en ces heures graves ? Comment éviter la douleur des orphelins à l’idée de vivre sans un parent parti à jamais ? Comment éviter de penser à l’incertitude des lendemains dans laquelle votre disparition plonge notre avenir ? Un écran opaque nous empêche de voir l’horizon ».

Toutefois, malgré la tourmente, tout le monde a su garder la foi. La valeur qui, dit-on, soulève les montagnes. Forts de l’engagement pris pour nous par le rédacteur en chef. Il a promis en effet « de tenir le coup, de maintenir la flamme allumée, de garder foi au projet... mis en œuvre depuis trente et un ans. Le meilleur hommage que nous puissions vous rendre, c’est de prendre l’engagement de perpétuer cet immense héritage... » constitué au prix de la liberté de Pius, de ses amitiés pourtant très chères, en un mot au prix de sa vie.

Nous ne reviendrons point sur les péripéties de cette vie ô combien tumultueuse. Certes, il y avait notre ferme détermination, l’émotion passée. Mais il nous fallait aussi compter sur les vrais amis de Pius N. Njawé et du Messager : nos fidèles lecteurs et nos annonceurs qui ne se sont pas laissés broyés par le doute. Ils ne nous ont pas abandonnés un seul instant. C’est aussi parmi ces vrais amis de Pius que se constituera le « comité Le Messager » qui accompagnera les orphelins en détresse jusqu’à la tenue d’une Assemblée générale qui donnera une direction au journal : Jean-Baptiste Sipa (le coach) comme il a choisi de se faire appeler, comme directeur de publication et Rodrigue Tanendjio, un expert comptable, comme gérant.

Depuis, ce duo nous a sorti la tête de l’eau, à la surprise générale, renforçant ainsi la confiance de nos lecteurs et surtout celle des annonceurs qui, en dépit  de quelques divergences liées à notre ligne éditoriale ne cherchent pas à infléchir cette ligne par un quelconque chantage, ni marchandage. Nous continuons à évoluer sur un tacite gentlemen agreement.

Toutes ces sympathies additionnées ont permis au journal de Pius de ne pas mettre la clé sous le paillasson après sa brutale disparition.

Que dire de la solidarité confraternelle qui a permis à tous les journalistes camerounais et de par le monde, avec à leur tête les directeurs de publication du Cameroun. Dès la première seconde de la disparition de Pius, ils se sont mobilisés comme une seule personne pour assurer à leur collègue disparu des obsèques à la dimension internationale de l’homme. Au-delà de la légèreté et de l’inorganisation souvent collées, à tort ou à raison aux journalistes, il ne me souvient pas qu’il y ait eu le moindre couac. Depuis le 12 juillet, jusqu’à l’enterrement et au-delà, le brain-trust médiatique de ces obsèques a donné une autre image de la corporation : celle positive qui a impressionné tout le monde.

Pour les employés du quotidien Le Messager, comment ne pas se ressentir ragaillardis par un élan de sympathie et de solidarité inespéré pour surmonter la peur des lendemains  incertains. C’est ainsi que nous avons pu atteindre le résultat que notre diffuseur, Messapresse, qui n’a pas moins de mérite, a récemment rendu public. Le Messager, en 2010 a été le journal privé le plus vendu parmi les titres nationaux. Qui l’eût cru ? Ce classement très honorable, non seulement nous comble de joie, il est aussi une forte interpellation dans le sens de la perpétuation de la mémoire de Pius Njawé. Il faut comprendre toute l’émotion de notre « coach » qui, recevant cette distinction, a bel et bien souligné que « ce classement honore tout notre personnel ». Mais on ne peut pas ne pas dire que les retombés ont du mal à suivre, en raison de la morosité économique dont le secteur est victime. Mais avec la détermination qui a toujours caractérisé Pius Njawé, de son vivant, nous continuerons car il nous a appris que « quand on a du caractère, on l’affiche » !

Le serment tenu
Par Jean Baptiste Sipa

« L’opposant est mort. Les jours du Messager sont comptés ». Tels sont les propos que tenaient des adversaires patentés de l’homme et de l’œuvre, dans un Hôtel du Septentrion camerounais, le 13 juillet 2010 au matin, après l’annonce du décès accidentel de Pius Njawé aux Etats-unis, et que rapporte dans cette édition notre Correspondant permanent dans le Grand Nord.

Parce que durant 30 années de combat pour la liberté de la presse et le respect de la dignité des Camerounais, il n’avait point accepté de compromission, le fondateur du Messager était en effet perçu par le système gouvernant  comme « opposant politique » (et pas comme journaliste qu’il était), et Le Messager comme son arme de combat. Bien qu’il s’occupait à montrer un soleil éblouissant dans le ciel, le pouvoir ne regardait que son doigt qu’il fallait couper à tout prix. Aussi peut-on comprendre que des gens aient tiré de la tragédie qui frappait douloureusement les Camerounais, une satisfaction prématurée et aujourd’hui  dérisoire.

Pius n’est assurément plus là. Mais n’est-ce pas le destin de tout homme qui est né, y compris ceux qu’il aura simplement précédé dans l’au-delà ? Par contre, si les jours du Messager, sont comptés, alors il faut croire que c’est à plus long terme que ne l’espéraient certains. Et qu’ils doivent encore ronger leur frein.

En tout cas, l’équipe du journal qui, malgré le prix à payer, a refusé de le laisser mourir au risque d’assassiner l’esprit de son défunt fondateur, a bien compris qu’elle n’avait pas vocation à succéder à la personnalité-symbole de Pius Njawé, mais seulement à assurer modestement la pérennité d’un pan de son héritage qui est désormais entré dans le patrimoine intellectuel national, à savoir : le quotidien Le Messager, universellement  reconnu comme le symbole camerounais de la lutte pour la liberté de la presse et le droit à l’information.

Le serment en avait été fait le 07 août 2010 sur le cercueil de PNJ à Babouantou, par tout le personnel orphelin du journal, prémonitoirement  conduite alors, par celui qui en est désormais le directeur de Publication. Un an après, le serment a été tenu en ce qui concerne, même si la pari de la survie est encore à gagner, et c’est l’Histoire qui se chargera un jour de dire dans quelles conditions nous avons réussi ce qu’une fausse modestie ne nous empêchera pas de qualifier d’exploit.

A ceux qui nous reprochent de rester coutumiers dans le constat des trains qui arrivent en retard, et jamais de ceux qui viennent à l’heure, nous donnerons réponse très prochainement. Qu’il nous soit simplement permis aujourd’hui, de savourer le fait que, grâce à Dieu, nous avons réussi pendant 12 mois, à faire en sorte que l’espace public d’expression ne se limite pas à l’évocation nostalgique de l’avant et du pendant Pius Njawé.


Le Messager, the day after...
Par Edouard Kinguè

Il aimait à le dire : « Le linceul d’un journaliste honnête n’a pas de poche ». Qu’emportera t-il au paradis, cet architecte du quotidien qui a voulu bâtir la cité avec sa plume ? Mais que diront les mots désemparés aujourd’hui orphelins d’un maestro ?

Un an déjà ? Que le temps passe vite ! Le ciel nous est tombé sur la tête cette nuit-là, alors que certains dormaient du sommeil du juste, pensant au prochain numéro du journal, dans cette sorte d’auberge espagnole où chacun apporte les ingrédients de ce que les lecteurs doivent consommer, et qui vont être cuisinés dans ce laboratoire politique qu’est Le Messager.

Politique ? Au sens originel du mot. Au cœur de la cité se trouvait Le Messager, qui disait la douleur d’être d’un peuple déraciné, aux matins couchants. Et Pius en était le héraut. Et Pius s’en est allé, nous laissant une gueule de bois des lendemains des beuveries majuscules.

Et le jour d’après la fin du monde ? Que restera t-il de ce champ en ruines après la catastrophe ? Demeure en ces lieux de ré-création l’esprit qui jamais ne meurt, l’esprit qui plane au-dessus des eaux, le principe premier qui féconde la vie et fait que le journal de la Rue des écoles déroule toujours son tapis, même quand la route meurtrière a cannibalisé son icône.

Une page s’est refermée sur le berger, ouvrant une autre page pour les ouvriers de la cité, dont chacun héberge en lui un morceau de l’esprit, qui s’articule en continu dans le challenge permanent, sans qu’on ait besoin de le « dépiusicer » comme dirait l’autre. Une page fertile au demeurant, reprise en relais par le « coach » cette fois-ci. Ce nouveau directeur de publication, lui aussi ancien ouvrier de la cité et désormais gardien de la citadelle, est monté au front encourager ses joueurs, redistribuer les rôles, fixer les nouvelles orientations, maintenir en nous le « fighting spirit » légué par un homme qui s’appelait « Njapinius ».

Depuis le jour d’après sa mort, Sipa a donc repris le flambeau, entouré de ses « gunners ». Au quotidien, Le Messager désormais une institution, écrit en lignes continues l’histoire du Cameroun, de l’Afrique et du monde. Un monde en danger d’unipolarité, que le nouvel ordre mondial veut imposer aux nations et aux peuples comme parti unique, à l’aide du mensonge, des bombes et de l’argent.

Mais au milieu de ce chaos où l’œil ne trouve plus de repères pour fixer sa vision, voici le phare qui survit à la tempête malgré les tangages, pour mieux appréhender pour vous le vent de la transition qui  s’ouvre pour le Cameroun de demain, c'est-à-dire aujourd’hui... Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui.

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