13/07/2011 06:11:20
Paul Biya : Le laboureur et ses mendiants
Le peuple n’est pas certain de vous saisir. Croyez-vous sincèrement qu'une manifestation regroupant moins de 200 musiciens démontre à une population de 20 millions de personnes que l’alternance à la tête de l’État n’intéresse pas les Camerounais?
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Dans le présent contexte de survie d’un régime gérontocratique, chaque camerounais dans la dérive doit pouvoir croire et promouvoir certains principes et idéaux qui modèlent l’avenir du pays. D’autant plus que chacun ressent le profond besoin de militer pour un vrai changement de pouvoir ici et maintenant. Car, avec la manifestation honteuse, peu bruyante heureusement, mais clairement visible de moins de 200 artistes sur plus de 7 000 que compte notre pays, on ne peut pas dire que par cet acte ignoble, ces personnages espèrent porter haut le flambeau d'une cause qui selon nous est perdue d’avance.
 
Au départ, on peut estimer que toute action citoyenne doit pouvoir participer par des gestes concrets, au développement véritable de notre pays. Ainsi, chers compatriotes musiciens, votre initiative du 21 juin dernier aurait pu contribuer à remettre sur les rails de l'actualité le débat aussi fondamental que pertinent du travail de sape de vos actions quotidiennes par votre ministre de tutelle : Dites-nous quel est le vrai syndicat qui représente les artistes camerounais? Vous auriez pu mentionner les difficultés que connaissent les musiciens camerounais, aussi bien le manque de financement réel dans le domaine culturel. Vous auriez pu solliciter le président de l’état d’avancement de la demande de construction d’un temple de la renommé culturelle et sportive dont je ne cesse de faire la promotion pour vous depuis des années. Mais hélas.
 
Avant votre déplacement à Mvoméka'a, votre bon sens et vos cris retentissaient et se ressentaient dans la population où on pouvait encore entendre des citoyens tuer leur journée et voir le temps passer en murmurant vos chansons. Alors que la majorité des camerounais veulent se débarrasser d'une structure gouvernemental ayant des airs de Moyen-âge, comment pouvez-vous commettre l'erreur de tenter de faire croire aux citoyens que la musique camerounaise s’est toujours bien portée depuis que Biya est au pouvoir.

Que s’est-il passé après les Yoma Yoma, African Typic Collection, Bijou, Osi Tapa Lambo Lam, Ndolo l'amour, Avec Toi, les Vétérans à Escalier bar etc., tous des titres des années 80? Vous souvenez-vous des «Fleurs musicales du Cameroun » que Feu le Président Ahmadou Ahidjo fit produire et qui reste jusqu’aujourd’hui le seul album bouquet mémoire du répertoire de la musique Camerounaise? Qu’avez-vous gardé comme souvenir du Cinquantenaire de notre indépendance? Rien. Parce que tout a tourné autour d'enjolivement de l’être Dieu Paul Biya comme si le Cameroun s’arrêtait à un homme. Depuis qu’il est au pouvoir, avez-vous produit un seul album souvenir pour l’histoire? Le Cinquantenaire était l’occasion idéale. Car l’histoire voudrait que ce soit à travers nos peintures, nos films, nos chansons, nos contes et récits qu’on ait la vraie température d’une période de notre histoire.
 
Vos déclarations anachroniques n'avaient en aucun temps sa place dans une manifestation ponctuelle de ce type, où l'enjeu principal de votre expression de fierté politique plutôt que musicienne semblait plutôt être une tentative d'expression loin du non avancement des arts et de la culture camerounais depuis l’indépendance. On a honteusement vu certains d’entre vous sauter sur le gâteau de circonstance comme s’ils n’avaient pas mangé depuis belle lurette. Comme quoi la famine n’est plus étrangère au Cameroun.
 
Cette attitude a trahi vos ambitions

Le peuple n’est pas certain de vous saisir. Croyez-vous sincèrement qu'une manifestation regroupant moins de 200 musiciens démontre à une population de 20 millions de personnes que l’alternance à la tête de l’État n’intéresse pas les Camerounais? Être dans vos costumes du dimanche, est-il vraiment représentatif de votre santé physique, financière et du coup peut témoigner du fait que vous êtes dans les souliers du peuple que vous pensez inviter à soutenir Biya? Quant à y être, pourquoi ne pas produire un album et tester la popularité de votre démarche?
 
De plus,  de promouvoir et surtout de vénérer une gérontocratie de l’époque soviétique aujourd’hui est surprenant et surtout révolue puisque même le régime des Soviets n’existe plus. Ce que vous faites s'inscrit dans une dynamique réactive à une volonté populaire, c'est-à-dire contre le développement, comme si vous vouliez utiliser toutes les occasions pour crier haut et fort votre goût pour l’inertie au sommet de l’État camerounais.

Au demeurant, votre démarche devrait être proactive, elle doit pouvoir se discuter positivement et se respirer comme un parfum qui circule à travers les vrais citoyens, auprès de la population qui achète vos disques, qui assistent à vos concerts, qui vivent avec vous. Biya n’a-t-il pas dit qu’il «Écoutait de préférence la musique classique »? La preuve est qu’au moment de danser le Pinguiss, il a quitté la scène laissant sa  femme « pinguer ».
 
En dehors de votre effort pour nuire un tant soit peu à l'idée d’alternance, tenté de tuer dans l’œuf  le mouvement de changement libre d'étiquette et qui n'a pas à subir une identification provocante, il est d'ailleurs toujours légitime aujourd'hui de dire qu’avec vous ou pas, le changement est sur la bonne voie et rien ne l’arrêtera. Le Cameroun appartient à tous les Camerounais. Certains d’entre vous, dans leurs discours hors de saison, font la promotion du clonage humain. Ahidjo a laissé le Cameroun, Biya laissera aussi le Cameroun au camerounais, car les hommes passent et passeront, mais le Cameroun restera.
 
D'autre part, selon vous, les camerounais seraient en paix parce qu’on a la chance d’avoir Paul Biya. Croyez-moi, il n'en est rien. Les Camerounais sont un peuple de paix. On n’a pas besoin de vos idées portant la cape de l'activisme de nuit par le biais de regroupements de quelques 200 musiciens qui s’ajoutent à une liste de quelques 900 intellectuels dont certains sont au même poste depuis plus de 20 ans et ne se rendent même pas compte qu’ils sont collés au mur comme une photo pâlie signe qu’elle a fait date.
 
Le changement corrige le passé, redynamise le présent et trace une vision pour le futur
 
Si l’alternance était basée sur des idées de fond, ces illuminés auraient compris depuis très longtemps que demander à l’être humain Biya de se retirer après 30 ans de règne sans partage et de prendre une retraite n’est pas une finalité pour les camerounais, mais bien une étape nécessaire pour sa santé physique, la santé de notre pays et pour l'avancement de la condition de vie d'un peuple. Car le dynamisme de l’alternance à la tête de l’état apporte des idées nouvelles, propose une nouvelle vision et offre un défi à relever pour laisser son nom dans l’histoire. Retenons que le changement corrige le passé, dynamise le présent et trace une vision pour le futur. D’autant plus que l’heureux nouvellement élu président doit rendre compte aux votants.

Dans ce cas-ci, ce sont la démocratie et son avancement qui doivent être une fin en soi. Dans la mesure où un pays stable comme le Ghana est déjà à son  troisième président depuis que ce pays a pris, dans les années 90, un réel virage d’alternance en limitant à deux le mandant présidentiel balisé par une constitution inviolable : Un président : 2 mandats maximums.

Même chose pour l’Afrique du Sud où Mandela, père de la nouvelle Afrique du Sud, s’est retiré après un seul mandat. Son départ a montré au Sud Africain que Mandela est un humain qui peut prendre sa retraite et vaguer à autre chose. Au Ghana, on le voit, le changement de régime n’a entraîné aucune guerre. Au contraire, il y a le développement, il y a du progrès dans tous les domaines, même culturel et sportif,  et surtout il y a la paix.
 
Ce qui reste à faire aujourd'hui pour changer le Cameroun, ce n'est pas de croire aux Judas de la politique qui produisent et produiront encore avec notre argent des tome 1 à tome 1000 de livres que personne ne lit, invitant le président actuel à se retrouver dans un cul de sac à la Mobutu. Ce n’est pas non plus de manifester des slogans agressifs styles pensée unique: Biya est notre père, Biya c’est la paix, Biya candidat naturel, ou des motions de soutiens trompe œil par ci par là, mais bien plus de supprimer les étiquettes vis-à-vis du projet d’alternance à périodicité connue à la présidence, pour en faire un dessein unificateur et ne portant pas la vieille marque du baliveau tombant «Vous êtes avec le président ou opposant ».

Sans Paul Biya comme président, demain sera meilleur pour tous les camerounais

Si l'on désire capitaliser les avantages de l’alternance politique, il faut savoir être rassembleur et non pas s'isoler dans un cadre restreint de quelques personnes. Aussi sérieux que la question de changement discutée ici puisse l'être, il faut rentablement concentrer nos énergies à mobiliser tout un peuple pour façonner l'avenir normal du Cameroun. L'activiste d'aujourd'hui au Cameroun doit répondre à l'envie dévorante d'une population d'être écoutée par le nouveau président qui sera vraiment au service de son peuple et non un distributeur de bonbons circonstanciels à la sauvez-moi je coule. Biya a tout donnée et avec courage tout camerounais doit pouvoir lui dire : «Grand père repose-toi, tu mérites de prendre ta retraite maintenant».
 
En ce sens, la peinture, la musique, les contes, les poèmes, le cinéma et la l’art en général doivent être des canaux de transmission des messages du peuple. On ne blâmera pas assez ceux qui disent que notre musique aujourd’hui représente ce que nous sommes devenus. Les musiques ivoiriennes et congolaises nous battent désormais sur notre propre terrain, sur notre propre territoire, dans nos boîtes de nuits, dans nos radios, et dans le cœur de notre jeunesse, fer de lance de notre avenir. Parce que nous avons à cœur leurs problèmes. Commencez une chanson ivoirienne et vous verrez comment elle sera reprise en cœur par tous les camerounais. C’est cela la mesure réelle de la température de l’état de santé de notre musique, voire de notre pays, et de dire en toute vérité et en tout chœur: «sans être un pays en guerre, voilà ce que nous sommes devenus sous Paul Biya».
 
Mais heureusement pour nous, au final, pour dire qu’il y a toujours une fin à tout, une avenue existe pour la majorité des camerounais qui considèrent aujourd’hui que l’alternance à la tête du pays est nécessaire, pressante et que c’est un salut pour des lendemains meilleurs. Les Camerounais discutent et réfléchissent par le biais d’un militantisme de cœur et de courage transmis par un parler vrai et franc qui, à coup sur, j’en suis convaincu, sont les véritables sources d'un enthousiasme politique contagieux devant nous amener vers l’élection d’un nouvel homme, frais et visionnaire lors de la prochaine présidentielle. Mes chers compatriotes, n'auriez-vous pas envie vous aussi de goûter et de vivre ce changement cette année?

Martin Stephane Fongang

Copyright © www.icicemac.com

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE