19/07/2011 04:05:32
Ndikiniméki: Un redoutable gang de sorciers démantelé
Accusés d’avoir mangé dans la sorcellerie une dame dont l’inhumation a eu lieu le week-end dernier, quatre septuagénaires et une adolescente de 17 ans ont été appréhendés par la brigade de gendarmerie de Ndikinimeki et déférés au parquet de Bafia.
Le Messager
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Accusés d’avoir mangé dans la sorcellerie une dame dont l’inhumation a eu lieu le week-end dernier, quatre septuagénaires et une adolescente de 17 ans ont été appréhendés par la brigade de gendarmerie de Ndikinimeki et déférés au parquet de Bafia.

Dans la journée de mercredi dernier, la brigade de gendarmerie de Ndikiniméki, située en plein centre ville, a été assiégée par plus de trois cent personnes ayant fait le déplacement pour vivre en direct un spectaculaire procès de sorcellerie. Il s’en est fallu de peu pour que les populations passent outre les barrières des éléments de l’adjudant chef Pierre Ndzomo, commandant de brigade de la gendarmerie de Ndikiniméki, pour mettre la main sur quatre personnes âgées, accusées de pratique de sorcellerie. La menace a été si grande que pour éviter leur  lynchage, on a procédé aux auditions des suspects dans la nuit. Tout est parti du décès dans les conditions assez suspectes de Moutebeck Sylvie, arrachée à la vie le 09 juillet après une longue maladie. « Nous avons fait le tour des hôpitaux, avions effectué tous les examens médicaux, les diagnostics ont été les mêmes, on ne voyait pas la cause de la maladie. Pourtant notre tante dépérissait au jour le jour », explique une nièce de la victime.

C’est pendant que la famille prépare les obsèques de la dame, qu’elle tombe sur  des révélations macabres qui échappent à la logique des choses. Elles sont portées par une jeune fille de 17 ans du nom de Marie Laure Ombassiékinémounou ; qui accuse ouvertement et sans coup férir quatre vieillards qui, selon elle, l’ont happée dans leur cercle des sorciers, des gens avec qui, par des méthodes peu orthodoxes, ils « mangent » des fils du village dans la sorcellerie.

La jeune fille cite les trois dernières victimes qu’ils ont « mangées » et dont le décès a été maquillé. Indigné et fortement ému par le récit « étrange » de la jeune fille, le 1er adjoint au maire de Ndikinimeki saisit l’adjudant chef Pierre Ndzomo, qui, à son tour, procède à l’interpellation des suspects. Les présumés sorciers démasqués sont : Batenguéné Bienvenu (78 ans), Essandjo Pauline (plus de 80 ans), Yébi Bayéméké Joseph (79 ans) et Bakoumé Pierre (77 ans). Née le 25 novembre 1994 à Makenéné, Marie Laure Ombassiékinémounou qui est orpheline de mère en 2004, végète quelques temps avant de se faire prendre en charge par sa tante Moutebeck Sylvie qui l’emmène à Ndikiniméki. Entre temps, une sorcière qui se passait pour l’amie de sa défunte mère profite pour l’envoûter et lui jeter les gènes de sorcellerie. Voilà comment elle finit par tomber entre les mains du quatuor.

Les faits relatés par la jeune fille dans son audition sont effroyables. Selon elle, ensemble, ils « mangent » les gens à une fréquence de deux mois. « Chacun, tour à tour, donne un des siens que nous mangeons ensemble. La vieille dame Essandjo Pauline se charge de cuisiner le repas. Souvent on me donne la tête ou le pied. Batenguéné Bienvenu en sa qualité de chef et pilote de l’avion, mange généralement le cœur... » Rapporte-t-elle.


La chair humaine qu’il ne fallait pas « manger »

Marie Laure Ombassiekinémounou explique sa démarche de dénonciation et sa détermination à faire démanteler le gang, par les sévices corporelles et les supplices qu’elle a endurés, lorsqu’est venu le moment pour elle d’organiser le « festin » en « donnant » un membre de sa famille. Ayant fait part de sa résistance et surtout du fait qu’elle n’avait personne à « donner », on lui a intimé l’ordre de donner sa tante Moutebeck Sylvie. « Ils m’ont torturée plusieurs fois en me disant que je mourrai si je ne cédais pas. J’ai fini par céder. J’ai indiqué à  Bakoumé Pierre là où se trouvait le slip de ma tante qu’il est allé prendre et l’a mis dans une termitière. Au fur et à mesure que les termites rongeaient le slip de ma tante, elle dépérissait de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle en soit morte. C’est pour cela qu’on ne pouvait rien voir à l’hôpital ; sa maladie étant mystique », raconte la jeune fille.

A la brigade de gendarmerie de Ndikiniméki où nous nous sommes rendus vendredi, 15 juillet dernier, nous avons approché les suspects ; c’est tout naturellement qu’ils ont rejeté en bloc les déclarations de la jeune fille. « On nous accuse seulement de pratique de sorcellerie, alors que nous sommes innocents. On ne sait même pas ce que la petite fille là raconte » avouent-ils en chœur. Mais sur les lieux du crime, on ne croit pas à leur version des faits. De nombreux cas d’empoisonnement et de crimes dont ils seraient des auteurs pèsent sur eux. « Ils ne sont pas à leur premier coup. On les a toujours accusés de pratique de sorcellerie ; sauf que jusqu’ici, c’était des soupçons, maintenant la vérité est là », affirment des jeunes du village.

A la brigade de gendarmerie tout comme dans les environs de Ndikiniméki, l’on prend avec beaucoup de sérieux le récit de  Marie Laure Ombassiékinémounou. « Elle parle de façon concise, avec assurance et beaucoup de sérénité. Imperturbable, sans crainte du danger qui pourrait venir des personnes qu’elle pointe du doigt, elle ne cache pas le rôle qu’elle joue dans le cercle, et dit tout sur chaque victime ; non sans en indiquer l’action menée par chacun de ses « complices dans le coup », affirme le commandant de brigade. Après l’audition des prévenus, il les a déferrés vendredi au parquet de Bafia.

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