19/07/2011 04:11:58
Alcoolisme: La famille présidentielle sous l'emprise de figther et du kitoko
La pénétration du whisky vendu en sachet connaît une si grande offensive dans le périmètre du village du chef de l’Etat Paul Biya, au point où, les villageois s’enivrent à cœur joie et à bouche que veux tu.
Le Messager
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La pénétration du whisky vendu en sachet connaît une si grande offensive dans le périmètre du village du chef de l’Etat Paul Biya, au point où, les villageois s’enivrent à cœur joie et à bouche que veux tu.

Mardi 21 juin 2011. Il est presque 19 heures dans le complexe commercial de Mvomeka’a, village natal du président de la République. De part et d’autre, les boutiques sont en pleine effervescence. Pour la majorité des populations, les curieux et autres habitants des zones riveraines, venant des villages et mêmes des arrondissements voisins de l’arrondissement de Meyomessala, il s’agit d’une journée mémorable, car on s’apprête à vivre un évènement inédit et de grande envergure : la fête de la musique. Pour ce faire, est prévu, un concert géant au cours duquel près de 175 artistes doivent prester. Sur l’immense podium, alors que les techniciens s’affairent aux derniers réglages et à la vérification de la tonalité des sons et instruments, l’esplanade du centre commercial quant à lui grouille de monde. Les points de vente de bière sont les plus sollicités.

Fait curieux, il n’y a pas que la bière et le vin rouge vendus en briques qui se disputent la scène. A l’observation, on se rend compte que la plus grande attention des populations porte sur cette forme de whisky vendu en sachet. Très courtisés, les vendeurs de cette boisson, sont très sollicités. Il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts : « Figther », « Kitoko », « Lion d’or », « Saint Arthur », « The best »... Les consommateurs ne s’en privent pas et se délectent à gorges déployées. « Le prix de 100fcfa est démocratique ; au lieu se saigner en achetant une bouteille de whisky, on se remet sur les sachets, qui ne coûtent que 100 fcfa la pièce » avoue Ondoua. Qu’importe la qualité et la provenance. Il y en a qui font des mélanges dangereux avec ce whisky en y ajoutant de l’eau et même de la bière. « Les bières de type classique ne font plus grand effet ; il faut du fort pour tenir...» souligne Albert Essam. Lorsque débute le spectacle, à première vue, les jeunes et les adultes ne se limitent pas à en acheter un ou deux sachets ; ils en font de grosses provisions qu’ils dégustent au fur et à mesure que les prestations artistiques des musiciens qui défilent sur le podium gagnent en intensité.

De bonnes affaires pour les vendeurs

Un tour sur le site du concert, le lendemain matin, a permis de se rendre compte de l’ampleur du « scandale ». Les agents de ménage en s’amusant à faire les décomptes des sachets vidés de leur contenu, ont constaté que pour la seule soirée, près d’un millier des sachets vides traînaient au sol. Une vendeuse nous a confié sous anonymat, avoir vendu environ trois cents sachets. 

« Nous avons tout fait pour conseiller la modération à nos compatriotes, mais ils restent indifférents. On dirait même qu’ils se moquent de nous. Et pourtant, lorsqu’on analyse la teneur de ce whisky en degré d’alcool, on a peur. Des frayeurs et une panique qui s’expliquent par les quantités qui sont ingurgitées » explique Bernard Nna dans une colère amère. L’ancien enseignant de biologie aujourd’hui à la retraite dit comment à la suite de quelques essais en laboratoire, il a découvert que le taux d’alcool des sachets de whisky est brute et les commodités de distillation légères et non contrôlées. « Dans les différents sachets, on retrouve encore de l’éthanol, le méthanol et l’éthane, qui dans une bonne distillation, devraient être séparés. Certains de ces whisky, faits à base de la canne à sucre ou du manioc, sont frelatés », conclut-il.

Alors qu’il est difficile d’expliquer les motivations et raisons qui poussent les paysans de Mvomeka’a à s’abandonner à la consommation du whisky en sachet, certaines langues parlent de stress, de misère, de pauvreté galopante et de désoeuvrement. Au prétexte qu’ils partagent la proximité avec le chef de l’Etat, de nombreux jeunes sont restés à ne rien faire, attendant que « la manne leur tombe du ciel. A force d’attendre et face à l’oisiveté et au poids de l’âge, ils s’empiffrent de whisky en sachet pour « chasser les soucis », sérine un haut cadre de l’administration centrale, natif du village.

Replié à l’intérieur de la grande muraille de son palais présidentiel, le chef de l’Etat Paul Biya, est-il au courant des effets dévastateurs que cause le whisky en qui a envahi Mvomeka’a ? Difficile à savoir.  D’autant que pour une bonne majorité des courtisans du président de la République , pourquoi déranger le prince avec des broutilles. « Le whisky vendu en sachets n’est pas l’apanage des seules populations de la famille présidentielle. Il est tout aussi consommé et même en des quantités plus grandes dans toutes les régions du pays, lors de grandes fêtes et autres veillées et enterrements », rumine un membre de la sécurité du président. 

Souley ONOHIOLO à Mvomeka’a

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