21/07/2011 12:35:22
Yaoundé: La police quadrille l'avenue Kennedy et le carrefour « Campero »
Certains ont pensé que le remplissage des listes électorales est à l’origine de cette rafle qui a secoué la ville de Yaoundé dans la matinée d’hier. Ce qui justifierait que les policiers demandent aux personnes interpellées de présenter leur Carte nationale d’identité. Le défaut entraînant votre arrestation.
Le Messager
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Prés d’un millier des éléments de la Sûreté nationale, prennent d’assaut un bon périmètre de la ville de Yaoundé, allant du carrefour de l’Intendance à l’Avenue Kennedy en passant par « Campero » et le site de la direction régionale de la société de téléphonie mobile « Orange » Cameroun.

Il est un peu plus de 11 heures 30 minutes, hier en plein centre-ville de Yaoundé. La ville grouille de monde. Comme par habitude en pareils moments de la journée, c’est le flonflon habituel et une véritable lutte pour la « survie ». Tenanciers des boutiques et prêt-à-porter, vendeurs à la criée, acteurs de l’informel, gérants des buvettes, badauds, simples usagers de la route...Tout le monde s’affaire à la tâche. Personne ne semble s’inquiéter de ce que les forces de l’ordre sont aux embuscades, prêtes à troubler la sérénité et certaines assurances.

Et pourtant, en l’espace de quelques poussières de secondes, près d’un millier de policiers en uniforme de combat, encerclent le périmètre. Toutes les entrées et sorties sont bouclées ; du carrefour Intendance, l’axe allant de Campero au Supermarché Niki, la descente de la direction de Orange Cameroun, l’Avenue Kennedy, jusqu’au Cintra. De petites patrouilles se forment, avec à leur tête, une bonne fourchette de divisionnaires et autres hauts gradés de la Sûreté Nationale. Tous les éléments des commissariats de la ville sont mobilisés. Une fois le périmètre quadrillé, les policiers passent à l’offensive et procède à la fouille systématique de tous les usagers de la route, davantage, les vendeurs à la criée, les vendeurs à la sauvette.  «Ils nous ont passé au peigne fin, et ont fouillé nos sacs, sans que nous sachions ce qu’ils voulaient. Parfois quand vous aviez plus de deux téléphones, on vous embarquait » explique Bernard Tagne.

Les plus malchanceux auront été les personnes n’ayant pas en main leur carte nationale d’identité. Passaient aussi à la trappe, les ressortissants des pays voisins, visiblement pas en règle. « La zone qui vient d’être bouclée, est la plus dangereuse du centre-ville de Yaoundé. C’est le carrefour des mauvaises choses et surtout un haut lieu où, s’organisent tout type de trafic d’objets volés » explique un Inspecteur de police en action. Approché pour d’avantage d’explications sur ce qui a provoqué une descente aussi musclée des policiers, le commissaire central n° 1 parle d’une rafle de routine. « Nous sommes au travail. La Police a plusieurs missions de sécurité et de protection des biens et des personnes. Elle est permanemment en action » affirme le haut gradé de la Police. 

Lutte contre l’insécurité ?

 Pendant la durée d’un peu plus de 120 minutes qu’a duré l’opération policière, la circulation était au ralenti, à cause de nombreux embouteillages. Ce qui n’enlève rien à l’action de surprise menée par la police dans l’enceinte de l’espace le plus névralgique de la ville de Yaoundé, a été saluée parce que, pour beaucoup, elle est porteuse de nombreux espoirs sur le plan de la lutte contre les malfrats, l’insécurité et le grand banditisme. Par ces temps qui courent, l’insécurité grandissante a accentué le vol et les braquages. Dans la plupart des temps, le butin des malfrats est écoulé à l’Avenue Kennedy. Pour ce qui est du carrefour Campero, là encore c’est une niche des bandits, un haut lieu de grande prostitution, où, on trouve à suffisance, des jeunes filles fortement ancrées dans une vie licencieuse. « A l’avenir, nous souhaitons que de telles opérations se fassent la nuit. Le jour, il est difficile d’apprécier ou de distinguer le bon grain de l’ivraie » lance un passant en direction de la Police. Pour l’ensemble des personnes approchées, l’action de la Police , si elle reste salutaire, mérite d’être peaufinée. A condition que cela ne relève pas du tape à l’œil ou de l’installation du spectaculaire, près d’une semaine après la tenue des toutes premières assises du conseil national de sécurité.

Focal. Une opération à laquelle il faudrait s’habituer

Certains ont pensé que le remplissage des listes électorales est à l’origine de cette rafle qui a secoué la ville de Yaoundé dans la matinée d’hier. Ce qui justifierait que les policiers demandent aux personnes interpellées de présenter leur Carte nationale d’identité. Le défaut entraînant votre arrestation. Dans la ville, beaucoup y croient dur comme fer. Sinon opposent ces derniers, qu’est-ce qui pourrait justifier une sortie aussi musclée des forces de l’ordre à une heure où le taux de fréquentation du centre ville est à son comble ?  « C’est parce qu’ils se sont rendus compte que les gens ne veulent pas s’inscrire sur leur liste et comme il faut la gonfler pour pouvoir tricher aux futures élections, ils se déportent maintenant dans les marchés après leur passage dans les quartiers », croit savoir un usager rencontré à l’avenue Kennedy.

L’un des hauts gradés de la police dans la région du Centre se veut clair quand il explique les mobiles de cette descente de ces éléments dans la rue hier mercredi. D’après lui, il s’agit d’une « opération de nettoyage » de ce secteur « criminogène ». Et de préciser que « c’est une opération à laquelle il faudra désormais s’habituer. Et on ne peut le faire sans contrôler les cartes nationales d’identité et sans prendre ceux qui n’en ont pas. Vous le savez, le défaut de Cni est un délit ». Dans la rue, cette descente est diversement appréciée. Si certains comme ce jeune vendeur à la sauvette pense que « c’est une opération pour rien » d’autres espèrent qu’elle permettra d’assainir ce secteur considéré par Guy Nzenkoh, commerçant depuis 1996, comme un « un repère de bandits, c’est le Texas où on retrouve tout ce qui est mauvais, des sou-tireurs aux braqueurs qui viennent se blanchir ». Laurent Bouladue, pour sa part,  se souvient que l’appareil photo de son oncle attaqué à son domicile par des malfrats, a été retrouvé dans ce lieu qui abrite un marché noir sans pareil. Tous deux saluent la venue de cette opération qu’ils souhaitent pérenne pour voir extraire les brebis galeuses. Un vœu entendu par l’autorité en charge de la police dans la région. Si l’on s’en tient aux déclarations suscitées.

Nadège Christelle BOWA

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