22/07/2011 04:15:23
Okalia Bilaï comme un shérif
Bilonguè 15 Juillet 2011. Ce jour-là, Sass, Soh, Mongoué, un certain Diable et d’autres, ces enfants terribles qui avaient la réputation de ne reculer devant personne ont dû baisser l’échine et faire profil bas devant un « shérif » prêt à en découdre.
Le Messager
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Les habitants des ghettos de Bilonguè et Makea n’oublieront pas de sitôt ce 15 juillet providentiel où, sans doute, une des rares fois de leur vie, ils ont vu en chair et en os et, s’il vous plaît, dans sa tenue officielle et tous ses attributs, un administrateur civil. Et c’est Monsieur Okalia BilaÏ, préfet du département du Wouri.

Une fois encore, le n°1 du département du Wouri qui effectionne bien les points chauds a eu l’occasion de se faire entendre par les loubards de ces deux ghettos de la ville de Douala. Deux ghettos parmi tant d’autres. Ce jour-là, Sass, Soh, Mongoué, un certain Diable et d’autres, ces enfants terribles qui avaient la réputation de ne reculer devant personne ont dû baisser l’échine et faire profil bas devant un « shérif » prêt à en découdre.

Le bilan est fort éloquent. Plus de 10 gangsters déjà sous les verrous. un important stock de chanvre indien saisi. Et le préfet a juré, la main sur le cœur, d’obtenir les scalps des autres voyous qui écument Douala, de jour comme de nuit, avec la complicité des parents et acolytes qui se recrutent même dans les rangs des éléments des forces du maintien de l’ordre.

Devant le préfet Okalia Bilaï, les prétendus chefs de quartiers et de blocs, parfaitement au parfum de tout ce qui se passe autour d’eux mais n’osent pas souffler mot, sont passés à table, avouant à l’autorité administrative presque héberluée, que des kalacknikovs circulent dans le quartier. Pourquoi n’avoir pas porté information aussi capitale aux autorités avant ? On a peur des représailles.

On se rend compte que si la peur du gendarme inspire sagesse, celle des bandits impose la loi du silence. Laquelle débouche sur le chaos qui a fini par mettre aux prises les caïds de deux ghettos de la métropole économique. Mais il faut aussi dire que la corruption et des interventions parfois insoupçonnées ont favorisé cet état de chose. Combien de fois des brigands dénoncés ou arrêtés et confiés à la police et à la gendarmerie se sont retrouvés à l’air libre quelques heures après pour narguer ou menacer leurs dénonciateurs. C’est de bonne guerre dans un environnement où les revenus provenant du grand banditisme, du commerce du plaisir tarifié, de moult activités illicites, entretiennent de nombreuses familles. Au nom de la lutte contre la pauvreté tout comme les « feymen », ces « ambassadeurs » du Cameroun de l’escroquerie transfrontalière ont les bonnes adresses des autorités de l’Etat.

L’autre jour, en parlant des mis en cause qu’il a déjà placés en détention administrative, le préfet a clairement dit à leurs parents de ne point perdre leur temps en faisant appel aux avocats. J’espère pour monsieur Okalia Bilaï qu’un oncle, un cousin ou tout autre proche haut placé ne lui passera pas un coup de téléphone pour obtenir la libération d’un protégé. Que fera le préfet si cette « faveur » est sollicitée par un ancien camarade de l’Enam, un officier supérieur, quelqu’un des services du Premier ministre ou de la présidence ? Il est de notoriété publique qu’à Douala ce sont les ghettos qui abritent le bétail électoral qui, de longues années durant, a assuré le plein de suffrages en faveur du Rdpc. Avec la transhumance électorale en vogue depuis 2007, les autres formations politiques n’en profitent pas moins. Un peu à la manière du voleur volé. Maintenant que le parti au pouvoir a perdu le monopole des voix de ces ghettos, les autorités administratives si complaisantes à l’égard du Rdpc prendront désormais leurs responsabilités pour qu’enfin la paix et la sécurité fassent partie du quotidien de paisibles citadins.

Il n’est pas moins notoire dans notre pays que ce sont ceux, qui sont censés faire appliquer les lois qui les contournent le plus. Après eux il y a ceux qui font parler le fric. Pourquoi est-ce que les gargotes et les débits de boisson cohabitent-ils aussi paisiblement avec services administratifs à Bonanjo ? Pendant que les bureaux sont presque vides, ces restaurants et bistrots de fortune sont toujours bondés aux heures de travail. Parfois, il est difficile d’y trouver la moindre petite place. C’est là-bas que se négocient, se marchandent, se traitent les dossiers les plus sensibles voire les plus brûlants. Si on dit qu’impossible n’est pas camerounais, cela se vérifie à merveille dans ces « annexes » de services administratifs.

Le cas le plus éloquent à Douala est celui de l’ancien bâtiment de ce qui était sous la colonisation « l’hôpital européen », qui abrite actuellement le Qg du Groupement mobile d’intervention (Gmi) n°2, la direction régionale de la Sopecam et la délégation régionale de la culture.

Loin de moi la prétention de livrer un « scoop » A1. Tous les responsables administratifs à tous les niveaux le savent. Tout cela se passe sous leurs fenêtres. Ils n’ont pas à faire le moindre effort pour se rendre compte de tout ce qui se passe là, à longueur de journée. Mais qui oserait donc mettre un terme à ce désordre ? Personne parce que tout le monde y trouve son compte. D’autres locaux administratifs sont occupés en toute illégalité par ces commerces. Et ceux qui les tiennent ne sont pas n’importe qui.

Bravo ! monsieur le préfet. Il faut bien que votre croisade aille de l’avant. Au quotidien Le Messager, nous savons que la tâche est ardue et jonchée d’obstacles comme ceux que nous avons évoqués ci-dessus. Nous savons pourquoi le marché spontané dit « Dubaï » prospère encore à Akwa et les raisons pour lesquelles les débits de boisson sont toujours « tolérés » au-delà de 20 heures, contrairement à la réglementation en vigueur. Mais, on va faire comment ? Le Cameroun, c’est le Cameroun. Au moins nous vous voyons vous jeter dans les eaux troubles du département du Wouri quand elles débordent. C’est déjà cela ! A condition que votre sort ne soit pas celui de « l’acteur » dans les mauvais westerns.


Jacques Doo Bell

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