22/07/2011 04:24:15
La divine comédie camerounaise
Avec ses 250 tribus, autant de langues, patois et dialectes, autant de partis politiques, autant de chapelles,  Dieu pourrait-il un jour prêter l’oreille à la cacophonie camerounaise ? Nous donner, sans coup férir, un jeune et nouveau président de la République par exemple ? En quelle langue faut-il lui adresser ma prière ?
Le Messager
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Quoique dramatique, le dialogue parait savoureux :

-Adam, pourquoi te caches-tu ?

-Père, c’est parce que je suis nu !

-Comment sais-tu que tu es nu ?

C’est ainsi qu’a commencé la chute de l’homme. En se laissant tenter par l’arbre chatoyant et vénéneux, le fruit lui est resté en travers la gorge. C’est la pomme d’Adam. La pomme de discorde entre le divin créateur et nous. La chute de Dsk n’est que le prolongement de celle d’Adam chassé du paradis. Dsk portait déjà en lui le fruit du mal. Héritier d’une pomme coincée dans le gosier et dont on ne peut se défaire qu’au prix d’une révolution interne. Mais cela est une autre histoire...

Au juste, en quelle langue parlait le Divin moissonneur en s’adressant au premier homme ? Au commencement il était impératif dans son job de créateur : que la terre soit ! Parlait à la troisième personne du pluriel : donnons une compagne à Adam ! En engageant cette fois ci un dialogue direct avec le premier homme, en quelle langue parlait Dieu ? Cette question est d’autant plus angoissante que Celui qui sera apprivoisé plus tard par les humains a été baptisé le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.  Il est donc, selon les rédacteurs de l’ancien testament, le Dieu des Hébreux. Un Dieu violent qui donne ordre de passer les tribus païennes au fil de l’épée et qui professe la vengeance en décrétant : œil pour œil, dent pour dent.

Il n’est donc pas le Dieu de Kamdem, Akono ou Ndoumbè, adorateurs de crânes, des divinités forestières et maritimes. Du reste, quand la terre était encore molle du déluge, le nègre n’existait pas. Et ce ne sont pas les audacieuses et contemporaines affirmations de Cheik Anta Diop sur l’antériorité de la civilisation nègre qui y changeront quelque chose : le Dieu de la création n’était pas bantou, mais hébreux, et résidait dans les villes célestes de Jérusalem et Bethléhem.

Plus tard, nous verrons qu’il parlait aussi latin. Lorsque le colon esclavagiste a bien voulu se mettre au chevet de l’Afrique pour s’approprier de ce que le poète René Depestre a appelé le ‘minerai noir’, il s’armera d’un rituel liturgique en latin matinée de grec.

-Dominus vobiscum disait le prêtre en jargon céleste

-Ecceculat spiritu oooooh, ânonnaient nos arrières grands-mères en pamoîson, sanctifiées par les idiomes divins.

La messe était dite. Les pères blancs, qui ont découvert Dieu comme Christophe Colombe a découvert l’Amérique, parlaient le langage du ciel et, suprême honneur, nous le faisait partager ! On pouvait tout leur donner dès lors : nos dieux, nos secrets, nos âmes pour tout dire. Fort de ces réussites, Rome décida donc « d’indigéniser » l’évangile. Cela nous a valu ‘Assimba’, un grand succès... en boîte de nuit.

Puis vint l’hindouisme et le bouddhisme. L’Afrique, terreau par excellence de toutes les expérimentations mystico-religieuses, s’est livrée pieds et poings liés aux incantations de type oriental. Nous avons appris à réciter les mantras. Présentés comme arme ou outil pour la protection de l'esprit, le mantra est une formule condensée formée d'une série de sons répétés de nombreuses fois suivant un certain rythme.

Vous devriez laver votre bouche, vos mains avant de baragouiner : « om swabava shouddo sarva dharma swabava shouddo ham ». On dit que le mantra purifie et transforme les perceptions impures en conscience de la vacuité. Dès votre premier contact avec la pratique religieuse de la Soka Gakkai , comptoir bouddhique très actif au Cameroun, le mantra « Nam Myoho Renge Kyo » vous est imposé comme le « chemin direct vers l’illumination ».

De l’hébreux au latin en passant par le grec et l’hindou, plus c’est hermétique plus c’est divin...Comme si cela ne suffisait pas, voici le parler en langue, présenté dans le nouveau testament comme un don de l'Esprit Saint pour l'édification personnelle. Cette pratique est aujourd’hui répandue dans les congrégations chrétiennes du Cameroun, entre charismatiques et pentecôtistes. « Celui qui est rempli de l’Esprit parle en langues et celui qui parle en langues sera toujours plus rempli de l’Esprit de Dieu ! Celui qui parle en langues sera, par le parler en langues, connecté à Dieu pour penser comme Dieu, pour agir comme Dieu, pour parler comme Dieu ». On voit certains en transe, frémir, bafouiller, pleurer, submergés par l’esprit saint ou... dopés par le regard des autres.

Selon un pasteur, il faut prier en langue en se laissant conduire par le souffle du saint esprit quel que soit l’endroit, au lieu de la posture mécanique qu’adoptent certaines assemblées ou l’officiant doit donner le ton. De plus, les gesticulations ne sont pas forcément des transports spirituels et peuvent procéder de la chair, donc de l’orgueil. « Il n’y a de vraie lumière que celle qui ne blesse pas les regards ». Ainsi, il vaut mieux se maîtriser en public, et éviter le « mur sonore » du pentecôtiste super-spirituel.

Mais un autre observateur avance : « prier en langue est aussi prisée par des êtres démoniaques sous influence satanique. Dans certains cas, des prières ou des louanges sont destinées à des entités démoniaques... Des sataniques se gaussent des chrétiens en infiltrant leurs assemblées où ils dissimulent leurs attaques en utilisant le ‘’parler en langues’’.

Le mal-être, l’angoisse du quotidien, la maladie, la pauvreté conduisent les séducteurs diaboliques vers une terre africaine poreuse à tous vents. Ne dit on pas que lorsque le disciple est prêt, le maître apparaît ? Où une prêtresse inconnue qui vous tient aimablement la main et vous guide vers le trou noir d’un destin fatal.

Dans le livre du Dr Rebecca Brown intitulé " Il est venu libérer les captifs ", il y a le témoignage d’une ex-sorcière qui, sur ordre de Satan, s’infiltrait dans les communautés chrétiennes en vue de les démolir. A la page 257 elle dit notamment : " Lorsque j’étais au service de Satan, je parlais régulièrement en langues dans tous les cultes et réunions de prières. Et les autres sataniques avec lesquels je travaillais en faisaient autant. Et personne ne s’en doutait... "

Quelle est donc la langue unique de Dieu, à travers laquelle nous pouvons nous adresser à lui ? L’hébreu, le latin, le grec, les borborygmes indo-tibetins, les psittacismes penteco-charismatiques ou à tout prendre, le silence de la méditation ?

Avec ses 250 tribus, autant de langues, patois et dialectes, autant de partis politiques, autant de chapelles,  Dieu pourrait-il un jour prêter l’oreille à la cacophonie camerounaise ? Nous donner, sans coup férir, un jeune et nouveau président de la République par exemple ? En quelle langue faut-il lui adresser ma prière ?
 

Bon vendredi et à vendredi

Edking

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