22/07/2011 18:35:29
Nord Kivu : « Déporter » des électeurs pour gagner des voix
Pour remplacer leurs habituels militants déçus ou augmenter le nombre de sièges de leurs partis, certains hommes politiques font inscrire des électeurs dans des circonscriptions éloignées de leurs lieux de résidence. Stratégie politique ou tricherie?
Afrique hebdo
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Pour remplacer leurs habituels militants déçus ou augmenter le nombre de sièges de leurs partis, certains hommes politiques font inscrire des électeurs dans des circonscriptions éloignées de leurs lieux de résidence. Une pratique légale mais fortement dénoncée par la société civile qui la juge déloyale.

Depuis le démarrage de la révision du fichier électoral en avril dernier, de nombreux habitants de la ville de Goma, à l'est de la RD Congo, se font enrôler dans des villages des territoires de Masisi, Walikale ou Rutshuru, dans des circonscriptions situées loin de leurs lieux de résidence. "Des hommes politiques louent des véhicules de transport en commun pour convoyer des personnes à enrôler dans leurs propres bases, dans le but inavoué de gonfler la liste de leurs électeurs potentiels. Ils offrent une petite collation et le tour est joué", confie le Coordonnateur urbain de la Société civile à Goma.

Cette pratique, communément appelée "déportation", est un arrangement entre des électeurs et certains politiciens pour qui les prochaines élections s'annoncent difficiles dans leurs circonscriptions électorales. "La loi ne l'interdit pas. Tout électeur est libre de s'enrôler où il veut, sur toute l'étendue du territoire et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a obligation d'inscrire toute personne remplissant les conditions pour l'enrôlement", précise Ananie Bateyi, chargé du déroulement des scrutins et de la collecte des résultats à la CENI pour le Nord-Kivu. Il ajoute qu'un citoyen qui remplit les conditions peut se faire inscrire où il veut mais ne pourra voter que dans le bureau mentionné sur sa carte.

Stratégie politique ou tricherie?

On est donc loin du schéma traditionnel où les électeurs étaient inscrits et votaient dans des bureaux proches de chez eux pour élire leurs représentants. "Un député est élu par la base, dans sa circonscription électorale. Dans le cas des déportations, il est choisi par des personnes étrangères à la localité qui ne font pas partie de cette base", explique Florent Babi, Secrétaire exécutif de l’ONG ‘Tous pour la Paix’ et activiste des droits de l’homme.
Profitant de cette faille dans la loi électorale, certains hommes politiques ont mis en place cette stratégie en réaction au mécontentement de leurs militants habituels déçus par les promesses non tenues. Désavoués par la base, ils courtisent leurs amis, proches et même inconnus, selon les récompenses promises. Une fois enrôlés, les "déportés" n'ont plus le choix, ils ne peuvent voter que dans ces bureaux de vote. "Le jour du scrutin, les candidats vont de nouveau transporter ces personnes dans les meilleures conditions, offrir de petits cadeaux, dans le seul but de s'assurer de leur voix", poursuit Florent Babi.

Certains hommes politiques, la conscience tranquille, avouent sans scrupules profiter du mutisme de la loi sur cette question des déportations, pour augmenter leurs chances d'être élus et le nombre de sièges de leurs partis au parlement. "En 2006, sur 114.593 électeurs enrôlés, nous n’avons eu que deux sièges à la députation nationale. Pour avoir plus de sièges aux prochaines élections, nous devons donc attirer le plus d'électeurs possibles et la "déportation" est un moyen pour y arriver", soutient un député national de la circonscription du territoire de Walikale.

Cette combine est très peu appréciée par la société civile et la plupart des organisations citoyennes qui se sont investies dans la sensibilisation de la population pendant tout le processus d'enrôlement qui se termine en ce mois de juillet. "Le temps presse et dans nos contacts avec la population, nous conseillons au futurs électeurs de s'enrôler dans des centres proches de leurs circonscriptions électorales, afin de choisir le meilleur candidat pour leur localité ou de sanctionner ceux qui les ont déçus, si telle est leur volonté. Choisir la déportation, c'est donner une deuxième chance aux députés désavoués par la base", déclare Jason Luneno, Président provincial de la Société civile du Nord-Kivu.

Désiré Bigega

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