28/07/2011 04:33:47
Eglise et Etat: Mgr Watio ne devrait pas servir Dieu et Satan
L’entrée en fonction du prélat au sein du conseil électoral d’Elecam soulève des désapprobations et approbations dans la région de l’Ouest. Controverse sur la prestation de serment de Mgr Dieudonné Watio

Le Messager
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Les six membres supplémentaires nommés au sein du conseil électoral d’Elecam le 7 juillet 2011, au rang duquel, l’évêque du diocèse de Bafoussam, Mgr Dieudonné Watio, ont prêté serment le 21 juillet 2011. Avant leur entrée en fonction. C’était à l’occasion d’une audience solennelle de la Cour suprême, présidée par le 1er président de cette juridiction, Alexis Dipanda Mouellé. Un texte énoncé par le magistrat rappelle les devoirs des héros du jour.

Extrait : « Vous venez de prêter serment (...), de jurer de bien et fidèlement remplir vos fonctions, de les exercer en toute impartialité, dans le respect de la Constitution et des Lois en vigueur, de garder le secret des délibérations et des votes, de ne prendre aucune position publique, de ne donner aucune consultation sur les questions relevant de la compétence d’Elecam. Ce serment outre qui vous permet d’exercer les fonctions de votre nouvel état, a valeur sacrementelle en ce que vous revêtez désormais une tunique qui symbolise les vertus essentielles requises à savoir : l’impartialité, la neutralité, la loyauté, la discrétion, la réserve, la probité et la compétence pour servir la cause de votre pays... »

Dans les rangs des chrétiens tous azimuts, par rapport à la prestation de serment du prélat, chacun y va de son commentaire. Pour d’aucuns, la nomination d’un évêque par le régime Rdpc au conseil d’Elecam, participe du processus de fragilisation de l’Eglise catholique. «On ne peut pas servir Dieu et Satan. Il faut choisir. Je ne dis pas que les détenteurs du pouvoir politique sont des démons. Mais en réalité ce n’est pas le monde de la vérité, le mensonge y est la règle. Les Camerounais en ont ingurgité depuis les indépendances. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va assister à la vérité électorale au Cameroun. Depuis 1992, le mensonge a émaillé les processus électoraux. Quand un prêtre accepte d’être membre d’un conseil électoral, c’est pour aller valider les procès verbaux. Et nous savons bien que les procès verbaux des élections sont généralement faux. Donc, il va valider le faux, le faisant, il dit le mensonge à la fois à ses fidèles et aux non fidèles. A ce moment je crois qu’au-delà du fait qu’il ne sert pas Dieu, il sert satan. Il faut le dire accepter une telle nomination, cela participe de la profanation de la Bible , de la parole sacrée, de la spiritualité. Le prélat a fait un très mauvais choix. Je ne sais pas comment il va conduire ses fidèles après l’élection présidentielle de 2011 qui est un moment de coups bas», confie un chrétien.

L’ex-maire de la commune urbaine de Dschang, Etienne Sonkin renchérit que Mgr Watio est réputé comme un homme assez charismatique, clairvoyant et rigoureux d’esprit. Seulement, il se retrouve dans la position d’un ange ou d’un saint et que l’on nomme notable en enfer. Et c’est le lieu de faire constater que la nomination d’un ange en enfer ne le transforme pas en ciel. Dans la position que le prélat occupe, il n’a aucune grande influence parce qu’il est sous le joug du président d’Elecam avec sa clique du Rdpc. Sans oublier que dans la pratique, c’est le Dg de la structure qui est le grand maître du jeu  électoral. «C’est dire qu’il est purement et simplement utilisé, tout comme Pierre Titi Nwell pour maquiller le décor. Ceci dit, lorsque le serment les enjoint de garder le secret des délibérations, de ne prendre aucune position publique... Tout ceci constitue un bâillon afin que les membres de conseil d’Elecam ne servent que d’instrument pour valider la forfaiture ou la parodie d’élection. Parce que s’il y a scandale, ce serment veut dire que personne ne devrait le décrier sur la place publique. Par ce fait, une éminence comme Mgr Watio ne servira que de caution au régime pour tenter de crédibiliser la fraude».
 
Focal. Prêtres et religieux apolitiques

Des ouvriers apostoliques surenchérissent qu’Elecam n’est pas un organe politique authentique. A les en croire, les prêtres et religieux sont apolitiques. Ils sont d’avis que si Elecam est une œuvre prévue pour la construction d’une société juste, ceux qui devraient adhérer à cette structure ne sont pas appelés à être des prêtres et évêques. Il y a suffisamment des laïcs chrétiens spécialisés qui représentent l’Eglise. Un évêque de surcroît ne devrait pas occuper cette place. L’impartialité, la probité, l’honnêteté, la discrétion, tout cela, l’évêque le vit en administrant son Eglise. Maintenant qu’il se déporte dans la politique, n’entraîne-t-il pas le troupeau dont il est le berger ? «En tant que chrétien, l’église nous encourage à occuper notre responsabilité d’homme éclairé dans la société. Il y a une encyclique qui s’appelle « laïci fidelis » qui prône l’engagement politique des chrétiens. Cela ne suffirait-il pas pour qu’un évêque puisse s’engager dans Elecam ?  Qu’a t-il fait de la commission justice et paix du diocèse pour se retrouver à Elecam ?» S’interroge un curé.

Par contre pour certains, la complexité sociale est telle que personne n’est de trop pour apporter sa contribution à la construction de la nation. Le prélat a certainement voulu intégrer une maison à perfectionner. « Le faisant il n’a pas voulu se répandre en critique stérile. Mais il s’est voulu un pragmatique qui préfère mouillé le maillot et participer à l’évolution de la société. Les procès d’intention à notre humble avis ne peuvent pas consolider cette démarche qui est le propre de tout homme d’action. Personne ne peut réfuter qu’aujourd’hui au Cameroun, le doute est envahissant et qu’on ne fait plus confiance à personne. Pourtant, il y a une urgence de l’action », précise un prêtre. Selon Fabien Tsafack, il faut tout simplement espérer que le prélat, dans l’exercice de ses fonctions dans cette structure controversée, porte toujours la tunique d’un homme de Dieu, avisé, honnête et crédible. En acceptant sa nomination, il doit savoir qu’il porte sur ses épaules de très lourdes responsabilités à un moment crucial de l’histoire du Cameroun. Il saura tirer son épingle du jeu pour prouver a posteriori que ce jeu en valait la chandelle.

Azap Ndongo

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