28/07/2011 04:58:11
Les opposants du Nord ont-ils vendu leurs ambitions présidentielles à Biya ?
Le septentrion sera présent à l’élection présidentielle. Mais derrière les rangs encombrés du Rdpc. L’alternance, ce sera pour plus tard...
Le Messager
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Calcul politique

Le Grand nord, le septentrion, cette région qui est la moitié du Cameroun est aussi la plus inconnue des Camerounais du sud, mais aussi  des ethnologues qui la caricaturent à tort comme peuplée d’islamo-peul et de kirdi.  Enclavée, avec comme principal point de passage la falaise de Ngaoundéré, le septentrion prend racine sur le plateau de l’Adamaoua, pour s’étirer en de formes gracieuses, le long de trois régions jusqu’au Logone et Chari, à Kousséri. Plusieurs  partis politiques considèrent la région comme leur vivier électoral. Le Rdpc au premier chef ; mais aussi l’Undp de Bello Bouba, l’Andp de Hamadou Moustapha et le Mdr de Dakolé Daissala, pour ne citer que ceux-là.

Mais le septentrion c’est plus que cela. C’est un univers culturel et sociologique de grande facture d’où est issu le premier président camerounais. C’est l’un des piliers ‘aujoulatiste’ de l’axe nord-sud. Ce qui fait penser que dans le giron bien compris du système uniquement, le pouvoir pourrait revenir au nord après le sud. Mais là bas, au septentrion, il y a des enclaves politiques, du moins sur le papier. Bello Bouba, Issa Tchiroma, Dakole Daissala, Hamadou Moustapha, et sans doute le moins marqué de tous, Garga Haman.

Ils ont choisi de faire cavalier seul. Du moins de se proclamer indépendant du système en vigueur depuis Ahidjo, reconduit de main de maître avec Biya qui tient en laisse quelques ‘brebis égarées’ pour une raison ou une autre.  Ces brebis qui hier ont choisi de créer leur formation politique, mais autour de l’axe central qui est le pouvoir Rdpc.

Mais en dehors de Garga Haman Adji qui est une icône dans le paysage politique actuel, très redouté par le pouvoir à cause de son indépendance d’esprit et cas rare -de son intégrité et de sa probité morales- on s’attendait à ce que les autres leaders des formations qui ont été et sont ministres ou députés, se prononcent clairement sur leurs ambitions présidentielles en cette année électorale.

C’est l’objet de notre questionnement sur le renoncement des uns et des autres à diriger ce pays, ou à tout le moins à participer à la compétition d’octobre, malgré leurs proclamations antérieures sur la nécessité de changement. Le septentrion sera présent à l’élection présidentielle. Mais derrière les rangs encombrés du Rdpc. L’alternance, ce sera pour plus tard...

1-Bello Bouba, le gari de Biya

Selon Marcel Rodo, ex-Dg de l'Imprimerie nationale, le septentrion a plus besoin du poste de Premier ministre que du perchoir de l'Assemblée nationale. Et Etoudi alors, est-il perdu à jamais pour Bello Bouba, le prince de Baschéo? Au lamidat de Mogodé, les notables sont formels : «  Ici à Mogodé, le Rdpc ne peut rien. Même si c’est leur président national Paul Biya qui vient, l’Undp gagnera toujours. »

Hélas, leur leader est aux abonnés-absents, englué qu’il est dans une mythique majorité présidentielle qui ne cesse de happer les opposants qui du reste font des pieds et des mains pour en faire partie.

L’alchimie Undp-Rdpc est aux couleurs des flammes qui brûlent tout sur leur passage. L’Undp est dans la majorité présidentielle ? Selon Ibrahim Barkindo, cadre de l’Undp : « Tout parti politique aspire à arriver au pouvoir. Malgré son appartenance à la majorité présidentielle, l’Undp conserve son identité de parti politique tout en participant aux affaires. Dans les démocraties modernes, ce sont les coalitions des partis politiques qui gouvernent. Ce qui permet d’avoir une représentativité nationale importante. L’Undp aura son candidat à l’élection présidentielle. Ce sera Bello Bouba Maïgari »

Question : le candidat de l’Undp continuera-t-il à rester au gouvernement? « Tout dépendra de la prise de décision des instances du parti. Toutefois, pour ce qui me concerne personnellement, une bonne campagne électorale passe par la sortie de l’Undp du gouvernement. Ce qui permet d’éviter  confusion et amalgame ».

Bello hors du gouvernement ? Impensable de son propre chef en cette période cruciale de transition.  C’est un emploi en or pour celui qui est né en 1947 à Baschéo à 60 kilomètres de Garoua. Diplômé de l’Enam et de l'Institut International d'administration publique (Iiip) de Paris, il a servi successivement comme adjoint administratif  à la sous préfecture de Poli, et à partir de 1971 à la présidence de la République comme attaché au Secrétariat général ; au ministère des Forces armées en qualité de Secrétaire général, à la présidence comme secrétaire général adjoint.

Au départ d’Ahidjo qui était son père spirituel, Biya le propulse Premier ministre, avant qu’il prenne plus tard le chemin de l’exil d’où il reviendra pour s’engouffrer dans l’Undp, créé entre temps par feu Samuel Eboua, qu’il évincera pour des raisons de leadership.

Depuis, seul interlocuteur valable après plusieurs alliances avortées, l’homme navigue entre l’Assemblée nationale et le gouvernement, avec des excursions dans une ou deux présidentielles. Pourtant celle d’octobre prochain  ne semble pas l’intéresser. Du moins, son parti, l’Undp entend soutenir le candidat naturel du Rdpc .

Hamadou Moustapha, chat échaudé...

Celui qui ne semble pas jeter son dévolu sur le Rdpc, mais montre sa préférence pour son leader s’appelle  Issa Tchiroma Bakary, actuel ministre de la Communication , et ancien camarade de route de Bello Bouba et de Hamadou Moustapha au temps de la glorieuse Undp (voir ci-contre). Aujourd’hui que le vase s’est fracassé à l’autel des ambitions politiques, l'Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (Andp) est désormais dirigé par Hamadou Moustapha qui semblait avoir choisi comme cheval de bataille  le  rapatriement au Cameroun des restes du premier président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo et l'application intégrale de la loi du 23 avril 1991 portant amnistie des infractions et condamnations politiques.

Le premier congrès de l’Andp s’est tenu à Maroua en octobre 1996. Le second à Kumba en  2002. Puis plus rien. Hamadou Moustapha n’affectionne pas « d’opposition stérile, incubatrice de dangers ».  Il préfère « une opposition participative, source de paix sociale et de progrès ». Ce qui explique son ouverture et sa disponibilité pour toute « coopération solidaire, soucieuse de l'intérêt général du Cameroun », a-t-il coutume de dire. « Ce qui explique mieux encore que nous soyons depuis toujours un parti de gouvernement et, présentement, au gouvernement. Un état qui nous dicte d'ailleurs une responsabilité particulière et un réalisme clair » a souvent déclaré le ministre chargé de missions à la présidence.

Le ministre sait de quoi il parle. Provisoirement sans emploi, déchargé de ses fonctions de ministre, il avait pris le risque d’initier une rencontre d'hommes politiques du nord Cameroun en tant que président de l'Alliance démocratique pour la démocratie et le progrès (Andp). Mal lui en a pris, la rencontre  a été interdite par les autorités. « Nous voulions nous rencontrer pour débattre des problèmes du grand nord du pays, actuellement victime d'une certaine marginalisation, et nous avons eu la surprise que le sous-préfet nous refuse l'autorisation », déclarera t-il. Il ne faudrait donc pas s’attendre à voir Hamadou Moustapha monter au créneau pour la présidentielle. Chat échaudé craint l’eau froide. Et puis, là haut sur la montagne d’Etoudi, il bénéficie d’une perspective plongeante qui le met à l’abri du besoin, principal souci du politicien camerounais.

Dakolé, l’enfant terrible de Goundaye

Beaucoup de Toupouri en particulier et de Kirdi en général avaient perçu l’avènement de Dakolé Daissala comme l’heure de la revanche contre la toute puissance islamo-peuhle. Quelques années plus tard à l’Assemblée et au gouvernement, Monsieur Dakolé a réussi à faire le vide autour de lui. Ces années de prison lui avaient construit une aura que ses années de liberté ont fini par détruire, à l’épreuve des réalités. Aujourd’hui terré  dans son harem de Goundaye dans la région de l'Extrême-Nord, Dakolé Daissala a quitté les tablettes de l'actualité nationale.

Ce qui lui permet de communier densément avec les populations de l'arrière-pays qu’il n’aurait pas dû abandonner à leur quotidienneté faite de précarité. Même si son parti,  le Mouvement pour la démocratie et la défense du République (Mdr) est sous un coma profond. Dakolé qui n’a pas la langue dans sa poche sort parfois de son hibernation pour décrier « l'inertie, le manque de cohésion de l'équipe gouvernementale,  l'incohérence des actions à mener et  l'irrationalité qui a si souvent caractérisé la coordination des activités gouvernementales au niveau de la structure qui en est statutairement chargée ».

Dakolé n’est donc pas candidat à la présidentielle ; Mais il a son mot à dire.

Issa Tchiroma Bakary : le fou du roi

Lors de la nomination d’Issa Tchiroma au gouvernement, interrogé, Dakolé Daïssala n’a pas fait dans la langue de bois : « Je ne peux pas faire l'injure à l'ami Issa Tchiroma, sans lui dire bravo, pour sa reconversion à cette forme de réalisme politique. Il hérite d'un ministère de souveraineté bien que n'étant pas du Rdpc, officiellement. Je ne peux pas aussi m'empêcher de mesurer la délicatesse de ses fonctions à la tête du département de la Communication. A ce poste, il lui faut une pleine maîtrise de la langue ; et seule une grande finesse lui permettra de contourner la bassesse de la flagornerie, dont la vertu essentielle est de décrédibiliser le discours qui l'embrasse ou du discours qui en fait sa source d'inspiration ».

Trois ans après cette sortie (Issa Tchiroma est entré au gouvernement en juin 2009), quelle note donnerait Dakolé à Issa Tchiroma ? Peut-on aujourd’hui dire que l’actuel Mincom a « maîtrisé la langue », évité la « bassesse de la flagornerie » et « crédibilisé » le discours qui l’a embrassé ? Rien n’est moins sûr et tout tend à penser que le président du Mdr avait vu juste. Trop heureux d’avoir été rappelé autour de la mangeoire, Issa Tchiroma, semble avoir trop rapidement oublié ses ambitions présidentielles au profit du parti gouvernant qu’il sert aujourd’hui avec obséquiosité. Certes, certaines apparitions sporadiques ci et là dans le cadre des activités de son parti dont beaucoup auraient du mal à retenir le nom, essaie de donner le change à l’opinion sans convaincre. Comment le pourrait-il d’ailleurs lorsque Issa lui-même avoue son « admiration » (sic) pour le locataire d’Etoudi dont la « clairvoyance est une bénédiction pour le Cameroun »?

Il faut dire que l’ancien cheminot, dont la trajectoire politique est à la mesure de sa versatilité, sait d’où il (re) vient. Après une longue traversée du désert, des brouilles à répétition avec ses anciens camarades de partis (d’abord l’Undp et ensuite l’Andp), et ses déboires avec l’opposition, Issa Tchiroma, ex-grand pourfendeur du régime Biya sait qu’il n’aura sans doute plus droit à une seconde chance. « Mon parti va soutenir le président Biya. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute. C’est une décision arrêtée qui ne souffre aucune contestation », a-t-il répondu au reporter du Messager, n’hésitant même pas à étendre sa pensée à l’ensemble du septentrion, même s’il précise ne pas parler « au nom des autres leaders politiques qu’ [il] n’a pas consultés ». Seuls les imbéciles ne changent pas. Pour autant, tout est-il dit ? Pas sûr, car, Paul Biya, mieux que quiconque, sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cela est encore plus vrai en politique...

Garga Haman Adji : un cas à part

Parmi les opposants du septentrion, notamment ceux qui peuvent être considérés comme étant de grands leaders, le président de l’Add (Alliance pour la démocratie et le développement), est peut-être le seul qui fait montre d’une certaine constance dans sa ligne politique. L’une des rares concessions faites au régime de renouveau après sa sortie fracassante du gouvernement  en août 1992 est son entrée à la Commission nationale anticorruption. Sinon le « chasseur de baleines », a, jusqu’ici opposé une fin de non recevoir au pouvoir en place. Des sources informées proches du concerné affirment que Garga Haman Adji n’accepterait un retour aux affaires que sous la condition de se voir confier la primature...

Depuis plusieurs mois, l’homme essaie de faire bouger les choses à la Conac tout en gardant intacte son indépendance politique. Est-ce ces nouvelles fonctions qui imposent le silence et la réserve qu’on lui connaît actuellement ? Beaucoup le pensent. Très peu visible dans le débat politique préélectoral actuel, Garga Haman Adji n’en est pas moins loquace. A preuve, ses dernières œuvres littéraires dans lesquelles il déroule sa vision politique du Cameroun et de l’Afrique pour laquelle il plaide le regroupement dans son dernier essai paru en 2009 et dédicacé en début d’année. Même si son parti ne fait pas montre d’une activité débordante dans la perspective des échéances électorales annoncées, des observateurs du paysage politique le voient mal franchir le rubicond comme les autres leaders politiques de l’opposition du Grand nord. Quoique, en politique, nul ne peut jurer de rien.

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