29/07/2011 03:26:27
Côte d'ivoire: la réconciliation traquenard
Hermann Aboa a-t-il eu raison de croire Alassane Dramane Ouattara appelant les Ivoiriens en exil à rentrer dans leur pays et à ne s'inquiéter de rien ? Sûrement pas ! Hermann Aboa, c'est la dernière victime en date de la réconciliation à l'ivoirienne.
Le Nouveau courrier
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Hermann Aboa, journaliste co-présentateur de l'émission « Raison d'Etat » de la RTI

Hermann Aboa a-t-il eu raison de croire Alassane Dramane Ouattara appelant les Ivoiriens en exil à rentrer dans leur pays et à ne s'inquiéter de rien ? Sûrement pas ! Hermann Aboa, c'est la dernière victime en date de la réconciliation à l'ivoirienne. Une réconciliation atypique où, comme dans la fable du « Petit Chaperon Rouge », on travaille souterrainement à mettre le grappin sur des opposants, des proches et collaborateurs de l'ancien régime, réels ou supposés, en tenant des discours mielleux et faussement conciliateurs.

Ainsi, le jeudi 21 juillet 2011, ce jeune journaliste ivoirien, chic, toujours bien mis et passionné de son métier, sera mis aux arrêts, après avoir été auditionné, inculpé et placé sous mandat de dépôt. Cinq chefs d'accusation seraient retenus contre lui : atteinte à la défense nationale (Articles 145, 151, 154, 155 du Code pénal ivoirien), attentat, complot et autres infractions contre l'autorité de l'Etat et l'intégrité du territoire national (Art. 158), organisation de bandes armées (Art. 164. Hallucinant!), participation à un mouvement insurrectionnel (Art. 166 et 168) et atteinte à l'ordre public (Art. 169, 174 et 175).

Toutes choses en rapport avec ses prestations en tant qu'agent de la RTI pendant la crise postélectorale. Prestations, somme toute, d'un bon journaliste qui ne faisait que le travail pour lequel il émargeait au budget de l'Etat ivoirien. Ce sont ainsi, au total, onze articles du Code pénal ivoirien, qui ont permis de qualifier les charges retenues contre le journaliste co-présentateur de l'émission « Raison d'Etat » de la RTI, selon le Comité Ivoirien pour la Protection des Journalistes (CIPJ). Inutile d'ajouter que tout ceci est totalement surréaliste!

« Raison d'Etat », en guise de rappel, c'était cette émission patriotique mise sur pied par la direction de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne, au plus fort de la crise postélectorale, pour apporter des éclairages sur le complot international ourdi contre la Côte d'Ivoire et Laurent Gbagbo et pour contrebalancer toutes les attaques injustifiées ou tendancieuses contre le régime ivoirien d'alors.

Hermann Aboa était fraîchement revenu d'exil, suite à toute la campagne médiatique mise en branle par le pouvoir en place pour convaincre les Ivoiriens partis se mettre à l'abri des exactions des FRCI sous d'autres cieux, et notamment dans la sous-région ouest-africaine, à revenir sur leur terre natale et à reprendre toutes leurs activités, dans la plus grande quiétude. Au nom de l'unité nationale.

Et pourtant, l'actuel chef de l'Etat avait clamé, doctoral, au cours d'un meeting politique : « La loi ivoirienne n'autorise pas d'emprisonner les journalistes, depuis 2004. Quand on vote des lois, il faut les appliquer. Nous demandons donc la libération des journalistes emprisonnés ! ». Cette injonction au pouvoir Gbagbo était relative à la détention à la MACA (Maison d'Arrêt et de Correction d'Abidjan) de trois journalistes du Nouveau Courrier, Saint Claver Oula, rédacteur en chef, Stéphane Guédé, directeur de publication et Théophile Kouamouo, directeur de rédaction, interpellés par la police criminelle suite à la publication d'un article d'investigation journalistique, relatif à l'enquête sur les détournements de la filière Café-Cacao, ayant éventé des informations du réquisitoire du Parquet (relevant des rapports entre le Juge d'instruction et le Procureur de la république). La démarche - le plaidoyer, dirions-nous plus exactement - avait alors paru tellement noble, devant les méthodes expéditives du Procureur de la république Tchimou Féhou Raymond, engagé dans une citation forcenée en vol de documents administratifs contre nos trois hommes de presse, citation qui ne tenait pas du tout la route, au regard du principe de la protection des sources qui est un principe fondamental de la pratique du journalisme.

Mais aujourd'hui, face à la réalité du pouvoir, nous assistons à tout autre chose, à une métamorphose (loin de celles qu'on peut souhaiter), de la part du « justicier » d'il y a près d'une année. Au-delà de la dichotomie absolue que révèle l'analyse objective des propos tenus dans l'opposition et les actes de gouvernement du nouvel homme fort d'Abidjan, c'est la foi même en la réconciliation nationale ivoirienne qui est en cause.

En effet, avec l'acte intriguant qui vient d'être posé par le parquet du Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau (répondant du pouvoir), à travers sa « Cellule spéciale d'enquêtes » sise à Angré 7ème tranche, dans la commune de Cocody, c'est toute la bonne foi voire le sens même de la campagne de réconciliation nationale, ainsi que la sincérité de la volonté de nos gouvernants actuels de ressouder le tissu social ivoirien mis en compote par la crise postélectorale, qui vont à vau l'eau.

Nous comprenons avec plus d'acuité pourquoi il y a tant de réticence de la part des nos ex-FDS, et des collaborateurs et proches de Laurent Gbagbo en exil, à rentrer au pays, à revenir en terre ivoirienne. Il est désormais clair pour tous (et surtout pour ceux qui en doutaient encore) qu'ils ne pouvaient se fier à la parole du pouvoir en place. Ils ont subodoré le traquenard qui leur était tendu et n'y ont guère mordu.

L'on a encore en mémoire la démarche entreprise au Ghana auprès du Com-théâtre de Laurent Gbagbo, le Colonel-major Konan Boniface, par les émissaires du nouveau locataire du palais présidentiel ivoirien en vue de le rassurer sur sa volonté de le voir revenir en Côte d'Ivoire et participer à son projet de bâtir une nouvelle armée républicaine, en s'appuyant sur de jeunes et valeureux officiers comme lui. Il a même, à l'adresse de tous les ex-FDS en exil, le jeudi 21 juillet 2011, réaffirmé ce désir, à sa récente rencontre avec les chefs de l'Armée, de la Gendarmerie et de la Police, cérémonie au cours de laquelle il a martelé ses vérités aux forces armées nationales. Ses émissaires avaient alors essuyé un refus courtois du marine's ivoirien dont la réponse a été sans équivoque : « Il n'y a aucune urgence pour moi. Je rentrerai au moment opportun ».

Au demeurant, les FRCI n'ont pas encore obtempéré aux ordres de leur chef suprême à cette cérémonie du Palais présidentiel du Plateau. Il avait été on ne peut plus clair : « J'invite les Chefs des commandements de toutes les armes, la Police, la Douane, et les Eaux et forêts à assainir leurs rangs en mettant sans délai un terme aux perquisitions arbitraires, pillages, barrages non autorisés, circulation sur la voie publique en armes sans ordre de mission, rackets, violations et occupations illégales de domiciles, règlements de litiges fonciers, de voisinage et autres exactions de toutes natures contre les populations, les agents du service public, notamment le personnel de santé, les enseignants, contre les opérateurs économiques, les diplomates, les touristes, etc ». Ces dérives se poursuivent bel et bien. Les cas de la guerre inter-FRCI d'Agboville, le samedi 23 juillet, et les bastonnades, pillages et blessures graves survenus dans le village de Nakiahio, dans la Sous-préfecture de Nahio, Département de Saïoua, le dimanche 24 juillet 2011, nous en donnent la preuve irréfutable ! Alassane Ouattara maîtrise-t-il ses hommes ? La question reste posée.

 


Hermann Aboa, journaliste de la RTI

Nous devons également relever les quatre délégations du pouvoir qui ont parcouru la sous-région pour convaincre nos compatriotes en exil de regagner leur pays, sans craindre pour leur vie ou pour leur intégrité physique et morale. C'est en réponse à ces missions assidues de bons offices que le journaliste Hermann Aboa est revenu sur la terre de ses ancêtres. Mal lui en prit ! Nous savons désormais ce que ces démarches « fraternelles » nous ont enfanté de repoussant et de nauséeux.

Or, il nous faut absolument aller à la réconciliation. L'urgence de la reconstruction du pays et du bien-être du peuple éburnéen nous l'impose. Nous ne pouvons nous payer le luxe d'attendre davantage. Jusques à quand Alassane Ouattara jouera-t-il encore « au chat et à la souris » avec son peuple et retardera-t-il le rapprochement et la concorde entre les Ivoiriens, si ce n'est un secret projet de les renvoyer aux calendes grecques ? Nous en sommes encore à nous interroger. Et surtout à nous demander quel est finalement le rôle et le sens de la Commission dialogue, vérité et réconciliation, si l'exécutif peut ainsi mettre à plat sa meilleure matière première : la sérénité et la confiance de tous les Ivoiriens, quel que soit leur bord politique, leur emploi, leur religion, leur région d'origine et leur ethnie ?

En attendant, les exilés ivoiriens ont, aujourd'hui plus que jamais, de réels motifs de n'accorder aucun crédit aux propos conciliateurs de leur chef d'Etat et de vraies raisons de ne pas revenir sur la terre de leurs pères. Il en faudra désormais bien plus pour les rassurer et les résoudre à s'y aventurer. Pour réconcilier, il faut plus que des discours. Les croisades justicières, nous ne le dirons jamais assez, sont incompatibles avec la noblesse d'une mission de réconciliation. Alassane Ouattara devra donc choisir : soit une réconciliation vraie qui ressoudera les Ivoiriens et les conduira ensemble à la prospérité, soit une réconciliation traquenard qui les divisera davantage et assombrira irrémédiablement l'avenir de la Côte d'Ivoire. L'Histoire le regarde et le jugera.

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

Dinde Fernand Agbo

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