29/07/2011 04:55:37
Lettre Teneesha
« ...Qu'est-ce que la vie ? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au coucher de soleil »
Le Messager
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En 1706 est né Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des Etats-Unis. En 1963, le révérend Martin Luther King Jr a rêvé qu'un jour, l’Amérique vive « la vrai signification de sa croyance : nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux ». Quarante-cinq ans après ce discours historique, au même endroit, au Lincoln Mémorial de Washington, Barak Obama, 44e président des Etats-Unis, premier noir à accéder à la fonction suprême de ce pays continent, fait un discours en droite ligne des pères fondateurs. « Je me présente à vous aujourd'hui, intact dans ma conviction que les Etats-Unis d'Amérique vont vivre, que le rêve de nos Pères fondateurs va continuer à vivre aujourd'hui », a-t-il dit avant d’ajouter : « Ce qui me donne l'espoir par dessus tout, ce ne sont pas les pierres et le marbre qui nous entourent, mais ce qui remplit les interstices. C'est vous, Américains de toutes les races, venus de partout, de toutes conditions, vous qui êtes venus ici parce que vous croyez en ce que ce pays peut être et parce que vous voulez contribuer à ce qu'il y parvienne. »

Teneesha, fille de père et de mère français, camerounais d’origine résidant en France pour des raisons académiques, tu es née le 23 février 2011 à 02h29 aux Etats unis d’Amérique, dans ce pays de liberté de Tecumseh, chef indien shawnee qui a dit un jour, dans la puissance de la parole et de la vérité : « Quand tu te lèves le matin, remercie pour la lumière du jour, pour ta vie et ta force. Remercie pour la nourriture et le bonheur de vivre ».

Comme tu le sauras un jour, les Amérindiens sont les premiers occupants du continent américain et leurs descendants. En 1492, l’explorateur Christophe Colomb pense avoir atteint les Indes occidentales alors qu’il vient de débarquer en Amérique. À cause de cette erreur, on continue d’utiliser le mot « Indiens » pour parler des populations du Nouveau Monde. La formule « Peaux rouges » n’est jamais utilisée aux États-Unis où l’on préfère les expressions Native peuples (peuples d’origine), mais aucune n’est vraiment satisfaisante en raison de la diversité de ces peuples et parce que ces derniers la rejette et préfèrent employer leur nom de nation.

Aucune appellation n’est satisfaisante pour ces peuples venus de partout et de nulle part. D’Europe comme d’Asie, d’Afrique ton Afrique comme d’Australie. Ils ont peuplé l’Amérique et lui ont donné le nom de patrie, la patrie américaine dans sa diversité

Et les peuplades indiennes se sont fondues dans le peuple américain pour devenir une multitude où chacun porte dans son cœur le drapeau américain qui fonde la vie de la nation.

Crowfoot, le chef indien blackfeet déclamait : « Qu'est-ce que la vie ? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au coucher de soleil ».

Teneesha, graine du printemps qui va féconder la vie de demain, futur citoyenne d’un monde nouveau, demain, à l’heure de ta majorité, tu auras à choisir entre être américain, rester français, retrouver tes racines camerounaises ou on dit aujourd’hui que tes parents sont de la diaspora camerounaise. Dans un futur proche, ils pourraient retrouver la plénitude de leur citoyenneté, en votant et en se faisant élire librement.

Mais toi, avec tes trois nationalités, Tu seras libre de venir t’installer où tu souhaites, y mener tes études, devenir leader social ou politique. Tu opteras peut être pour la présidence française ou tout simplement tu deviendras présidente des Etats unis, ce phare du monde libre où le droit du sol prime sur le droit du sang. Mais tu n’oublieras pas que tes parents viennent du Cameroun, pour l’instant un petit pays lové au fond du golfe de Guinée, qui produit des matières premières et cultive l’intolérance tribale.

Si tu choisis de vivre et d’être actrice du dynamisme américain, reviendras-tu au Cameroun avec entre tes mains, les fruits d’or de la démocratie, puisés dans le rêve américain, pour ensemencer la liberté de voter et de se faire élire, consignée dans une constitution inviolable, adossée elle même sur des institutions fortes ?

Tes parents, issus du pays bamiléké et du pays sawa, apprennent ensemble, à dire ‘je t’aime’, l’une en sawa et l’autre en bamiléké. Ils préparent pour toi, citoyenne du monde, un monde nouveau sans clivages, sans minorité ni majorité. Ils ouvrent la voie pour une nation camerounaise ancrée dans le monde. C’est un chemin sociologique et social que viendront arpenter les camerounais de demain, attachés à leur nation plus qu’à leur terroir. Appréciant autant le taro que le ndolè qui seront identifiés comme des mets camerounais tout court.

Viendras-tu écrire la partition de cette nouvelle rime, de cette rive qui au bout du petit matin, fera jaillir des sonorités nationales ?

Teneesha, je sais que tu viendras, riche des apports d’autres rivages, des plages et des palmiers géants. Je sais que de l’autre côté de toi, la vie s’inventera dans le sous-bois. Et s’effacera la nuit sous la prunelle d’une luciole.

J’attendrai ton arrivée sur le quai d’une destinée. Blotti dans le ventre de ma terre, je t’attendrai, brindille échappée de l’intolérance, qui se mire au fond de l’aube nouvelle. Devenu esprit, j’attendrai sur le parvis de cette aube, au bord du ruisseau, dans les feuilles de demain, le souffle du vent, le taillis où Teneesha sourit.

J’attendrai que passe le temps et les amants de nulle part. Tu viendras à bord de ton vaisseau, et je serai là, même entre ronces et épines. Je me baignerai de vent et de soleil, mais j’attendrai que s’éveillent tous les anges du futur, dans le giron ouvert de l’amour.

Bon vendredi et à vendredi

Edking

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