30/07/2011 05:59:55
Ahouansou Syiv : Pour le retrait de la force licorne en Cte d'Ivoire
Ancien militant du Parti socialiste français, Ahouansou Séyivé a été au départ de l’initiative citoyenne en vue de la création d’une Commission d’enquête parlementaire en France sur le rôle de la Force Licorne en Côte d’Ivoire. Il s’explique.
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Quel est votre background, militant, politique et professionel?
 
Juriste de formation, j’ai milité de nombreuses années au Parti Socialiste avant de prendre mes distances, ne me retrouvant plus dans une formation ayant tourné le dos aux classes populaires et ne considérant les populations issues de l’immigration que comme des interlocuteurs que l’on sollicite au moment des campagnes électorales et que l’on considère avec paternalisme.

Je n’ai pas pour autant délaissé l’action militante. Avec des camarades, j’anime un blog (Alternatives et Cohérence) où sont traitées des problématiques sociétales intéressant les milieux populaires, et particulièrement les minorités dites visibles. Nous espérons le voir évoluer dans un premier temps, en un cercle de réflexion apportant des réponses aux problématiques susvisées, selon nos convictions profondes et un angle de vision en prise direct avec la réalité de nos concitoyens et à terme, qui sait, en formation politique.

L’action visant à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur l’intervention de la Force Licorne s’inscrit dans ce cadre. Elle n’est pas le fait d’un homme isolé, mais le fruit d’une action concertée au sein du blog. Je ne la porte pas seul. Sont à la base de l’initiative Dia Moukori Harry, Ondoua Patrice, également contributeurs du blog, Disiz La Peste s’investissant en tant que citoyen et moi-même. Nous remercions également le professeur Michel Galy qui nous a apporté spontanément son soutien.

Vous  demandez une enquête parlementaire sur l’intervention de la force Licorne en Côte d’Ivoire. Votre initiative peut elle prospérer quand on sait que la gauche et la droite ont sanctifié l’aventure militaire de Nicolas Sarkozy à Abidjan ?

Demander l’institution d’une commission d’enquête parlementaire, dans le quasi unanimisme politique prévalant en France, semble être une gageure. Pourtant, au sein d’Alternatives et Cohérence, les débats quant à la pertinence de cette démarche, n’ont pas été enflammés. Il est apparu avec clarté que cette demande s’imposait au regard de nos moyens d’action, sommes toutes limités, et de la gravité de la situation. Il faut reconnaitre qu’en France, à la différence de la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, nous évoluons dans le cadre d’un Etat de droit.

Certains principes de base, pour peu que l’on décide de se battre pour leur respect, et que le rapport de force politique épouse le contour de revendications légitimes, peuvent être l’objet de débat dans l’enceinte de la présentation Nationale. Voilà le raisonnement qui a fondé notre action et motivé notre demande. Nous espérons d’ailleurs que cette exigence et ce respect des normes démocratiques s’appliquent dans la Côte d’Ivoire de M. Ouattara. La question de la sincère prise en compte de notre demande dans toutes ses dimensions nous a effleurés, le principe de réalité s’imposant plus qu’ailleurs, s’agissant d’une remise en question de la politique étrangère de la France.

Il est évident que la gauche et la droite sont plus proches qu’on veut bien le croire, quant aux politiques coloniales et néocoloniales menées par la France. Regardez avec quel synchronisme  l’UMP et le PS ont voté, le 12 juillet dernier, la poursuite de la guerre d’agression contre la Libye, après avoir oeuvré, main dans la main, à l’accession au pouvoir de M. Ouattara. Chacun est à même de comprendre que pour ce qui est de l’Afrique, droite et gauche ne sont que les deux faces d’une même pièce. Cependant, nous espérons un sursaut républicain amenant à la mise en place de la commission d’enquête. Tout en visualisant le long cheminement semé d’embuches qui doit nous mener à sa concrétisation, nous attendons que les quelques voix qui se sont élevées contre l’intervention française arrivent à encourager celles et ceux qui par prudence ou atermoiement n’ont pas osé clamer haut et fort leur rejet de l’action sarkozienne.

Avez vous déjà été en contact avec les élus français ? Comment ont-ils réagi à votre proposition ?

Nous tenons à remercier particulièrement M. Jean-Paul Lecoq, seul député avec M. Jean-Jacques Candellier, nous ayant répondu personnellement et se déclarant prêt à soutenir notre initiative. Nous avons trouvé un écho favorable auprès de certains députés communistes, conscients du caractère inacceptable de la diplomatie française en Côte d’Ivoire.

Le 12 juillet, reprenant certains termes de notre missive envoyée au Président Sarkozy, une résolution visant à l’établissement de la commission d’enquête a été déposée devant le parlement français, par M. le député Patrick Braouzec. Nous déplorons un certain manque de communication, mais l’essentiel est là, la machine est lancée. Pour autant nous ne relâchons pas notre vigilance, il y a loin de la coupe aux lèvres. De plus, la récupération et l’instrumentalisation n’étant pas à exclure, nous tenons à être associés, dans le respect des attributions et prérogatives de chacun, à toutes les étapes menant à la mise en place éventuelle de la commission et surtout des débats futurs s’y rapportant...

L’intervention française au Rwanda a été critiqué par la societé civile durant de nombreuses années. Malgré tout, la France se trouve à envoyer des conseillers militaires auprès d’un chef d’état dont l’armée est accusée par les organisations de défense de l’homme de “crimes contre l’humanité”.  Que pensez vous de ce bégaiement de l’histoire ?

Pour répondre en toute honnêteté à votre question, nous n’y voyons pas un bégaiement de l’histoire, mais simplement la poursuite du gaullisme africain, ce que nous nommons le paradigme françafricain. Cet enchevêtrement de pratiques politico-mafieuses, couplé à un octroi d’indépendances de façade, savamment conceptualisé par le général De Gaulle et son fondé de pouvoir Jacques Foccart, ayant permis à la France de poursuivre en toute tranquillité son pillage des économies et des forces vives africaines.

Le fameux discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy n’était que l’aveu de la poursuite de cette politique qui continue de saigner à blanc les anciennes possessions françaises. Non, pour nous, ce n’est ni une surprise ni une redite, les anciennes colonies n’étant pas véritablement indépendantes. L’intervention française en Côte d’Ivoire, dans sa brutalité et son amoralité en est un exemple criant de vérité.

Les médias français les plus influents ne neutralisent ils pas tout débat sur l’actualité de Paris en Côte d’Ivoire ?

Les médias français les plus influents ne neutralisent pas le débat sur l’action française en Côte d’Ivoire, ils font bien pire! Ils mentent à leur opinion publique en travestissant la réalité. Nous voyons, à travers les insuffisances de notre presse, un symptôme inquiétant et emblématique du délitement de notre démocratie. De deux choses l’une, soit les médias sont incompétents et ne maitrisent pas leurs sujets, notamment les problématiques africaines, qu’ils traitent pourtant avec beaucoup de certitudes, soit ils sont en service commandé et se contentent de diffuser la propagande du pouvoir en place.

Dans les deux hypothèses, ils ne remplissent pas leur office de contre-pouvoir. Lorsque ceux, chargés d’éclairer les masses sur des thématiques aussi cruciales, sont défaillants, le pire est à prévoir, la version officielle étant la seule relatée. Ceci est paradoxal, lorsque l’on se remémore les tombereaux de critiques, déversés par nos médias sur la presse américaine, à propos de l’alignement de cette dernière sur la ligne idéologique des néo-conservateurs et du gouvernement Bush, lors de la guerre illégale d’Irak.

Il va sans dire que l’initiative que nous avons mise en place n’a été relayée par aucun grand média français, seuls quelques médias africains en ont fait état. C’est pour cela que nous profitons de cette tribune pour exhorter les franco-ivoiriens à marquer leur soutien en signant la pétition et en faisant passer le message. La chaine humaine est, à l’heure actuelle, notre meilleure arme. Le soutien de tous et de toutes est indispensable car nous devons maintenir la pression sur nos responsables politiques. Chacun sait ce qu’il lui reste à faire...

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