31/07/2011 07:36:09
Retour de Konan Boniface: vers un autre traquenard?
Le pouvoir actuel vient de frapper un beau coup, avec le retour d’exil hier après-midi, d’officiers de l’armée ivoirienne, dont l’ex-commandant du théâtre des opérations des Fds, le Colonel-major Konan Boniface.
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Le pouvoir actuel vient de frapper un beau coup, avec le retour d’exil hier après-midi, d’officiers de l’armée ivoirienne, dont l’ex-commandant du théâtre des opérations des Fds, le Colonel-major Konan Boniface.

Après deux jours de franches discussions avec certains officiers en exil au Ghana, la délégation gouvernementale conduite par le ministre de l’Intégration africaine, Adama Bictogo, n’est pas rentrée bredouille de sa mission en terre ghanéenne. Les ministres Adama Bictogo, Paul Koffi Koffi (délégué à la Défense), les Généraux Gueu Michel, Nicolas Kouakou et le Commandant Issiaka Ouattara dit Wattao ont réussi à ramener au bercail des officiers de l’armée ivoirienne et non des moindres.

C’est peu avant 15 heures que l’avion transportant la délégation gouvernementale et les quatre officiers revenant en Côte d’Ivoire a atterri au Groupement aérien de transport et de liaison (GATL). En plus du Colonel major
Konan, le Colonel Zouin Honoré et les Lieutenants Emmanuel Sama et Oulaï Delafosse étaient du voyage de «retour au pays natal».

Curieusement, tous les militaires présents à la base aérienne (Frci comme ex-Fds), n’avaient d’yeux que pour une seule personne, le colonel-major Konan Boniface, véritable «attraction» de cet après-midi particulier. Il ne s’est pas fait prier pour se prêter volontiers à quelques préoccupations de la presse. Pour lui, c’est un bonheur de retrouver son pays. «Cela fait 109 jours que j’ai quitté le sol de Côte d’Ivoire. C’est donc un bonheur de retourner chez soi et de participer à la reconstruction nationale. Mon retour est non seulement une garantie mais certainement une assurance pour toute personne qui serait cachée pour des raisons de sécurité. C’est un retour définitif et nous sommes prêts à reprendre notre place dans l’armée», a déclaré le Commandant des Fumaco (Fusiliers marins commandos).

Pour sa part, le ministre de l’Intégration africaine, Adama Bictogo, a souligné que ce retour s’inscrit dans le cadre du programme de réconciliation d'Alassane Ouattara. «Il y avait un besoin que tous les fils de la Côte d’Ivoire se retrouvent et que tout le  monde devienne acteur de la réconciliation», a-til expliqué. Le ministre délégué à la
Défense, Paul Koffi Koffi, a rassuré que des garanties ont été données aux officiers qui ont regagné leur pays qu’ils ne seront pas persécutés. Et a par ailleurs insisté sur le fait que les militaires en exil au Ghana, «n’avaient aucune intention de déstabilisation». Ce retour de militaires est le début d’une série qui va se poursuivre
dans les semaines à venir, a assuré la délégation gouvernementale.

Vers un autre traquenard?

Ils ont montré leur bonne foi et leur engagement à participer à la reconstruction de la nouvelle armée, par une implication au processus de réconciliation, entonné par les nouvelles autorités. Les officiers Konan Boniface, Zouin Honoré, Oulaï Delafosse et Emmanuel Sama n’ont qu’une parole et ils l’ont tenue en prenant l’avion pour le retour en terre d’Eburnie hier après, midi. En retour, ils ont reçu des garanties du pouvoir.

Seulement voilà, à analyser l’actualité ces derniers jours l’on se demande s’il ne s’agit pas là- encore- d’un traquenard qui attend Konan Boniface et ses frères d’armes. Dans une période où le pouvoir souffle à la fois le chaud et le froid, brandit en même temps le rameau de la réconciliation et l’épée de la traque aux personnes
proches de Gbagbo ou supposées l’être. On se souvient encore des négociations souterraines que menait le Commandant Wattao pour le retour de Blé Goudé et avait même annoncé sa venue au pays pour la fin juin. Quelques temps après, c’est un mandat d’arrêt international qui était lancé contre Blé Goudé qui heureusement pour lui n’était pas encore rentré en Côte d’Ivoire.

Récemment, c’est notre confrère Hermann Aboa qui a fait les frais de cette  diplomatie à double tranchant. Alors qu’un proche de Ouattara a pesé de tout son poids pour le retour du journaliste de la Rti, c’est la prison qui au finish l’a accueilli à bras ouverts, quelques jours après son arrivée à Abidjan, avec des chefs  d’accusation qui laissent pantois. Aujourd’hui, le même pouvoir a «marchandé» le retour de l’ex-Comthéatre, Cdt des Fumaco et d’autres officiers, avec toutes les garanties. Les imaginables et les inimaginables. Pour une fois, ces garanties seront-elles respectées ou ces officiers connaitront-ils le même sort que le confrère  Hermann Aboa ? Au motif standard que «la réconciliation n’exclut pas la justice». Soit ! Mais, la justice exige-t-elle de prendre des engagements et les renier par la suite ? Le Colonel Gouanou qui devrait être du retour au pays natal d’hier, s’est rebiffé à la dernière minute, prétextant un mal d’épaule. S’était-il rendu compte de l’inévitable traquenard dans lequel on les conduisait ? Attendons de voir !

Un problème de fond se pose également. Si les officiers récemment en exil  reviennent au pays et jouissent de la «magnanimité » du Prince au nom de la «réconciliation », il n’y a plus aucune raison pour que leurs frères d’armes, restés jusqu’au bout loyaux au président Gbagbo comme eux, mais qui sont restés dans le pays, continuent à être emprisonnés.

L’incarcération du général Dogbo Blé, de Vagba Faussignaux et de tous les militaires soumis à un régime de fer à Korhogo n’a plus de justification politique. Continuer à les garder enfermés dans des conditions déplorables alimentera forcément les allégations de fixation à caractère ethnique dont certains feraient l’objet. Ce qui, bien entendu, serait tragique pour la cohésion nationale.

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