02/08/2011 22:11:35
Yoko: Grosse filouterie dans une exploitation forestière
Un expatrié d’origine turque, son épouse camerounaise et un maire Rdpc de Ngaoundéré cités dans le pillage des forêts. Le ministère des Forêts et de la faune vient enfin d’opérer des constats.
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Un expatrié d’origine turque, son épouse camerounaise et un maire Rdpc de Ngaoundéré cités dans le pillage des forêts. Le ministère des Forêts et de la faune vient enfin d’opérer des constats.

I)- Des forêts du domaine public saccagées

Nous sommes vendredi 8 juillet 2011. Il est 12h lorsque la pick-up du maire de Yoko prend, à 6 km sur le tronçon Sud de la route nationale n° 14, l’embranchement de la piste rurale qui mène au village Mbatoua. Il y a 55 kms à parcourir pour arriver à cette destination. La piste qui traverse cette zone essentiellement forestière a fait l’objet d’un reprofilage ces dernières années, dans le cadre d’un marché d’entretien routier octroyé par le ministère des travaux publics. Elle est donc carrossable. « Nous avons beaucoup souffert sur cette route », lance un natif du coin qui accompagne le maire de Yoko dans sa descente sur le terrain. « Il faut savoir que pendant longtemps, nous avons marché ici à pieds pour venir à Yoko ou alors pour aller à Nanga-Eboko dans le département de la Haute-Sanaga. L ’Etat a quand même pensé à nous, en reformulant le tracé de la route. Mais ce qui nous sauve ici le plus, c’est le passage des camions grumiers et autres camions qui passent par ici toutes les nuits avec des chargements de bois. Autrement dit, cette route se serait déjà fermée ».

En entendant ainsi parler des camions grumiers et autres, le maire de Yoko, l’ingénieur polytechnicien Annir Tina Dieudonné se dit quelques peu gêné. « Les camions grumiers c’est peut être bien parce que comme vous dites, leurs passages entretiennent la route. Mais il faudrait absolument que les individus qui sont derrière l’exploitation du bois et des forêts dans cette zone le fassent dans la légalité. Nous avons un peu marre de ce désordre », lance-t-il.

Pendant le parcours, la traversée respective des villages Megang, Ngasson et Medjanvouni est assez rapide. Normal, ces villages sont situés en zone de savane, et la piste est praticable malgré la petite pluie qui est tombée la veille sur la région. Une fois au petit hameau de Yambandi, on entre désormais en pleine forêt. L’odeur à la fois sensible et envoûtante de la forêt envahie ainsi les occupants du pick-up. « Nous y sommes monsieur le maire. Nous sommes dans le domaine des forestiers », clame un des guides. Le véhicule s’enfonce dans le ventre de la forêt. Nous sommes pourtant en mi-journée, l’obscurité gagne du terrain. Le soleil n’arrive pas à percer la densité de la forêt. Après deux kms de route, un premier arrêt est marqué par le maire et son équipe. Tout juste devant une espèce de chantier forestier où sont entassés des centaines de chevrons et de lattes de bois précieux, sciés vraisemblablement avec du matériel forestier léger (Lokasmil).

« C’est de l’Iroko ici. Là plus loin, ce sont l’Ayous et le Bibolo. Il y a même des espèces protégées. Ce sont des abatteurs traditionnels qui les ont entassés là en attendant la venue de leurs clients », explique T. Mathieu, qui lui aussi accompagne le maire dans son expédition. Et de poursuivre : « Ils sont partout ici dans la forêt ces abatteurs. Ils se sont tout juste cachés derrière les arbres parce qu’ils ont entendus arriver notre voiture. Là où nous sommes ils nous entendent bien. S’ils se rendent compte que ce sont leurs clients, ils vont tout de suite sortir des bois ». Sur pratiquement 30 à 40 kms, des bois précieux abattus à n’en point douter illégalement, et sciés en pleine forêt sont entassés au bord de la piste-route qui mène à Mbatoua et au-delà. Ceci, en attendant les clients potentiels qui ne manquent pas. Dans cette zone peu fréquentée aussi bien par les gardes forestiers que les forces de l’ordre,  sont ainsi entassés au bord des chemins des importantes cargaisons de bois précieux pillés dans les forêts de la zone Est de l’arrondissement de Yoko. Les camions eux arrivent nuitamment.
 

II)- Un Turc et un maire de Ngaoundéré indexés

Le maire de Yoko a ; au cours de son expédition, intercepté l’un des camions qui roulait à toute vitesse vers la forêt pour transporter ce butin. Face aux interrogations du M. Annir Dieudonné qui voulait savoir qui était derrière un tel trafic, le chauffeur du camion manifestement illettré a choisi de dire généreusement que « c’est monsieur le maire de Ngaoundéré qui nous envoi ». Un peu comme pour susciter la compréhension de son vis-à-vis. Et le maire de Yoko de répondre. « Vous pensez que moi je peux partir de Yoko pour exploiter une denrée naturelle aussi prisée que le bois dans l’illégalité à Ngaoundéré ? » Silence du chauffeur. On apprendra alors qu’il s’agirait d’un maire adjoint d’une commune de Ngaoundéré qui serait au cœur de cette activité illicite. Généreux en confidences, le chauffeur du camion confie alors que les camions viennent toutes les nuits. Et que sur tous leurs parcours, ils arroseraient tout le monde, à savoir les brigades de gendarmeries, et les postes forestiers de la partie nord de la région du Centre et mêmes certaines autorités administratives. Ceci pour pouvoir circuler librement.

A Mbatoua, la filouterie bat son plein. Le maire de Yoko et sa délégation vont ainsi se rendre compte qu’une exploitation forestière de grande impacte a été mise en place dans les forêts des alentours de ce village, par un expatrié d’origine turc du nom de G. Turper. Selon des témoignages recueillis à Mbatoua par le maire et sa délégation, le nommé G. Turper qui a épousé une camerounaise (et dont la société jusque là très mal identifiée), sous-traite et coupe frauduleusement le bois depuis près d’un an, dans une assiette régulièrement attribuée à la société Petra Cana Bois du Camerounais d’origine Libanaise Nassar Bouhadir. Tout comme ce G. Turper et son épouse très active sur le terrain, sont entrés dans la forêt communale de Yoko où ils ont considérablement décimé nombre d’essences.

M. Tonhe Jean, le chef du village Mbatoua s’est longuement confié au maire de Yoko lors de sa descente sur le terrain. « Nous avons vu arriver ce monsieur ici avec son épouse. Ils nous ont dits qu’ils venaient couper le bois ici chez nous. Depuis ils coupent le bois ici, nous n’avons jamais rien reçu comme redevances. Nous croyions que votre arrivée nous permettrait de comprendre enfin ce qui se passe ».
 

III) Les populations réclame Nassar

En réalité, G. Turper, et son épouse ne sont pas arrivés par hasard à Mbatoua. Madame Turper aurait contacté un natif de ce village, un certain Gbagtaré Faustin, agent de bureau à la délégation départementale de l’agriculture et développement rural du Mbam et Kim à Ntui, ancien conseiller municipal à la Commune de Yoko et promoteur d’un Groupement d’intérêt commun (Gic) (qu’on dit fictif) qui a acquis une forêt communautaire du à Mbatoua. Ce fils du village s’est vu miroiter des gains considérables au cas où il favoriserait l’exploitation de la forêt communautaire acquis par son Gic par le couple G. Turper et ses associés. C’est ainsi que le couple G. Turper arrive à Mbatoua et s’est mis à exploiter des forêts sans que ni la mairie de Yoko, ni les autorités administratives de l’arrondissement de Yoko,  et les autorités du ministère des Forêts et de la faune ne soient régulièrement informés.

Joint au téléphone par Le Messager, qui voulait apprendre sur la nature de ses activités à Mbatoua, G. Turper qui visiblement ne semble par maîtriser la langue de Molière, nous a passés son épouse Dame Turper  « Allez vous faire foutre ! Qui vous a dit que nous exploitions le bois de Mbatoua illégalement ? Je vous préviens : arrêter de nous appeler. J’ai fait sortir Mbatoua à la télévision. Que voulez vous encore ? Vous étiez où vous ? Et pourquoi est-ce que  cela vous intéresse aujourd’hui ? Je vous le redis, allez vous faire foutre ! », A-t-elle lancé.

Il faut arriver à Mbatoua où le Couple Turper exploite les forêts pour se rendre compte du niveau de misère qui habite les populations. Le chef du village très affaibli par la maladie, n’a plus de maison. Les cases des villageois sont en terre battue et à l’intérieur les lits sont en bambous comme autrefois, bien loin avant l’époque de la modernité. L’école du village est sinistrée Il n’a pas de case santé, et les paysans meurent de toutes les maladies bénignes. C’est pour cela que, à l’issue de la concertation menée par le maire de Yoko, l’ensemble des forces vivent de Mbatoua a souhaité que dame Turper et son mari qui depuis coupent le bois des forêts de Mbatoua sans contrepartie, arrêtent immédiatement leurs activités illicites.

Une commission envoyée par le ministère des forêts et de la faune a déjà dressé un rapport sur leurs activités frauduleuses. En chœur, les populations de Mbatoua ont souhaité que le seul forestier qui a régulièrement acquis une assiette du côté de Mbatoua, le nommé Nassar Bouhadir de la société Petra Cana Bois vienne tenir la traditionnelle palabre avec eux en vue du développement du village.

Jean François CHANNON

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE