06/08/2011 07:20:27
Quand Diogène cherchait l'homme...
L’homme est dans l’homme et le cynique avait oublié de chercher en lui ce qu’il regardait au dehors.
Le Messager
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Diogène se promenait en plein jour dans une rue d'Athènes avec une lanterne allumée à la main, sous un soleil éblouissant. A ceux qui s'inquiétaient de sa santé mentale, il répondait qu'il cherchait l’homme. Mais Diogène s’est trompé. L’homme est dans l’homme et le cynique avait oublié de chercher en lui ce qu’il regardait au dehors.

De l’homme à l’âme, il n’y a qu’un pas. La Rochefoucauld dans ses maximes affirmait : « Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertu que les âmes communes, mais celles seulement qui ont de plus grands desseins. »

Par exemple, il n’y a plus d’âmes au sein des Lions Indomptables qui sont désormais une carcasse vide. Contrairement à la dynastie Ming, qui avait assurément un grand dessein et une grande vision pour la Chine telle qu’elle est aujourd’hui : gigantesque, industrieuse, riche de ses hommes et de ses réalisations, le Cameroun désormais sans dessein, est devenu une âme errante à la recherche d’une nouvelle conscience nationale.

La grande muraille de Chine construite par la dynastie Ming  a eu l’insigne honneur d’être visitée par madame Chantal Biya en septembre 2003, lors de la première visite d’Etat  du président camerounais à Pékin.  C’est aussi, selon les gazettes, le début de la massive migration chinoise au pays. Les petits hommes jaunes ont fondu sur la Cameroun , pas pour célébrer ce que la propagande officielle qualifie de « relation d’amitié entre deux peuples frères ». Ils n’ont que foutre de l’amitié. Seuls leurs intérêts compte. A juste raison. Confucius disait : «Nous sommes frères par la nature, mais étrangers par l'éducation.» Les anglais voulaient garder Hong Kong pour un demi-siècle, maîtres du temps dont la vision est inscrite sur la durée, les Chinois leur ont ajouté 50 ans. Ce qui n’est rien pour eux. Les Anglais n’ont pas vu le temps passer et c’est avec peine qu’ils ont rétrocédé cette enclave à la Chine éternelle.

Après les colons casqués, voici le ‘péril jaune’ aux portes de l’Afrique, mamelle nourricière de tous les temps. Ils s’installent au Cameroun, Durablement. Guidés par le clerc inamovible qui joue son passé sur des dés bridés. Ils nous apportent ce qu’ils savent faire le plus : écouler la marchandise made in china. Et ils le font si bien que tout le monde s’habille et s’équipe chinois dont la langue est devenue la 4è ou 5è la plus étudiée au Cameroun. Ce qui n’est pas mal. «Sans langage commun, les affaires ne peuvent être conclues » disait Confucius.

Mais jusqu’ici, en dehors de la camelote, l’amitié sino-camerounaise est comme l’amour de Ben Decca, « à sens unique ».  Avec une coopération en trompe l’œil où la balance commerciale est à leur faveur dans un rapport de 1000 pour 0,01. Le fait est là, « le déficit commercial en défaveur du Cameroun est aujourd’hui deux fois supérieur au volume global des exportations vers la Chine , en valeur brute. Si on tient compte du fait que la plupart des produits exportés sont des matières premières, le manque à gagner peut être multiplié par cinq ».

Ils s’habillent chinois, habitent des chambres communes dans les sous sols ou dans les fonds de leurs magasins. Ils mangent ensemble. Plus grave, ils ne fréquentent pas nos églises ou nos bordels. Comme ils ne s’intègrent pas, ce n’est donc pas demain que l’on verrait des couples mixtes sino-camerounais. Ils préfèrent importer de quoi agrémenter le repos du guerrier.

La réalisation des grands travaux par les Chinois, sans grands effets sur notre croissance économique, fait plus appel à l’ingénierie, aux matériaux et équipements chinois, en contre partie des exploitations rentières.

Avec ces données, comment expliquer que le gouvernement s’offre le luxe d’un voyage onéreux et sans relief qui s’apparente beaucoup plus à un show de politique interne qu’à un voyage d’Etat pour l’intérêt du Cameroun ?

On en veut pour preuve la suite officielle du chef de l’Etat. Composée des sempiternels fonctionnaires-ministres, du représentant d’une chambre consulaire et d’un regroupement patronal dont on ne nous dit pas s’ils ont vendu même une écorce de ‘Nkui’ aux partenaires commerciaux chinois. Comme nous n’avons rien à vendre, rien à proposer, nous consommons chinois sans modération.

Rien à vendre ? Oh que si ! Nous bradons des produits de rentes en contrepartie des accords pour le financement des projets dont les articulations demeurent inconnues. Notre sol et notre sous sol, qui ne sont pas le fait de notre force de travail, mais de la grâce de Dieu, sont livrés à la concupiscence des pays ‘amis’ dont la Chine d’aujourd’hui,  puissance planétaire.

Le Cameroun vit de ses rentes comme le pygmée vit de la chasse et de la cueillette. A l’allure où vont les choses, déjà qu’il est en voie de disparition, quand les forêts seront toutes détruites, le pygmée disparaîtra. Quand notre sous- sol s’asséchera, les générations futures disparaîtront ou ploieront sous le poids des accords et engagements passés, aussi oppressants que les chaînes du servage. Sans aucun mérite que d’être héritiers des rentes divines, nous bradons paresseusement tout,  au détriment de la nation, livrant pieds et poings liés les générations futures à l’esclavage des temps modernes : la dette.

Et pour mieux emballer le petit peuple, on l’habille de mots doux. Cette fois et une fois de plus, il a été question essentiellement de ‘dons’, ‘prêts’ sans intérêts et ‘crédits’ concessionnels de la partie chinoise au Cameroun, pour un montant d’un peu plus de 44 milliards de Fcfa. Résultat bien maigre, au regard du succès enregistré par notre premier emprunt obligataire. Autant dire consommons chinois et faisons rembourser les yuans plus tard, par d’autres.

Là où les impératifs commerciaux devraient être mis en exergue, avec la marchandise comme objet du troc bilatéral, on nous propose des chinoiseries sans prise directe sur le quotidien des Camerounais, telle que « la vision du Cameroun qui entend devenir un pays émergeant à l’horizon 2035 », avec des accords vides et vagues qui ne profitent qu’à une minorité et nous plongent dans la pauvreté.

Confucius disait  encore : «Le prince ne doit pas craindre de n’avoir pas une population nombreuse, mais de ne pas avoir une juste répartition des biens.» Et d’ajouter : «L'homme de bien ne demande rien qu'à lui-même ; l'homme de peu demande tout aux autres.»

Y a-t-il un homme de bien dans le cockpit camerounais ? Où est passée l’âme  du berceau de nos ancêtres ?

Bientôt vous rirez jaune...en broyant du noir.

Edking

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