08/08/2011 04:18:56
25.000 jeunes: Ndongo impose ses poulains la fonction publique
Conscient que l’Etat est dos au mur et n’arrive pas à avaler sa « patate chaude », le ministre de l’enseignement supérieur profite de l’imbroglio, pour « placer » ses pions qui ont jusqu’ici servi à des missions « spécifiques ».
Le Messager
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Conscient que l’Etat est dos au mur et n’arrive pas à avaler sa « patate chaude », le ministre de l’enseignement supérieur profite de l’imbroglio, pour « placer » ses pions qui ont jusqu’ici servi à des missions « spécifiques ».

Mercredi, 3 août dernier. Il est un peu plus de 20 heures 40 minutes. Le journal télévisé de l’office national de radiodiffusion télévision camerounaise (Crtv) déroule son actualité du jour et soudain, le duo des présentateurs, Lazare Etoundi et Zakiatou Boubakary, annonce un élément digne de grand intérêt, puisqu’il concerne les premières listes des recrues parmi les 25.000 jeunes qui frappent aux portes de la fonction publique. Alors qu’on attend de voir l’ambiance dans les familles des jeunes qui quittent les affres et le monde vicieux du chômage, Télesphore Mba Bidzogo, le reporter de la Crtv envoyé sur le terrain, sert aux téléspectateurs, un reportage fade, insipide et sans aplomb.

Versant dans la facilité et l’insouciance, le journaliste de la Crtv-télé , présente un papier qui est en décalage avec celui annoncé par le duo des présentateurs. Il fait une incursion « à la commande » ?, dans la quotidienneté d’un cadre en service au ministère de l’enseignement supérieur, un personnage qui n’a rien à voir avec le chômage, quelqu’un qui a vaincu la survie et la mal vie, dont le niveau de vie (à en juger par la maison d’habitation, le confort social, le bureau de travail), a déjà réussi sa vie et ne cherche que, à arrondir les angles. La vie d’Achille Elvis Bella, chargé d’études à la direction du dialogue social au Minesup, va changer, certes. Il est même en haut ; pour reprendre Lazare Etoundi et Mba Bidzogo, eux-mêmes inspirés par le chansonnier Donny Elwood.

Avec un peu de recul, en voyant ce cadre en service au Minesup, « pomper » l’air, le téléspectateur se demande ce qu’il a bien pu faire de spécial, quel exploit, il a accompli, pour mériter une telle audience. Lauréat à un concours ? Non. Auteur d’une invention scientifique quelconque ? Non plus. Et si c’était une autre malice doublée d’une entourloupe dont en a l’art le ministre Jacques Fame Ndongo ?  Le choix porté sur Achille Elvis Bella, celui de son passage à la Crtv-télé , n’est pas un acte banal, ni gratuit. On peut même spéculer sur les coulisses et les acteurs de l’ombre qui manœuvrent et tirent les marrons du feu, exploitant ainsi la naïveté d’un jeune reporter, nouvellement recruté à la  Crtv.

La « rançon » de l’imposture

Achille Elvis Bella n’est pas le prototype des 25.000 jeunes diplômés auxquels faisait référence le président Paul Biya, lorsqu’il s’adressait à la jeunesse le 10 février 2010. L’opération de recrutement spécial des 25.000 jeunes concernait avant tout et davantage, des jeunes qui n’avaient jamais « humé » l’odeur, ni circulé dans les couloirs de l’administration publique camerounaise. Le recrutement concernait des jeunes vierges. Il venait à point nommé, car, deux années plutôt, l’Etat du Cameroun venait de contractualiser, une grosse masse des personnes qui écumaient les bureaux sous les oripeaux de « temporaires ».

A l’occasion tous ceux qui n’étaient pas éligibles, avaient été refoulés dans les quartiers. On peut bien comprendre que ceux-là, postulent pour les 25.000 places. Mais tel n’est pas le cas Achille Elvis Bella. Au Minesup où, il est en service depuis des années, certaines langues le considèrent comme, le spécialiste des coups tordus, le « prédicateur » des messes noires, l’exécutant des basses besognes. Selon certains étudiants, il aurait souvent été désigné dans les missions de fragilisation des mouvements d’humeur des étudiants. Il a la réputation de « casseur » des grèves, de même qu’on l’accuse d’infiltrer dans les mouvements des étudiants grévistes, des étudiants espions, dans le but de créer l’embrouille et la controverse.

Des sources proches des universités d’Etat et du ministère, affirment que son dernier coup fourré, serait cette motion de gratitude et de déférence des enseignants chercheurs des universités d’Etat qui a divisé le monde universitaire. Pour beaucoup, il en a été l’artisan du texte que la majorité des enseignants ont eu du mal à assumer. Est-ce pour tout cela que le ministre Jacques Fame Ndongo l’a positionné, comme c’est le cas pour bien d’autres ?

Focal. Le grand bluff de la commission de coordination de supervision

 Il n’y a pas que le cas Achille Elvis Bella, dans le registre des personnes, qui sont recrutées dans le cadre des 25.000 jeunes, on retrouve bien d’autres personnes qui pourtant émargent déjà, au budget de l’Etat, certains occupant même, des postes de responsabilité. Dans la liste que présente en trophée, le ministre Jacques Fame Ndongo, on retrouve des noms des enseignants de chimie et d’histoire qui sont en poste dans des lycées et même un intendant en service dans une école normale des instituteurs de l’enseignement général.

Ce qui trahit la philosophie autour dudit recrutement, de même que cette « filouterie », cette logique de mandarinat, élimine de la course, les jeunes diplômés. Le ministre de la fonction publique a beau dire que les premières listes publiées ne sont que pour des candidats présélectionnés, mais c’est une simple « ruse », une manière d’entretenir l’espoir. A en juger par les premières listes, on comprend que les fils de pauvres, les jeunes sans « parrain », auront du mal à trouver une place au soleil des 25.000. Il est également fort à parier que face aux exigences des bailleurs de fonds qui se sont opposés au processus, devant les difficultés de trésorerie, l’Etat préfère jouer à l’autruche et à la tactique de la tête brûlée, recrutant prioritairement, ceux qui ne vont pas tout de suite poser les problèmes de salaire, parce que, recevant déjà quelque chose du trésor publique.

Alors qu’on croyait que pour une fois, au regard des enjeux et de la situation de précarité ambiante actuelle, alors qu’on avait estimé qu’il fallait faire entièrement confiance à la commission de coordination et de supervision, ainsi qu’au comité technique, on se rend bien compte que l’affairisme sans bornes, continue de faire son lit au Cameroun. Les réflexes des fonctionnaires jouant aux apprentis sorciers sont tels qu’on dirait que tout le monde est mouillé. L’opération de recrutement spécial de 25.000 jeunes diplômés, présente ainsi des avatars, qui montrent à suffisance que le Cameroun est un pays de l’anormalité, du « tout est possible ». A cause des tâtonnements, les profils « approximatifs » de certains dirigeants, l’enrichissement illicite, les divers chantages, la mal gouvernance, l’exclusion, la corruption, la concussion, les forfaitures impunies et la désagrégation de tout le corps social, il devient difficile de détruire les chaînes de la barbarie à visage humain d’une élite de hauts fonctionnaires milliardaires, qui considère le reste du peuple qu’elle paupérise, comme une masse d’idiots.

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