14/08/2011 06:35:05
Rudolf Douala Manga Bell. Le parricide
Où se trouve le monument Rudolph Douala Manga Bell ? Question à un million Fcfa. Mais pour un franc cfa, où se trouve le monument du Maréchal Leclerc ? Il y a donc péril sur notre culture et notre histoire, et par devoir de mémoire, il y a une impérieuse nécessité d’exhumer Rudolph Douala Manga Bell des profondeurs abyssales de l’oubli.
Le Messager
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Le 97ème anniversaire de sa mort a été célébré sans tambours, ni trompettes. Pire, la mémoire du héros national s’efface lentement sous le silence complice de tous...

Le Roi est mort ! Vive le Roi ! Que nenni! «  Rudolph Douala Manga Bell, le Tét’èkombo –le roi des rois en langue duala – est mort une seconde fois, tué cette fois, non par le colon, mais par ses descendants absents des cérémonies commémoratives du 97ème anniversaire de sa mort ». Le pasteur Essombè Fossin s’adressait ainsi dans son sermon aux fidèles venus assister à la cérémonie religieuse du souvenir dimanche 07 août 2011 en la paroisse Njo Njo 1 de l’Eglise Evangélique du Cameroun. Le prédicateur a jeté un pavé dans la marre.

En effet, la seconde, que dis-je la énième mort de Rudolph Douala Manga Bell n’est plus le fait de la colonisation, mais il s’agit d’un parricide. Le temple de l’Eec de Bali était bien clairsemé ce dimanche -à et le lundi 08 août 2011, jour de célébration du 97ème anniversaire, il n’y avait pas les centaines de personnes attendues, il n’y avait aucun chef supérieur sawa (le Prince René Douala Manga Bell, arrière petit fils de l’illustre martyr est très malade. ndlr), ni bamoun, ni bamiléké, ni béti, ni banyo, etc. (ces chefs s’étaient alliés à Rudolph Douala Manga Bell contre le colon allemand.)

A l’actuelle marine marchande à Bonanjo où il a été pendu le 8 août 1914, les passants étaient insolemment indifférents, certains automobilistes ont même failli éclabousser les manifestants, et d’autres dans un excès de zèle effroyable, ont tenté d’interrompre la procession qui s’ébranlait du lieu de pendaison pour le caveau royal des Bell en face du crédit foncier de Bonanjo.

C’est qu’il n’existe plus de valeur dans notre pays et que la mémoire de Rudolph Douala Manga Bell s’efface lentement sous le silence complice et insidieux de tous : pouvoirs publics, chefs traditionnels sawa, descendants du martyr, mais aussi et surtout des journalistes, ces historiens du présent qui ont ignoré l’évènement. Aucune grande UNE de tabloïd n’a été consacré à Rudolph Douala Manga Bell dont le combat national, noble et héroïque, interpelle tous les Camerounais. Fallait-il qu’il fût homosexuel ou détourneur de deniers publics pour mériter les attentions de la presse ? Toutefois, un événement a été organisé par le clan Bell pour commémorer cet anniversaire. Des initiatives existent pour réhabiliter et pérenniser la mémoire de Rudolph Douala Manga Bell. 

Dans ce sens, il a été élevé héros national en 1985 par l’actuel président de la République , il y a l’avenue Rudolph Douala Manga Bell à Bali, le bâtiment éponyme à l’université de Douala, et une promotion de l’Ecole militaire interarmes (Emia) porte même son nom. Des actions visibles certes, mais dérisoires- tout comme la mollesse de la célébration initiée par le canton Bell- face à la grandeur de l’œuvre du tét’èkombo.

Rudolph Douala Manga Bell, le premier et le plus grand résistant sans doute que le Cameroun ait connu, et dont la lutte ressemble à s’y méprendre à celle de Jésus-Christ (propos non blasphématoires précisent les pasteurs Essombè Fossin et Bakon Emile qui établissent une analogie entre les combats non violents de ces héros qui ont accepté le sacrifice suprême),  mérite mieux qu’une avenue à faible visibilité et c’est un boulevard qui rallierait Douala et Yaoundé qu’il lui faudrait ; Rudolph Douala Manga Bell mérite mieux qu’un petit bâtiment sur le campus et c’est toute l’université de Douala qui porterait son nom à l’instar de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Où se trouve le monument Rudolph Douala Manga Bell ? Question à un million Fcfa. Mais pour un franc cfa, où se trouve le monument du Maréchal Leclerc ? Il y a donc péril sur notre culture et notre histoire, et par devoir de mémoire, il y a une impérieuse nécessité d’exhumer Rudolph Douala Manga Bell des profondeurs abyssales de l’oubli. C’est une affaire de tous, de tous les Camerounais, sans distinction de sexe, de tribu, de chapelle politique ou d’appartenance religieuse, et pour paraphraser le professeur Kum’a Ndumbè III, comment pouvons-nous savoir où nous allons si nous ne savons pas d’où nous venons?

Blando Tchatchoua
Journaliste    

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