14/08/2011 18:45:39
Etudiants camerounais en Tunisie: entre misère, désespoir et révolte
Cela fait plus deux ans que les étudiants boursiers camerounais  en Tunisie n’ont pas vu même un  franc de la bourse de coopération internationale que devrait leur verser leur pays. Des esprits commencent à s’échauffer et une prise d’assaut de l’ambassade du Cameroun en Tunisie serait même entrain d’être élaborée.
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Cela fait plus deux ans que les étudiants boursiers camerounais  en Tunisie n’ont pas vu même un  franc de la bourse de coopération internationale que devrait leur verser leur pays. Des esprits commencent à s’échauffer et une prise d’assaut de l’ambassade du Cameroun en Tunisie serait même entrain d’être élaborée.

Ils disent être exténués, indignés, et voire révoltés face à ce peu de considération que leur réservent les élus de leur pays. Au moment où des rapports d’une ONG citée par le monde révèle qu’il y’a eu rien qu’entre 1988 et 2004 plus de 4, 2 milliards d’euros de détournement de fonds publics au Cameroun, ces boursiers sont laissés à leur compte, abandonnés et  marginalisés.

S’il faut le rappeler, cette bourse de la coopération n’entre même pas dans le budget effectif  du gouvernement car elle est entièrement payée et prise en charge par l’UNESCO qui fait transiter cette aide par le gouvernement camerounais. Si selon certaines sources la bourse attribuée par l’UNESCO serait de 150 000 FCFA (soit presque 230 euros) par mois, ces boursiers ne reçoivent que 50 000 FCFA (75 euros)  donc 900 euros par année qu’ils ont du mal à entrer en possession depuis plus de  deux ans. Avec la politique de l’UNESCO à mettre en avant les gouvernements des pays concernés, la situation ne risque pas de changer du matin au lendemain.

Une exception camerounaise

Parmi les multitudes des boursiers des pays africains en Tunisie, seul le Cameroun reste à la traine car aucune communauté ne souffre de ces problèmes. Auparavant leurs bourses transitaient par Alger faute d’une ambassade en Tunisie, Ces boursiers ont cru qu’avec la création de l’ambassade du Cameroun à Tunis que leur calvaire ne serait qu’une histoire lointaine, loin s’en faut. La délégation du ministère de l’enseignement supérieure qui s’était rendue à Tunis en Janvier 2010 n’a pas respecté ses engagements qui étaient entre autres la régularisation des paiements de ces bourses.

En Tunisie où le niveau de vie est surement le plus élevé de toute l’Afrique, ces boursiers ont du mal à s’en sortir même avec leur bourse de 50 000 FCFA (75 euros). A Tunis un appartement de 4 chambres coutent plus de 200 euros ce qui reviendrait à 50 euros minimum par locataire. Les parents sont forcés d’intervenir car les 25 euros restants ne sauraient leur permettre de gérer le quotidien (frais de transport, électricité, gaz, eau et éventuellement leur nourriture).

Alors s’il revient aux parents de supporter toutes les dépenses, vu qu’au Cameroun le salaire moyen tourne autour de 250 euros, la situation devient intenable.

Un boursier qui a requis de garder l’anonymat témoigne : «  je n’ai même plus à mangé et je ne parviens même pas à payer les dettes que j’ai pu contracter. Comment veulent-ils que dans ces conditions nous pussions produire quoique ce soit comme résultat à l’école ? Je ne parviens même plus à me concentrer et mon bailleur menace déjà de me chasser de la maison parce que j’ai presque 3 mois d’impayés.» Ce qui est d’autant plus navrant ce qu’ils doivent compter sur eux même en cas de maladie car le gouvernement camerounais ne leur attribue pas une aide sociale ou au logement. A un autre boursier, souhaitant lui aussi de garder l’anonymat, de renchérir : « on n’a pas demandé de l’or, ni une augmentation de la bourse. Tout ce qu’on veut c’est qu’ils nous payent les maigres 75 euros par mois qu’ils ont promis de payer»

La direction des bourses réfutent la faute aux ministères des finances et les ministères des fiances au ministère de l’Enseignement, pendant ce temps ces pauvres boursiers sont livrés à eux-mêmes.

Il faut aussi noter que la Tunisie a une législation stricte concernant le travail des étrangers. En effet il est formellement interdit aux étrangers de travailler en Tunisie. Les valeureux d’entre eux qui voudront gagner leur pain à la sueur de leur front sont tout simplement reboutés.

J’ai pu obtenir une des lettres que ces boursiers ont écrit aux responsables de leur pays qui sont restés jusque là sous silence
                                                                                                                                                                                                                         Tunis, le 05 février 2011
Association des étudiants boursiers camerounais en Tunisie

Objet: réclamation des arriérés de bourse
                  
A Monsieur Le Secrétaire Général de la présidence de la république
A Monsieur Le ministre de l'Enseignement Supérieur
A Monsieur L'ambassadeur du Cameroun en Tunisie
A Madame La directrice des œuvres universitaires


Messieurs, Madame;

Excusez le caractère informel de notre lettre, nous n'avons plus la tête sur les épaules et ne savons non plus à quel Saint se vouer. Cela fait exactement un an jour pour que nous n'avons pas perçu le complément de bourse de la coopération. La situation est aujourd'hui intenable. A la précarité dans laquelle nous survivons s'ajoute aujourd'hui la cherté de la vie en Tunisie mais aussi l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base accentuée par l'instabilité politique et économique qui sévit dans notre pays d'accueil.

Nos parents sont à bout de leur capacité et certains de nos compatriotes se sont déjà faits expulser de leurs appartements par leurs bailleurs exténués d'attendre en vain le loyer à la fin du mois.

A la situation honteuse dans laquelle nous vivons s'ajoute aujourd'hui l'exaspération, l'incompréhension car on ne comprend pas comment cette situation qui n'est pas nouvelle, se renouvelle d'année en d'année car ce n'est pas la première fois que nous vivons cela.

Madame la directrice, si nous nous permettons de vous citer, lors de votre dernière visite à Tunis en février 2010, vous nous avez assuré de votre pleine compréhension et même nous avez promis qu'au delà de la régularisation des bourses, vous vous engagiez à l'avenir à pouvoir nous permettre d'accéder à des allocations au logement mais aussi aux soins de santé. Nous avions cru qu'avec la création de l'ambassade que nos soucis quant à la régularité de l'octroi des compléments de bourse étaient terminés, hélas la situation actuelle nous montre que nous ne sommes pas au bout de nos peines.

Aujourd'hui nous sommes fatigués, affamés car c'est bien une affaire de jours pour que certains d'entre nous meurent de faim. Nos créanciers (tunisiens et camarades étrangers) ne nous font plus confiance car mauvais payeurs, nous le sommes. Alors comment fréquenter dans cet état, comment prétendre à une excellence dans ces conditions?

Vu la situation présente actuelle, nous n'avons qu'un seul mot d'ordre, quitte à mourir, alors nous mourrons en terre camerounaise, car dans les prochains jours nous assiégerons l'Ambassade du Cameroun en Tunisie.

Cette lettre, s'il faut le rappeler, ne constitue en aucun cas une menace, ni d'ailleurs une mise en garde, elle a pour seule et unique but de prévenir les responsables afin d'éviter tout amalgame car nous ne voulons pas être accusé d'avoir manqué de prévenir les autorités compétentes.

Dans les prochains jours à défaut de mourir, nous ne mourrons pas dans l'indifférence, car nous envisageons en effet de prévenir les médias internationaux à savoir Rfi, France24 y compris nos médias camerounais et les sites internet de la diaspora pour qu'ils sachent et qu'ils témoignent de la précarité et du manque de considérations dans laquelle nous vivons. Car si jusqu'à présent nous n'avons pas envisagé ces moyens de communication, c'est pour tout simplement éviter que nos revendications soient reprises à des fins politiques pour vilipender son Excellence, Monsieur le Président de la République.

Association des étudiants boursiers camerounais en Tunisie
Le secrétaire général

                                                                                                                                               
 
Ces enfants n’ont pas demandé la lune, mais juste de quoi vivre. Mais il semble que cette demande soit au dessus des moyens du gouvernement camerounais. Du moins c’est ce qu’il nous laisse penser.

Henry Lévy

Journaliste indépendant
 

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