18/08/2011 04:45:40
Présidentielle 2011 : La paix sociale au centre d'une surenchère
Pouvoir et opposition se livrent à un duel feutré autour de ce concept, chaque camp y allant de ses armes. «Matraquage» sur la paix...
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Pouvoir et opposition se livrent à un duel feutré autour de ce concept, chaque camp y allant de ses armes.

Les fidèles téléspectateurs de la Crtv sont certainement déjà au parfum de ce spot publicitaire signé du Conseil des Imams et dignitaires musulmans du Cameroun (Cidmc). Lequel est diffusé à des heures de grande écoute à longueur de journées depuis bientôt un mois. Dans ledit spot, le Conseil des Imams appelle «les Camerounais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest à préserver la paix dans notre pays».

La paix est présentée dans ce message télévisuel comme «un facteur pour attirer les investisseurs et un gage de création d’emplois». Dans les colonnes de Cameroon tribune, édition d’hier, le même Cidmc annonce, dans un communiqué signé de son coordonnateur général, Moussa Oumarou, «une grande prière spéciale pour la paix et le bon déroulement des élections au Cameroun [qui] sera dite par les imams des 10 régions du pays le dimanche 21 août 2011 à 13h30, à la mosquée d’Essos à Yaoundé».

Ce «matraquage» sur la paix, qui rappelle celui entrepris par la Radio Télévision ivoirienne, au plus fort de la crise post-électorale de mars-avril dernier, ne se limite pas sur les ondes et colonnes des médias d’Etat. Au cours des messes et cultes dans les congrégations religieuses, dont la principale mission en temps normal est d’appeler à la paix, on note comme une «sur utilisation» de ce concept depuis quelque temps.

Dans l’Eglise catholique par exemple, l’archevêque de Yaoundé, Mgr Victor Tonye Bakot, a saisi l’occasion de la fête de Pâques pour prêcher pour la paix et surtout demander à ses ouailles de ne pas céder aux effets du «printemps arabe».

Tout en dénonçant le ponce-pilatisme de l’Occident, notamment en Libye et en Côte d’Ivoire. A l’occasion de la célébration de la fête de l’Assomption lundi dernier, l’archevêque métropolitain a invité «tous les Camerounais, chrétiens ou non, à oeuvrer pour la préservation de la paix durant cette période sensible. «Il appartient à chaque fils et fille de ce pays de participer à la construction d’un Cameroun pacifique [...]. L’avenir de notre pays est entre nos mains. Et le Cameroun ne sera que, ce que ses citoyens auront voulu qu’il soit».

Dans la «lettre pastorale des évêques du Cameroun à l’occasion de l’élection présidentielle de 2011», la problématique de la paix est également évoquée. Mais l’Episcopat s’était voulu clair: «Pour éviter ce qui se passe autour de nous, les valeurs fondamentales suivantes, qui font la grandeur d’une Nation s’imposent à tous, à savoir: le respect de la dignité de chaque être humain, de ses droits; du caractère sacré de la vie humaine, le respect du bien commun; une juste répartition des subsides publics ; une économie solidaire, le respect des biens publics, la création d’emplois, la lutte contre la pauvreté, la sécurité sociale et les soins de santé à des coûts accessibles à tous les citoyens […]; la préservation des acquis démocratiques».

Deux poids...

Au cours des derniers meetings du Rdpc présidés par le secrétaire général du comité central du Rdpc, René Emmanuel Sadi, à Kribi et Eséka, le thème de la paix a fait également l’objet d’une «surenchère». La paix a été présentée à cette occasion comme un acquis à mettre à l’actif du promoteur du Renouveau, Paul Biya. Un acquis qui serait, d’après le Rdpc, menacé, «par des ennemis tapis dans l’ombre», d’où la nécessité de le préserver. Au nom du patriotisme et du nationalisme. Du côté de l’opposition, en revanche, on agite des menaces sur la paix sociale, même si parfois la circonstance ne le commande pas.

C’est ainsi qu’au mois de juillet dernier, des leaders de l’opposition, (notamment Abanda Kpama, Robert Simo, Célestin Djamen, Christian Mpondo, Gabriel Wato, etc.), arguant des interdictions récurrentes des manifestations publiques des partis d’opposition dans la capitale économique depuis 2008, ont brandi le spectre des troubles à l’ordre public.

A la sous-préfecture de Douala Ier, l’on indiquait, à la charge de certains de ces responsables, qu’ils «ne connaissent pas les rouages de l’administration. Beaucoup de dossiers [requérant l’autorisation de manifestation publique] sont incomplets», expliquait-on. Les partis d’opposition s’étonnaient, pour leur part, que les manifestations organisées par le Rdpc n’étaient pas, quant à elles, toujours soumises à une déclaration préalable. Du deux poids, deux mesures.

On indiquera du reste que pour justifier son surprenant appel à l’inscription sur les listes électorales, John Fru Ndi, le Chairman du Sdf, a brandi la necessité de «donner une chance au dialogue, à la paix et la démocratie.»

Chantage à la paix

De tout temps la paix a fait partie du discours politique au Cameroun. Comme ce vocable fait partie naturellement du message des églises, tous bords confondus. Pour plus d’un observateur, en tant que ferment de la morale de la régulation des valeurs, l’Eglise se doit d’ailleurs d’entretenir sa communication sur la paix. Pour autant, elle devient suspecte et passablement une instrumentalisation lorsque le martèlement, l’orientation des sources et les messages tant bien impressifs que marqués, tendent à entretenir l’opinion dans une sorte de psychose. Comme si le peuple que l’on convie à s’inscrire sur les listes électorales était un grand enfant incapable de distinguer le bien du mal.

Surtout que le déploiement observé par les fidèles téléspectateurs de la Crtv ces temps derniers, obéit à un contexte précis: Une veille de présidentielle présentée par plus d’un Ong internationale comme l’élection de tous les dangers. La raison? La tricherie politique qui a conduit les tenants du pouvoir à modifier la Constitution envers et contre tout, pour permettre à l’actuel locataire du palais de l’Unité de se maintenir au pouvoir. Mais aussi différents malaises liés aussi bien à la gouvernance qu’à la gestion du processus électoral vidé de toute perspective de transparence. Tout ceci pour dire la menace à la paix sociale ne saurait être le fait des citoyens ordinaires. Mais ceux à qui le peuple a confié son mandat pour la saine gestion du pays.

Mais qui le narguent et se croient tout permis parce qu’ils peuvent brandir la ceinture armée et compter sur les blindages mystiques. Ceux qui ne croient pas obligés de dire au peuple souverain où ils se trouvent et d’où ils le conduisent, alors même qu’ils sont physiquement absents. Ceux qui, pendant des mois peuvent mobiliser les forces de troisième catégorie et investir le centre urbain de Yaoundé, la capitale du Cameroun au seul prétexte que les Camerounais dont ils sollicitent les suffrages, n’ont pas le droit de se remémorer les «émeutes de la faim». Ceux qui, par ailleurs se permettent d’interpeller à tour de bras, des jeunes gens dans les allées et les couloirs de la capitale du Cameroun, arguant qu’ils ne sont pas détenteurs de carte d’électeur.

En clair, comme s’agissant de «l’image de marque» du Cameroun, seule la gouvernance compte et garantit la paix sociale. Les Camerounais qui sont des citoyens suffisamment matures, n’ont pas besoin d’influence particulière pour poursuivre leur cohabitation pacifique. Surtout que chaque fois que la paix a été menacée, il s’en est trouvé la main sous les eaux des autorités de Yaoundé. Un peu comme le week-end dernier à Douala lors des assises du congrès de l’Union des populations du Cameroun (Upc).

Que le Conseil des imams et dignitaires musulmans du Cameroun (Cidmc), s’approprie certains médias pour appeler à la paix au moment d’autres messages du genre circulent et se multiplient, peut paraître comme un chantage à la paix. Celui que de nombreux politologues dénoncent depuis des années. Celui qui feint d’ignorer que l’absence de guerre n’est pas la paix et que le défaut de guerre est un peu plus grave que la paix armée.

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