18/08/2011 15:57:57
Un regard sur le Cameroun
L’heure des destinées singulières est revalue, place aux épousailles de cet unique destin qui est le nôtre dans ce triangle national où la mort d’un d’entre nous affecte tout le monde dans notre commune humanité...
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Je viens de passer des mois à parcourir le Cameroun des villes et des campagnes en simple observateur. Mes observations m’ont permis de tirer des enseignements que je livre ici. Tous les camerounais déplorent la situation dans laquelle ils vivent, quelque soit leur confort ou leur inconfort. Ils aspirent tous à mieux ! Tel ce Secrétaire Général de Ministère qui me dit : « ceux qui ont le pouvoir dans ce pays se soucient peu du devenir de nous autre (s) » ! Tel ce paysan qui me présente sa récolte qu’il ne peut point évacué en ville, par manque de route et de véhicule alors que son village est seulement à 60 kilomètres de la ville ! Toutes les catégories socio-professionnelles sont  touchées par cette crise d’identité profonde. Identité de malaise dans laquelle chacun croit qu’on peut faire mieux et si l’on fait mieux chacun pourra mériter mieux.

Cette situation de non-satisfaction devrait avoir une origine, une cause et celle-ci ne peut être qu’interne à la société camerounaise. Les camerounais, partout où ils se trouvent ont l’impression de vivre une injustice, les moins méritant d’entre eux qui ne méritent pas d’être jetés dans les décharges de la République occupent des places qui ne sont pas les leurs. Les recteurs des universités certainement pour entretenir un réseau de clientélisme, ont choisi de gonfler artificiellement les listes des boursiers au point d’y inscrire des fonctionnaires et des contractuels d’administration ! Ceci n’aurait jamais pu se faire sans une chaine de complicité !

Admettons ces petites faveurs, mais pourquoi avoir exclu de ces listes celles et ceux qui auraient dû par leurs notes avoir droit à cette « pitance présidentielle » ? Les mois de mai et de  juin sont ceux des examens officiels au Cameroun. Ce n’est pas l’eau qui a coulé, il y a bien longtemps qu’on ne parle plus au Cameroun de fuite des épreuves mais seulement, les examinateurs attendent d’être gracieusement entretenus par les élèves notamment dans les épreuves orales pour ce qui est des filières techniques. Tous les camerounais le savent et l’admettent, les quêtes sont organisés dans les villages pour venir en aide aux plus démunis. Tout le monde regarde le ciel et dit : « Dieu ne saurait abandonner le Cameroun, nous sommes un peuple qui prie, Dieu trouvera la solution ». Par cette douce déclaration, chacun de nous tourne le dos à ce qui arrive à notre prochain c’est-à-dire, à celui que nos yeux voient, à celui dont notre odorat sent la présence, que nos mains peuvent toucher !

La responsabilité collective ?

Tout d’abord, il me faut admettre que si ceux et celles qui nous gouvernent font du mal à notre pays, j’arrive cependant à la regrettable conclusion que le plus rude obstacle à l’émancipation du peuple camerounais, c’est cette masse silencieuse voire complice ! Cette masse silencieuse et donc complice préfère l’ordre à la justice. Elle confond l’ordre à la paix et brandit cette dernière, pourtant illusoire selon l’effet du miroir comme la plus belle réalisation du régime du 6 novembre 1982.

Cette majorité silencieuse laisse dire et laisse faire au point où nous avons sur les plateaux de télévision et dans les radios des hommes et des femmes qui disent parler au nom de « l’homme de la rue » sans pour autant qu’un mandat leur ait été délivré. Dans les villes et dans les villages nous entendons comme une phrase bien apprise et même comprise : « Je comprends votre combat, je vois même sa finalité, mais laissez le temps faire son travail, mettez vous en prière, là est la solution ! ». Oui la majorité silencieuse encense la paix négative, celle qui nait de la servitude, de la peur, de l’achat des consciences, celle qui découle de l’encerclement des principales villes du pays par les éléments du B.I.R et qui par la terreur impose un manque de tension ! Mais il y a une paix positive, c’est celle qu’impose le règne de la justice sociale et économique ;  celle dont les budgets votés sont utilisés dans les bons endroits ; celle dont le Premier Ministre chef du gouvernement est capable avec l’ensemble de ses ministres de rendre les biens publics pris à la Nation dont au peuple ! Celle dont ceux qui ont trois à quatre salaires acceptent d’y renoncer pour permettre à d’autres citoyens camerounais d’avoir un emploi.

Cette paix, j’en suis persuadé n’est pas simple illusion ! Elle est à construire avec le secours de tous et la participation de chacun. Personne ne devrait plus se nourrir au lait paternaliste distribué à coup de gratuité de la carte nationale d’identité, à coup de faux recrutement, à coup de saupoudrage ethnico-tribal d’un discours qui relève d’un passé dont personne n’en veut plus ! Oui personne ne devrait se donner le beau rôle, celui d’établir l’horaire de l’accession au bien être des autres.

C’est au peuple, pas celui qui passe si étrangement à côté du cri que l’on attend de lui, de se dresser. Le peuple debout différent de cette foule qui ne sait pas faire foule, un peule indocile à son sort de prendre la relève de cette foule engluée dans son unique cri de faim qui le rend muet, son cri de misère qui le confine dans la non révolte !

La confiscation du temps...

Celle-ci découle de la volonté de la minorité de nantis de rendre vrai le mythe du temps. Elle conseille à la majorité silencieuse et vivant dans l’illusion de la paix d’attendre un temps toujours lui, plus favorable éternellement lointain ! Le temps fixé par les oracles et il n’y a pas jusqu’aux hommes de Dieu pour le servir tous les dimanches à leurs ouailles. Le grand silence sur les dates du prochain scrutin présidentiel, participe de cette volonté de confiscation du temps voire même de sa falsification.

Au cœur du combat titanesque que nous devons mener tous les jours, j’entends les cris de douleur de toute part. Je vois tous les jours les regards émaciés d’un peuple sans repère dans un ricanement sec ! « Nous ne pouvons pas porter la misère de tout le peuple camerounais ! » J’entends les biens pensants qui disent sans beaucoup y croire que la seule manière de vivre au Cameroun est de s’y adapter ! C’est-à-dire, entrer de plein pied dans la danse macabre de l’asservissement de l’autre ! Chacun s’assoit et Dieu le pousse selon l’expression comprise de tous ici. Nous devons accepter qu’une minorité pille le pays, viole nos filles et nos femmes, prostitue nos garçons, distribue de faux diplômes tout en sachant qu’ils ne serviront à rien ! Oui nous devons accepter que nos routes soient le cimetière de nos vies volées et non offertes. Oui nous devons accepter, nous devons préférer de rester confinés à la remorque de l’histoire. L’histoire de l’humanité pullule d’exemples de ce type ! Quand Moïse sortit les enfants d’Israël d’Egypte, il découvrit que les esclaves n’accueillent pas toujours bien leurs libérateurs... ils préfèrent « les pots de viande de l’Egypte » aux épreuves de l’émancipation.

Oui au Cameroun on dit « tout sauf les troubles » ! Mais ce n’est pas une solution ! Ça ne saurait être une solution ! L’acceptation dans un esprit de servitude, d’oppression, de soumission, c’est le triomphe de la lâcheté, de la complicité silencieuse. Il est certainement venu le moment où nous devons apprendre qu’accepter passivement ce qui se déroule dans notre pays, c’est coopérer avec ceux qui nous dépouillent de toute humanité, nous nous rendons complices de la malice de ceux qui nous gouvernent.

Nous sommes un peuple de croyants et moi en premier je le reconnais mais croire n’est pas synonyme de résignation ! Voila pourquoi l’idée véhiculée dans nos villages, dans les groupes de prière qui tiennent la conscience prisonnière dans la grande prison qu’est déjà le Cameroun, que l’homme doit attendre que Dieu seul agisse, conduit inévitablement à une déformation  tenace de la prière. Ici il se pose alors la question des modes de croyance chez nous ! Je laisse cette réflexion aux théologiens et autres exégètes. Mais il n’est pas interdit de nous dire que si Dieu en définitive fait tout pour l’homme, alors Dieu lui-même est réduit à la fonction de « serveur cosmique » selon l’expression du Pasteur Martin Luther King, que l’on appelle pour le motif le plus futile.

Que faisons-nous de notre intelligence et de la force de travail qui est en nous ? Oui il est bien beau de croire à l’égalité entre les hommes, il est bien beau de croire que nous sommes tous héritiers de cet unique héritage qu’est le Cameroun, mais c’est encore mieux de prendre notre part dans l’édification de ce pays.

Oui en premier, je suis persuadé que nous devons demander à Dieu de nous venir en aide, il doit même nous aider dans cet ultime combat pour l’avènement d’une société plus juste et égalitaire. Mais c’est une erreur de croire au fond de nous que le combat sera gagné dans le temps et uniquement par la seule prière. Avec tous les théologiens du travail, Oscar Roméro, Martin Luther King,  Jean-Marc Ela, Engelbert Mveng, je signe que Dieu qui nous a donné des intelligences pour penser et des corps pour travailler, irait à l’encontre de ses propres desseins, s’il nous permettait d’obtenir par la prière ce qui peut l’être par le travail et l’intelligence.

Voila pourquoi j’exhorte ceux qui savent lire, de lire pour les milliers d’autres qui n’ont pas cette chance. Que ceux qui savent parler, parlent pour ceux et celles qui n’ont pas l’usage et l’intelligence de la parole. Que ceux et celles qui savent marcher, marchent pour la multitude et entrainent les autres dans cette longue marche vers la liberté de tous et de chacun. L’heure des destinées singulières est revalue, place aux épousailles de cet unique destin qui est le nôtre dans ce triangle national où la mort d’un d’entre nous affecte tout le monde dans notre commune humanité. Aussi loin que je puisse voir, aussi loin en vérité que je puisse projeter mon regard, je vois la beauté de notre pays mais aussi celle de nos peuples.

Cette beauté, aussi paradoxale que cela puisse être, se voit au travers de ces édifices qui poussent chaque jour dans nos cités et dans nos villages. Mais une chose est de « se voir », une autre est de « vivre ». Voila la conversion qu’il nous faut faire, afin que nul ne se demande, qui sont les habitants de ces maisons sans vie ? Où étaient-ils, quand hier le Premier Ministre a pris au quartier du Lac à Yaoundé un bien public ? Quand le Ministre de l’administration territoriale et de la Décentralisation a acheté un édifice public à 25 000 F Cfa, quand le Ministre des Domaines à Obili a pris un domaine public pour en faire un domaine privé ? Où sont les camerounais quand des centaines de jeunes sont mis hors de l’armée sans une contre expertise ? Où sont les camerounais quand des fonctionnaires et des contractuels d’administration déjà en fonction sont présentés dans la liste des 1000 comme de nouveaux recrus ? Où sont les camerounais quand des milliers de jeunes sont exclus du monde du travail ? Quand des parents travaillent avec les diplômes de leurs enfants et petits enfants ? Quand les anciens refusent de prendre leur retraite pourtant méritée pour laisser la place aux jeunes ?

La voix du peuple hier silencieuse aujourd’hui devrait se faire donc puissante et audible pour refuser le statu quo ! Cette voix ne devrait point soutenir par son mutisme l’état actuel des choses. Le jugement des hommes est là, il est à l’image même du jugement divin, voila où est la grandeur de notre combat et celui-ci n’a pas d’âge. Bien au contraire ! C’est un combat de la lumière contre l’obscurité, un combat du jour contre le noir des ténèbres! C’est le moment de nous y engager !

Dr. Vincent-Sosthène FOUDA-ESSOMBA
www.generationcameroun2011.com

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE