22/08/2011 15:27:09
Cambriolage : Un coffre-fort du Contrôle supérieur de l'Etat emporté
Des centaines de millions de Fcfa retirés quelques jours plus tôt du Trésor s’y trouvaient gardés.
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Attroupement inhabituel devant les tous nouveaux locaux du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), en face du tribunal de grande instance de Yaoundé centre administratif, en ce dimanche après-midi. Deux vigiles de service devisent, en chuchotant, avec une demi-douzaine de personnes, et arrêtent systématiquement de parler dès l’arrivée d’un «corps étranger ».

La grille ouverte donne sur un couloir menant au bâtiment arrière et laisse entrevoir, devant une porte avec grillage, trois autres personnes échangeant avec force gestes. Impossible d’entrer dans l’enceinte d’où vient de sortir, avec un crissement de pneus, un Toyota 4X4 gris métallisé, dont la plaque CA est reconnaissable à distance.

Les personnes ainsi attroupées à l’extérieur semblent avoir reçu consigne de ne rien dire à personne. «Nous ne sommes, nous-mêmes, que de simples passants», dit l’un d’eux, cachant maladroitement un sourire malicieux. «Nous avons aussi appris comme vous ce qui s’est passé cette nuit, le cambriolage au sein du ministère, mais nous n’avons aucun détail. Juste pour vous dire que le ministre était là et est déjà reparti. Le Dag vient juste de partir. Vous avez certainement vu son véhicule passer tout à l’heure», poursuit-il. Devant l’insistance, il finira par avouer : «la bonne adresse, c’est la compagnie de recherche, non loin de la légion de gendarmerie du Centre. Demandez le lieutenant Ndzana, c’est lui qui s’occupe de l’enquête.»

A la Compagnie, le lieutenant Ndzana n’est pas seul dans son bureau largement ouvert. Il semble manifestement occupé et préoccupé, devant quatre personnes dont un individu portant des menottes. «Vous voyez bien que je ne peux pas vous recevoir. Je suis en pleine audition. Si vous avez peut-être la patience d’attendre…», répond l’officier, après notre sollicitation.

Vigiles ligotés

De la grande salle attenante, au milieu de gendarmes de permanence et de quelques responsables du Consupe dont le Dag, Charles Ngolle, les échanges du bureau du lieutenant parviennent faiblement. Mais les bribes de l’audition qui traversent le couloir laissent indiquer clairement un rapport avec le cambriolage au Contrôle supérieur de l’Etat, dans la nuit de samedi à dimanche dernier.

D’ailleurs, quelques minutes plus loin, le lieutenant Ndzana sort en vociférant, demandant qu’on conduise l’individu menotté dans l’arrière cour du bâtiment central. «C’est le suspect numéro un, qui a été appréhendé ce matin», indique l’un des chauffeurs du Consupe présent dans la salle.

Le «suspect» dont le nom n’a pas été révélé, un homme trapu portant un jeans et un polo rayé, est brutalement «exploité» dans la cour, à l’aide d’un gourdin, d’une matraque et d’une machette. «Je suis malade. Je vais mourir devant vous», indique-t-il à ses bourreaux qui l’ont couché sur le dos à même la cour cimentée, et le rouent de coups de machette sur la plante des pieds. Il ne crie cependant pas, ce qui a l’heur d’énerver davantage les gendarmes qui le tabassent de plus belle.

«Je vais mourir pour rien. Je ne sais rien de cette affaire», répond-il encore lorsqu’on lui pose les mêmes questions depuis 10 minutes : «Où sont tes complices ? Combien sont-ils ?»

Les enquêteurs n’en tireront rien de plus et le ramèneront dans le bureau du lieutenant Ndzana qui consent à nous recevoir : «Je mène effectivement l’enquête. Mais je ne peux rien vous dire parce que je n’ai pas qualité pour le faire. Je vais vous présenter au commandant de compagnie qui pourra vous parler», indique-t-il, manifestement contrarié de n’avoir pas pu jouir de son dimanche.

Mais lorsqu’il revient trois minutes plus tard après avoir consulté son supérieur hiérarchique, c’est pour dire, dans un regret qui semble sincère : «On ne peut rien vous dire pour le moment. Les enquêtes se poursuivent et nous devons tout de suite conduire une opération sur le terrain». De fait, ils ont demandé au Dag du Consupe de mobiliser deux véhicules 4X4 pour conduire une mission vers des endroits qu’ils n’indiquent pas.

Meeting du Rdpc

Le secret semble de mise, mais les principales informations ont déjà «filtré». Car, selon nos sources auprès des mêmes services, c’est tôt dimanche matin que le ministre délégué en charge du Contrôle supérieur de l’Etat, Siegfried David Etame Massoma, qui a passé la nuit au village après avoir présidé à Nkongsamba un meeting du Rdpc en rapport avec les inscriptions sur les listes électorales, a été informé d’un cambriolage survenu au sein de son département ministériel dans la nuit de samedi à dimanche. «Les vigiles de service la nuit ont été retrouvés ligotés et un coffre-fort a été emporté», confie une source autorisée. Informations confirmées par d’autres sources au ministère qui ont souhaité garder l’anonymat. Et qui indiquent que le coffre fort emporté est en fait celui du billetteur, M. Nsangou, ancien secrétaire particulier du ministre Njiemoun Mama, le prédécesseur de Etame Massoma au Consupe.

Un cadre de la maison, qui totalise une quinzaine d’années de service, n’en revient pas : «C’est un coup de maître, habilement organisé. Le billetteur a procédé, mardi dernier, à de gros retraits à la Trésorerie générale, plusieurs centaines de millions Fcfa, dans la perspective certainement des missions de diverses équipes que le ministre devait déployer aux quatre coins du pays dès cette semaine». La première descente de l’équipe de gendarmerie sur le site a permis de constater, selon nos sources au Consupe, que le coffre fort, qui a été pris dans le bureau du billetteur situé à l’étage du bâtiment arrière des nouveaux locaux du Consupe, a été traîné à même le sol. Une manutention manifestement compliquée qui a entraîné la casse de quelques carreaux de l’escalier. Un véhicule de grand gabarit devait attendre à l’extérieur. Il est cependant difficile, à ce stade de l’enquête qui a aussitôt été ouverte par la gendarmerie, de savoir si les vigiles de nuit étaient complices ou s’ils ont été véritablement neutralisés.

Alain B. Batongué

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