20/07/2009 12:47:56
Ce qui attend Paul Biya en France
Le collectif des Camerounais de la diaspora se mobilise contre la visite du chef de l’Etat, cependant que ses partisans entendent faire foule ; Le président de la République quitte Yaoundé ce jour.
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Autant que les militans de son parti, les Camerounais de la diaspora et les médias entendent réserver un accueil chaleureux au président.

Ce sera vraisemblablement l'un des déplacements les plus difficiles à l'étranger que n'aient jamais eu à organiser les collaborateurs du chef de l'Etat depuis son avènement à la tête du Cameroun. S'il s'agit d'un voyage organisé à l'invitation de son homologue français Nicolas Sarkozy, qui lui-même a passablement boudé le Cameroun lors de ses déplacements en Afrique, ce déplacement intervient au plus fort de la polémique sur l'affaire dite "des biens mal acquis" attribués à Paul Biya et à certains membres de sa famille en France et ailleurs en Europe dans le rapport en cours du Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd). Une annonce qui n'a pas manqué de soulever la polémique au sein de la diaspora camerounaise en général et en France en particulier. On peut donc comprendre toute la fébrilité qui entoure l'organisation de ce déplacement qui s'annonce des plus délicats pour le président de la République, tant au niveau des structures gouvernementales, que dans les rangs du parti au pouvoir, le Rdpc.

Nous l'indiquions dans notre édition de vendredi dernier, c'est avec 48 heures d'avance que le président de la section Rdpc de France Nord David Mvondo Mvondo a quitté le Cameroun pour rejoindre la France. Et comme nous le relevions dans le même numéro de votre journal, c'est que dans le sérail, l'on a pris toute la mesure de la fronde venant des Camerounais de la diaspora qui semble bien déterminés à "demander des comptes" à leur président "Ce sont des gens qui semblent mieux organisés aujourd'hui..." nous indiquait David Mvondo Mvondo pour justifier la décision de la direction du parti au pouvoir de "renvoyer "sur" ses terres", le président de la section de France Nord, afin de conduire sur place la mobilisation liée à cette visite. Car au-delà de ce que l'on affirme dans les rangs des militants du parti au pouvoir en France qu'il est prévu une rencontre avec leur président national au cours de cette visite, le Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise (Code), des militants de l'Union des populations du Cameroun (Upc) et certaines organisations comme le Collectif des Camerounais de la diaspora (Ccd) mené par Célestin Djamen un militant du Social democratic front (Sdf) basé en France et qui a déjà annoncé sa candidature à la présidentielle de 2011, semblent avoir décidé de rendre le séjour du chef de l'Etat en France le moins agréable possible.

Encablures

Cette mobilisation a d'ailleurs commencé ici au bercail avec la sortie médiatique de Issa Tchiroma Bakary vendredi dernier sur quatre chaînes de télévision de la place. En " avocat " du chef de l'Etat, le ministre de la Communication (Mincom) l'a particulièrement encouragé dans sa volonté de ne pas voir appliquer l'article 66 de la Constitution sur la déclaration. Un exercice jugé " superfétatoire " pour le président de la République par Issa Tchiroma. Un ministre de la Communication qui a d'ailleurs quitté le Cameroun pour la France pendant le week end pour peaufiner la préparation médiatique de cette visite au niveau de la France. Une préparation dont l'un des points sera le cocktail de presse que donne ce jour Lejeune Mbella Mbella, l'ambassadeur du Cameroun en France dans les locaux de la mission diplomatique du Cameroun, alors que le ministre de la Communication présidera une réunion de coordination des principaux médias accrédités par l'ambassade du Cameroun demain dès 12 heures dans la capitale française.

Une sortie médiatique du Mincom qui se tiendra au même moment que celle organisée par le Code et certaines associations de Camerounais de la diaspora. Une conférence de presse, dont le communiqué l'annonçant indique qu'elle vise à " informer l'opinion publique française et internationale de la nature du régime de M. Biya, que le président de la République française recevra en grande pompe à l'Elysée ". Les organisateurs voudraient à l'occasion de leur rencontre avec la presse " fournir… des informations sur la situation réelle du Cameroun… Ce sera également l'occasion de dénoncer le retour des manœuvres les plus sombres de la Françafrique ". Mais le plus délicat pour les organisateurs et sans doute pour les forces de sécurité françaises se déroulera dans l'après midi avec le rassemblement prévu à quelques encablures de l'ambassade du Cameroun par le Ccd. Une manifestation qui aura lieu au même moment que celle des militants des différentes sections Rdpc de France mobilisés pour la circonstance dans les locaux de l'ambassade. Des rassemblements qui n'auront pas la même finalité, mais qui viseront le même homme, Paul Biya.

 

"Biens mal acquis", élection 2011, lutte contre la corruption…

C'est un homme particulièrement affaibli qui devra faire face à la " fronde " des médias et de la diaspora camerounaise en France.

La visite officielle que le chef de l'Etat Paul Biya entame en France demain n'aura sans doute pas la même connotation pour cet homme, pourtant habitué des salons de l'Elysée depuis son accession au pouvoir le 6 novembre 1982. Elle intervient au plus fort des manifestations de la dénonciation des "biens mal acquis" du chef de l'Etat camerounais en Français par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd). Une affaire dont le chef de l'Etat se serait volontiers passée au moment où il a de plus en plus de mal à donner des gages de sa bonne foi dans la lutte contre la corruption engagée dans son pays.

Une affaire qui, si elle n'est pas la première mise au devant de la scène par cette Ong, elle était déjà à l'origine de la dénonciation des présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo et Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, jusqu'à l'ouverture d'une instruction par la justice française, devra, et est même déjà au centre de toutes les préoccupations tant au Cameroun qu'au niveau de la France qui accueille Paul Biya officiellement dès demain 21 juillet 2009. L'affaire est rendue d'autant plus délicate pour le chef de l'Etat camerounais que sa réaction au début de cet événement a été des plus maladroites pour ne pas en dire plus. Dans l'une de nos précédentes éditions, nous relevions cette boutade d'un observateur de passage dans notre rédaction " Dans les jours qui viennent, Paul Biya va vous donner du grain à moudre pour que vous lui lâchiez un peu les baskets avec les histoires des " biens mal acquis "… Ce sera soit un gouvernement, soit la convocation du congrès de son parti ou autre chose comme cela… ".

La réflexion faite le 30 juin 2009 en fin de journée était suivie dans la soirée d'un réajustement gouvernemental marqué par le départ du Premier ministre Ephraïm Inoni, du patron de la Défense Rémy Zé Meka et d'autres personnes à l'instar de Pascal Anong Adibimé dont le tort aura sans doute été de vouloir faire le travail qui était le sien dans un environnement où la mode est à l'inertie maintes fois " dénoncée " par Paul Biya en personne, comme il l'a encore fait lors du conseil des ministres du 3 juillet dernier. Ce début de réponse à l'affaire des " biens mal acquis " n'ayant sans doute pas produit les effets escomptés que la demande de levée de l'immunité de certains députés allait être servie comme du " grain à moudre " à l'opinion en général et aux médias en particulier. Mais là aussi, les " stratèges " de Paul Biya feront choux blancs. Car ce seront des "dossiers vides" qu'ils serviront aux membres du bureau de l'Assemblée nationale réunis pour la circonstance le mardi 14 juillet dernier. L'un d'eux ne manquera d'ailleurs pas de dénoncer ce qui apparaît pour lui comme "un acharnement", dans un processus de lutte contre la corruption qui a de plus en plus du mal à prouver sa crédibilité, parce que pour la plupart des observateurs, et de l'opinion en général, elle s'apparente à un règlement de comptes politiques, dans la perspective de la présidentielle de 2011.

Face à Nicolas Sarkozy vendredi prochain dans l'un des salons de l'Elysée, les formules seront sans doute très diplomatiques. Mais le plus dur pour le numéro un camerounais sera incontestablement le traditionnel face à face avec les hommes de médias sur le perron du palais de l'Elysée après l'entretien avec le chef de l'Etat français. Rien de tel avec le filtrage des questions auquel l'on est habitué au palais de l'Unité de Yaoundé. L'on indique qu'ici, "les journalistes français l'attendent avec des questions aussi pointues que des sagaies ". Là, il devra communiquer. Lui-même et pas par personnes interposées. A moins pour lui de choisir de ne pas se prêter à l'exercice. Ce qui va une fois de plus conforter les uns et les autres sur le fait que le chef de l'Etat et les siens ont bien des choses à cacher…

Jean Francis Belibi

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