29/08/2011 12:42:03
Cameroun. Les hommes forts du congrès du RDPC
Quel est l'impact que ce 3e congrès ordinaire du Rdpc peut avoir sur la vie politique du Cameroun dans les toutes prochaines années?
Mutations
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Décryptage

Ceux qui ont observé René Sadi, le secrétaire général du comité central du Rdpc lors des deux derniers meetings, à Akonolinga et à Yaoundé vendredi dernier indiquent sans hésiter qu’il dégageait une «forme resplendissante» et surtout, «paraissait plus sûr de lui que d’habitude». A Yaoundé par exemple, alors qu’on lui demandait, l’air de le taquiner une énième fois, quand aurait lieu ce fameux congrès du Rdpc toujours annoncé et jamais organisé, il a répondu avec le sourire malicieux : «Mais écoutez donc la radio ce soir…»

A lire les textes signés par le président national du parti vendredi le 26 août, il apparaît clairement que René Sadi sera l’Homme de ce congrès. Certes, ce n’est guère surprenant dès lors que Paul Biya avait choisi, il y a quelques semaines, l’option du congrès ordinaire, choix de départ du Sg contre l’avis de l’ensemble des dinosaures du parti (aussi bien au bureau politique qu’au comité central). Mais la composition des équipes des deux grosses structures en charge de la gestion de ce 3e congrès ordinaire montre bien que le président national a décidé de laisser carte blanche à son Sg.

En attendant de savoir quelle sera la nature et l’ampleur des résolutions de ce conclave de 2 jours, René Sadi peut donc savourer une autre victoire : celle de laisser clairement apparaître la différence entre les activités du gouvernement, celles du parlement et celles enfin du parti. Les principaux responsables de la haute administration du pays, par ailleurs militants et souvent gradés du parti, doivent savoir qu’ils sont influents ailleurs mais qu’il y a des cadres maison au parti. Pour préparer et conduire le congrès, ils devront tous s’aligner derrière le secrétaire général, président de la commission centrale de coordination et de supervision.

L’autre homme fort de ce congrès sera, incontestablement, Ibrahim Talba Malla. Secrétaire national à l’Organisation du Rdpc, cheville ouvrière de toutes les grosses sorties du Sg du Rdpc à travers le pays, il est logique que ce soit à lui que soit confiée la coordination du secrétariat technique. Mais on aura bien remarqué, à voir les positions des uns et des autres, que la logique n’a pas toujours été respectée ailleurs.

Dans un casting hyper difficile où le Sg, bien que assuré de la confiance de son président, avait besoin d’un homme sûr pour gérer toute la centralisation et la distribution de la documentation et surtout, en toute confidentialité et efficacité, les dossiers spéciaux du congrès, que René Sadi ait jeté son dévolu sur Ibrahim Talba Malla est une indication que ce dernier sera l’une des «tours de contrôle» de ce congrès qui n’aura d’ordinaire que le nom, tellement les enjeux sont grands.

L’autre tour de contrôle sera Paul Célestin Ndembiyembe. L’ancien directeur général de la Sopecam, qui brillait à l’époque par ses éditoriaux dans Cameroon Tribune, qui a rongé son frein pendant de longues années dans une traversée du désert qui lui paraissait interminable, tient lui aussi sa revanche. Ces derniers mois, il n’était pas seulement le conseiller  auprès du secrétaire général du comité central (dans la hiérarchie, il n’est que le 4e conseiller, derrière Jean Fabien Monkam, Dieudonné Oyono et Benoît Ndong Soumhet), il semblait être aussi son homme de confiance. Le voici donc projeté, à la faveur de ce congrès, probablement le plus attendu et le plus médiatisé de toute l’histoire du Rdpc, sous les feux des projecteurs, au rôle clé de secrétaire permanent du Secrétariat technique. Au dessus de deux autres conseillers et de quelques autres cadres du parti qui lui étaient hiérarchiquement supérieurs comme Ismael Bidoung Mkpatt.

S’il travaillera aux côtés d’Ibrahim Talba Malla qui est chargé de la coordination, c’est bien lui, en qualité de secrétaire permanent, qui sera la cheville ouvrière de ce congrès. C’est bien lui, selon la feuille de route du président national, qui sera «chargé du suivi des travaux des sous commissions (...), de l’élaboration, de la relecture, de la traduction, de la centralisation et de la distribution des documents, du secrétariat du congrès, de la bureautique, des invitations et du protocole, des dossiers spéciaux et des permanences».

L'éclairage de Mathias Eric Owona Nguini

Pour le politologue ce congrès va s’inscrire dans la logique routinière du système.

Longtemps attendue, la date du congrès ordinaire du Rdpc a enfin été communiquée. Quelle est votre réaction à ce sujet ?

Je pense que c’est un cheminement normal vers le choix du candidat de ce parti à la prochaine élection présidentielle.

A la lecture de la composition du comité d’organisation, on se rend compte que certains fidèles de l’ancien secrétaire général du comité central du Rdpc sont à l’écart, quel commentaire ?

En fait, c’est le président national qui est au coeur de tout le processus. Le secrétaire général n’est que son relais politique et administratif. Cela dit, c’est une orientation qui a été prise en fonction de la manière dont le président national de ce parti veut organiser les choses et les résultats auxquels il veut parvenir.

Peut-on y voir un premier signe du vent de rajeunissement, du moins de fraîcheur annoncé sur les organes dirigeants du Rdpc ?

On verra effectivement s’il y aura rajeunissement. Mais, à mon avis, le rajeunissement n’est pas le seul problème du Rdpc. Ce parti doit également entreprendre un toilettage du point de vue idéologique et sur le plan organisationnel. Ce toilettage renvoie à la réactualisation de ce qui sert de doctrine à la cette formation politique. Est-ce que son livre-programme [Pour le libéralisme communautaire, ndlr], qui date d’à peu près 30 ans, est encore adapté aux révolutions actuelles du monde et du Cameroun? Cela est à voir. Aujourd’hui, le parti au pouvoir a intérêt à se doter d’une boussole pertinente ; s’il veut être en phase avec les réalités sociopolitiques et économiques du Cameroun et du monde actuel.

A l’analyse des grenouillages qui ont précédé l’annonce de la nature du congrès, ces réajustements pourraient être difficiles à obtenir du fait des batailles entre caciques et jeunes loups du parti...

Bien entendu, il y a toujours des luttes de positionnement entre différentes factions et fractions au sein du Rdpc, à l’occasion d’un tel évènement politique. Il est évident que les partisans du congrès extraordinaire sont ceux oeuvraient afin que soit conservé un certain statu quo et qui souhaitaient que le seul point à l’ordre du jour de ce congrès soit l’investiture du champion de ce parti à l’élection présidentielle. En revanche, les partisans du congrès ordinaire, comptaient dans leurs rangs, un certain nombre d’acteurs qui ne se retrouvent pas nécessairement dans les instances dirigeantes du Rdpc, Bureau politique, comité central, et qui souhaitent y faire leur entrée. Ceux qui sont déjà dans le système souhaiteraient améliorer leurs marges de manoeuvre. Tout cela transparaîtra dans les faits et gestes des uns et des autres au cours de ce congrès.

Quel est l’impact que ce 3e congrès ordinaire du Rdpc peut avoir sur la vie politique du Cameroun dans les toutes prochaines années?

L’impact de ce congrès sera très limité. Sauf dans l’hypothèse exceptionnelle où le candidat statutaire de ce parti décide de se retirer. Ce qui est difficile à envisager en l’état actuel du fonctionnement de ce parti. C’est un congrès qui va s’inscrire dans la logique routinière du système. Son point essentiel sera la reconduction du candidat du Rdpc, qui se trouve être le président national de ce parti, à l’élection présidentielle. Il s’agira en outre d’assurer le contrôle du Rdpc, en tant que formation politique, sur l’Etat.

En cas d’ «empêchement ou de force majeure», le comité central, mais surtout le bureau politique, joueront un rôle décisif pour le choix du remplaçant de l’actuel président national. Est-ce que cela ne donne pas une importance à ce congrès ?

Effectivement, en fonction de la manière par laquelle le Bureau politique et le Comité central seront reconfigurés, ce congrès peut revêtir une importance. Mais, cela dit, même au cas où il y aura un tel empêchement, ce qui suppose déjà que le candidat du Rdpc a été réélu dans les conditions transparentes, et que cette élection a été légitimée aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, je ne pense pas que le Rdpc conserverait sa cohésion politique.

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE