02/09/2011 05:30:38
Des centaines d'Africains désespérés coincés à Tripoli
Pas moyen de quitter la Libye et impossible d'y rester. « On nous prend pour des mercenaires ».
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Abdullah Kassim a échoué là comme des centaines d'autres Africains. Un camp de fortune insalubre et sans sécurité dans un port près de Tripoli où ils sont coincés: pas moyen de quitter la Libye et impossible d'y rester. "On nous prend pour des mercenaires".

Ils sont arrivés de la capitale il y a deux mois ou il y a quelques jours, partis sans rien à la hâte pour fuir la guerre et la chasse aux Africains sub-sahariens suspectés d'avoir combattus pour le régime de Mouammar Kadhafi.

Un millier de Nigérians, Ghanéens, Maliens, Gambiens, Somaliens ou Soudanais qui travaillaient comme ouvriers en Libye depuis des années ou avaient rejoint les côtes pour embarquer illégalement vers l'Europe, s'entassent dans le petit port de Sidi Bilal, sur une base militaire abandonnée, dans des barques ou sous des couvertures accrochées aux coques des bateaux.

Conditions épouvantables

Ils sont désespérés. "On a besoin d'aide pour quitter ce lieu", lance Abdullah Kassim, 17 ans. Ici, les conditions sont "épouvantables", selon le constat de Simon Burroughs de Médecins sans frontières (MSF) à Tripoli.

Ils dorment sur des matelas de mousse à terre, mangent quand les rebelles ou des voisins libyens leurs apportent des vivres, boivent l'eau salée puisée à un puit, se lavent dans l'eau de mer où les défections viennent s'écouler, n'ont pas moyen d'être soignés correctement mis à part les traitements de base administrés par MSF.

Terrorisés

Surtout, ils craignent pour leur sécurité. La nuit, racontent-ils, des hommes sont venus les menacer - "je vais te tuer" -, voler leur argent ou leurs téléphones mobiles. Violer. "Il y a deux semaines, je dormais là quand cinq hommes, le visage couvert, sont venus et m'ont violée. Personne n'a pu me défendre, ils étaient armés", dit une Nigériane de 25 ans.

La doctoresse de MSF qui ausculte Precious Kenneth ne peut confirmer, l'examen médical arrive trop tard. Mais la jeune femme est terrorisée. S'ils restent c'est que pour l'instant, ils ne savent pas où aller. Ici au moins des rebelles du coin se comportent bien, ils sont intervenus pour les protéger, disent-ils. "C'est l'endroit le plus sûr que j'ai trouvé", explique comme les autres, Fred Igbinosa, Nigérian de 32 ans.

Ne pas sortir

Tous ont la hantise de sortir de leur campement. "Si on sort, ils nous attrapent et on ne sait pas si on va revenir. Nous sommes noirs et ils pensent que nous sommes des mercenaires", explique Abdullah Kassim. Sur la route, juste au-dessus, à un Africain venu s'aventurer pour chercher à manger, un Libyen crie méchamment: "Rentre chez toi, on ne veut plus de vous ici".

Plusieurs de leurs amis qui ont osé quitter le camp il y a six jours ne sont jamais revenus. "C'est trop risqué. Ce sont les rebelles eux-mêmes qui nous ont conseillés de ne pas sortir", dit Pastor Antony, un Nigérian de 32 ans. Amnesty International, qui a fait état "de mauvais traitements par les forces anti-Kadhafi" à l'encontre des Africains sub-sahariens, a estimé qu'ils étaient effectivement en situation de "grand risque".

Besoin de travail

Mais la plupartdes personnes interrogées ne veulent pas non plus rentrer chez elles. "Je suis venu travailler ici, j'envoyais l'argent à ma femme et à mes deux enfants. Je ne peux pas rentrer chez moi, il n'y a pas de travail, comment je vais les nourrir, qu'est-ce que je peux leur dire? Je dois poursuivre mon chemin", explique Prince Adjel, Ghanéen de 34 ans.

Pourtant, pas moyen pour eux non plus de quitter le pays. Trop dangereux de prendre la route. Et plus de départs illégaux depuis les côtes libyennes vers l'Europe. "On m'avait dit que d'ici on pouvait facilement partir vers l'Italie, qu'il y avait des soldats pour faire passer les gens. Mais les bateaux ne partent plus. Je ne sais pas ce qu'il va se passer pour nous", se lamente Traore Mamoudou, 24 ans.

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