07/09/2011 03:42:10
Conflit foncier à Daloa: Des Bétés chassés de leurs plantations
Depuis le début de la crise post-électorale, les conflits fonciers que l’ancien régime mettait un point d’honneur à éviter entre les populations autochtones bété, les allochtones baoulé et les allogènes ont refait surface. Un autre visage de la justice des vainqueurs.
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Depuis le début de la crise post-électorale, les conflits fonciers que l’ancien régime mettait un point d’honneur à éviter entre les populations autochtones bété, les allochtones baoulé et les allogènes ont refait surface. Un autre visage de la justice des vainqueurs.

Dans les départements de Gagnoa, Daloa, Issia, il ne se passe plus de jour sans que les planteurs baoulé, qui estiment que leur heure a sonné avec l’arrivée du Rhdp au pouvoir, à travers le président du Rdr, Alassane Ouattara, ne dépossèdent leurs hôtes bété de leurs terres. Avec l’aide des Frci qui – moyennant de fortes rétributions – font régulièrement des expéditions punitives dans les plantations de cacao appartenant à des Bété et convoitées par les «vainqueurs » qui disent avoir la justice de leur côté.

Quand ils sont saisis, les membres du corps préfectoral font diligence pour empêcher les expropriations et préserver l’ordre. Leur autorité est bafouée et c’est à peine si les Frci ne leur dictent pas des ordres. C’est le cas dans un conflit survenu à Zagoreta, dans la sous-préfecture de Gadouan, département de Daloa, au lendemain de la crise post-électorale.

Quand les allocthones font la loi

Le litige foncier opposant M. Gnazegbo Gohi Joseph, autochtone bété, aux  populations allochtones (Baoulé) du campement Kanhesso, conduits par Yao Kouassi Patrice, est porté devant le sous-préfet de Gadouan. Ainsi, le 18 juillet dernier, les deux parties ont été conviées à une rencontre dans les locaux de la sous-préfecture. Dans le compterendu de la rencontre, le sous-préfet relève que «la crise aidant, les populations allochtones baoulé ont expulsé les personnes installées par M. Gnazegbo Gohi et revendiquent la propriété sur la parcelle de 140 hectares».

Se référant à des décisions prises en 2002 par son prédécesseur Doin Doh Urie, le souspréfet tentera de ramener les allochtones baoulé à la raison. Ainsi dans le souci de préserver l’ordre, l’administrateur exige «la réintégration des personnes expulsées pour respecter le statu quo ante». C’était sans compter avec la  détermination de Yao Kouassi Patrice d’en découdre avec leurs hôtes jetés à la rue. Les Baoulé opposent un refus catégorique à la proposition de l’administrateur. Et à ce jour, les personnes expulsées manu militari de leurs plantations y sont toujours interdites d’accès. Malgré les injonctions du souspréfet qui a exigé leur réadmission, le temps que la justice puisse trancher.

En agissant ainsi, Yao Kouassi Patrice remet en cause un règlement à l’amiable arraché en 2002 à Gnazegbo à qui des droits coutumiers avaient été reconnus sur la parcelle de 140 ha où les allochtones baoulé s’étaient installés en toute illégalité. Une parcelle qui faisait par ailleurs l’objet d’un litige entre deux villages voisins. Selon les termes du règlement obtenu après délimitation en septembre 2002, en présence du sous-préfet alors en poste, Doin Doh Urie, et des chefs des villages de Zagoreta et Zaliohouan, les allochtones baoulé installés sur la parcelle ne devraient pas être expulsés. Toutefois, ceux-ci devraient s’abstenir de l’exploitation des jachères. Autrement dit, ils ne devraient plus faire de nouveaux défrichages. Le propriétaire terrien accepte cette cohabitation qui aura prévalu jusqu’à ce que survienne le changement de régime.

A la  faveur de la crise post-électorale avec son corollaire d’exactions, de traque aux partisans du président Gbagbo sur toute l’étendue du territoire national, etc. De façon générale, les populations autochtones de la sous-préfecture de Gadouan se plaignent de vivre le martyre depuis l’arrivée des Frci dans la région. Les plaignants accusent particulièrement le commandant Frci de la localité, du nom de Diomandé, anciennement conducteur d’un véhicule de transport en commun, d’aider les allogènes et allochtones à les spolier de leurs terres. Diomandé convoque les planteurs Bété régulièrement à ses bureaux, sur plainte  des planteurs Baoulé qui cotisent pour lui remettre de grosses enveloppes. Sans être entendus, les pauvres paysans sont emprisonnés et maltraités. «Nous sommes tabassés, ligotés, humiliés… et il faut payer 10.000 FCFA par jour jusqu’à ce qu’on soit libérés. Pendant ce temps, les allogènes mossi et nos frères baoulé, encadrés des éléments de Diomandé se rendent dans les plantations pour couper nos pieds de cacao et s’installer sur nos terres. Ils n’ont aucune considération pour le sous-préfet dont ils remettent sans cesse en cause les décisions», s’indigne un paysan qui s’est confié à nous, la voix nouée par l’émotion.

Pis, souligne-t-il, la région est progressivement assiégée par des vagues  successives d’éléments des Frci chassés des corridors, n’ayant pas été retenus au sein des effectifs de la nouvelle armée. Interrogé, le commandant Diomandé que nous avons joint hier au téléphone a rejeté toutes ces accusations. «Je n’ai arraché de terres à personne. Je suis garant de la sécurité des biens et des personnes et à ce titre, nous avons eu à régler des litiges fonciers opposant des paysans à un moment donné. Nous avons pris souvent des décisions en tenant compte des documents qui lient les deux parties. Ces personnes ont pour la plupart un dossier pendant devant la justice et à la brigade de gendarmerie de Daloa. Aujourd’hui, pour tout ce qui concerne les litiges fonciers, c’est la gendarmerie qui est directement saisie», soutient-il. Par ailleurs, Diomandé dit n’avoir jamais envoyé des éléments pour détruire des plantations. Aussi met-il quiconque au défi de prouver qu’il a perçu des fonds des Baoulé qui l’auraient sollicité pour les aider à arracher des terres à leurs hôtes Bété.

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