08/09/2011 18:24:19
L'honneur en jeu de Fru Ndi, chef d'une opposition liquéfiée
Grand rival du régime de Paul Biya qu'il poussa à admettre la contestation politique via la restauration du multipartisme, au terme d'une mémorable épreuve de force marquée par la violence lors du lancement en mai 1990 de son parti, le Social Democratic Front (SDF), Ni John Fru Ndi croit toujours créer la surprise, en gagnant la présidentielle du 9 octobre.
Xinhua
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Grand rival du régime de Paul Biya qu'il poussa à admettre la contestation politique via la restauration du multipartisme, au terme d'une mémorable épreuve de force marquée par la violence lors du lancement en mai 1990 de son parti, le Social Democratic Front (SDF), Ni John Fru Ndi croit toujours créer la surprise, en gagnant la présidentielle du 9 octobre.

Pour l'heure, des analystes comme Laurent Mbassi, enseignant associé à l'Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), ont beau prévenir qu'« évidemment, il est toujours prématuré d'estimer de façon tout à faire péremptoire ou affirmative que l'une ou l'autre partie prenante à un scrutin sera nécessairement favorisée ou défavorisée ». 

Mais, le « chairman » du SDF et chef de file de l'opposition n'a pas les faveurs des pronostics pour le scrutin présidentiel à venir. 19 ans après son coup d'éclat d'octobre 1992 où il s'inclina à peine par 35,93% des voix contre 39,97% pour le chef de l'Etat sortant Paul Biya, selon les résultats officiels qu'il contesta d'ailleurs avant de s'autoproclamer président élu, la déferlante Fru Ndi a pris des rides. 

Leader charismatique au début de son combat, avec des meetings se transformaient parfois en en scène d'hystérie, ce natif du Nord- Ouest du Cameroun, une des deux régions anglophones du pays sur un total de 10, n'incarne plus tout à fait les même espoirs d'alternance pour ses partisans dont beaucoup, à l'intérieur du SDF, n'ont pas hésité à faire défection et à rallier le parti au pouvoir.  Tout au plus, les observateurs, qui pourtant se rappellent avec nostalgie cette époque où il enflammait des foules avec deux fameux slogans, « power to the people » en anglais et, en pidjin ( une langue locale mélangeant l'anglais et le français), « suffer don finish » (en français, fini la souffrance), lui prédisent la confirmation de son statut de chef de file de l'opposition lors du rendez-vous électoral du 9 octobre.   « Si l'on peut dire que c'est un boulevard pour le président de la République, ça peut aussi être un boulevard pour Fru Ndi, qui peut confirmer à travers cette élection que sur plus de 20 ans il reste la deuxième personnalité la plus importante du pays », estime le géostratège Joseph Vincent Ntuda Ebodé, enseignant à l'Université de Yaoundé II. 

En l'occurrence, ces prédictions se fondent sur les récentes performances électorales du « chairman » et son parti lors de la dernière présidentielle d'octobre 2004, 17,40% des voix contre 70, 92% pour son rival Paul Biya, et des législatives de juillet et septembre 2007, 16 sièges de députés à l'Assemblée nationale ( Parlement) sur un total de 180 dont 153 au seul Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). 

Ces derniers temps, les démissions de plusieurs de ses lieutenants sont venues rajouter à la fragilisation de l'appareil SDF et de son chef. Parmi les dissidents, l'ex-présidente de la Commission des stratégies Walla Edith Kahbang alias Kah Walla, petite femme de 45 ans qui à son tour s'est mise en course pour l'entrée au palais de l'Unité à Yaoundé.   Aux yeux des observateurs, Fru Ndi, 70 ans, a payé cher son boycott de la présidentielle d'octobre 1997 qui permit à Paul Biya de mieux repositionner sur la scène politique nationale, après avoir échappé à un séisme 5 ans plus tôt. A tort ou à raison, ses rencontres successives avec son adversaire depuis décembre 2010 ont été interprétées par bien des Camerounais comme ayant travesti sa ligne politique radicale. 

Pas moins que les 29 ans de pouvoir de Paul Biya, le scrutin annoncé sonne aussi l'heure du bilan de plus de 20 ans de l'opposition camerounaise, une opposition à l'observation donc liquéfiée, au sein de laquelle quelques figures, dans un aveu d'échec, ne s'encombrent pas de fioritures pour réclamer des comptes. 

« Il faut avouer que l'opposition a échoué. Nous avons échoué. Le président Biya est au pouvoir depuis 29 ans, nous n'avons pas pu le faire partir. Je pense qu'il faut d'abord que nous fassions notre introspection, pour que nous sachions pourquoi nous ne pouvons pas renverser les forces politiques dans ce pays pour faire le changement », a affirmé à Xinhua Victorin Hameni Bieleu de l'Union des forces démocratiques du Cameroun (UFDC).  Candidat malheureux en 2004 avec 0,31% des voix, Hameni Bieleu, encore en compétition, fustige l'incapacité à faire bloc. « Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas eu une candidature unique de l'opposition ?
Au cours de cette élection, il faudrait que le débat se mette aussi là-dessus. Je pense que les Camerounais ne peuvent pas avoir le bien-être qu'on leur promet, parce que nous, opposition, nous n'avons pas la bonne stratégie »

A l'en croire, cet échec vient surtout de ce que « beaucoup de gens ont vu d'abord leurs intérêts personnels avant les intérêts de notre pays ». Principalement au banc des accusés, Fru Ndi et le leader de l'Union démocratique du Cameroun (UDC), Adamou Ndam Njoya, qui revient aussi cette année avoir pris aux scrutins de 1992 et 2004, et boycotté celui de 1997.

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