12/09/2011 04:16:58
Comprendre la résistance
« L’indépendance est une notion forte, qui renvoie à un mouvement de rupture. » Laurent Gbagbo
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Le 51ème anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire a été une occasion pour le  Président Laurent Gbagbo d’adresser aux Ivoiriens un message authentifié par son porte-parole Mr. Bernard Houdin et qui arrive au moment où les Patriotes, Souverainistes, et membres de la Majorité Présidentielle se posent diverses questions sur les fondements, les dimensions, les objectifs, les moyens, les figures, et les symboles de la résistance. En quittant la Côte d’Ivoire le 30 Août 2011, Young Choi, le représentant du Secrétaire Général des Nations Unies a dit sur RFI avoir atteint ses objectifs. Mais, les évènements tragiques que le pays connaît depuis la fin de l’élection présidentielle de 2010 et surtout depuis le 11 avril 2011 soulèvent des interrogations sur la mission de Choi. Des réponses précises à ces questions se trouvent dans le message du Président Gbagbo qui est en fait une pensée politique dans laquelle les contradictions qui ont valu la guerre à la Cote d’Ivoire sont identifiées et analysées et dans laquelle un idéal de nation est proposé.

Une pensée politique est une réflexion sur les phénomènes politiques, une esquisse de leur compréhension et un débat sur leur sens. Une pensée politique indique l’ordre politique idéal normatif pour une société. Les plus grands discours politiques sont les œuvres de prisonniers ou d’exilés politiques (Machiavel, Hobbes, Nelson Mandela, Dennis Brutus, Ken Saro Wiwa, Ngugi, Winnie Mandela, etc.,) parce que c’est dans les crises, lorsque les fondements existentiels d’un peuple, d’une nation, ou d’un état sont menacés que les pensées naissent, souvent comme signe précurseur de révolution. Le message du Président Gbagbo n’échappe pas à cette règle. D’ailleurs, il dit lui-même que sa « réflexion est un exercice de prospection de nous-mêmes qui s’impose … surtout dans le contexte actuel de grands traumatismes causés à notre peuple, qui n’aspire qu’à vivre sa souveraineté en tant qu’acteur et sujet de l’humanité, et non pas comme simple objet ou simple spectateur de la construction de sa propre histoire. » 

Le message du 6 Août 2011 est la suite du message écrit le 4 décembre 2010, le jour où le Conseil Constitutionnel a proclamé et investi Laurent Gbagbo président de la République. A cette investiture, la bataille pour la souveraineté de la Cote d’Ivoire a commencé quand, avec une mine patibulaire, le Président Gbagbo a fustigé l’ingérence gravissime des forces étrangères dans le débat électoral national. Le message du 6 Août est aussi l’extension de la décision du Président Gbagbo de rester à la résidence présidentielle avec sa famille alors que la Licorne et l’ONU lâchaient leurs bombes assassines. Ce pour dire qu’une indépendance se conquiert même au prix de la mort. Dans cette décision diversement interprétée, se lit la posture d’un souverainiste, jaloux de sa personnalité ivoirienne, pour qui la mort n’est pas un obstacle à l’idéal de liberté d’un peuple résolu. C’est en fonction de cette posture que le Président Gbagbo dit : « il m’appartient à moi, et à moi seul, de rendre compte au peuple souverain de Côte d’Ivoire du mandat qu’il a bien voulu me confier depuis octobre 2000. »

L’acceptation de la souffrance et l’humiliation a confirmé le Président Gbagbo dans le cercle des figures des mouvements de libération comme Martin Luther King, Jr., Georges Washington, Ghandi, Nelson Mandela, Oliver Tambo, Soundjata Keita, Yaa Asantewa, etc.

C’est vrai qu’il faut vivre pour conduire ou participer à une révolution. Mais avoir peur de la mort est nuisible à la lutte d’émancipation. C’est à cause de la peur de la mort que les Mobutu, les Compaoré, et les Mamadou Koulibaly sont plus nombreux que les Lumumba, les Sankara, et les Gbagbo. Mais, même en minorité les Gbagbo réclament la vérité des urnes, rejettent la dictée de l’occident-éternel-colonisateur, dénudent les insuffisances de la CEDEAO et de l’Union Africaine, la traitrise de l’ONU, et l’hégémonie de l’OTAN sur l’Afrique, et re/donnent espoir à la  Renaissance de l’Afrique. Si les Gbagbo et les Rawlings n’existaient pas alors il aurait fallu les créer ou simplement servir de marches-pieds volontairement à Sarkozy, Obama et Cameron.

Le vrai enjeu pour la Côte d’Ivoire selon le Président Gbagbo, c’est l’aspiration du peuple ivoirien à « vivre sa souveraineté en tant qu’acteur et sujet de l’humanité, et non pas comme simple objet ou simple spectateur de la construction de sa propre histoire. » Ce verdict contient les fondements et les objectifs de la RESISTANCE permanente : l’indépendance, l’affirmation de soi, l’agence, et l’humanisation du peuple ivoirien. S’engager à jouer sa partition au théâtre des civilisations humaines dénote l’existence des puissances nucléaires qui s’arrogent le privilège de faire l’Histoire et de faire les autres par cette Histoire. Puisque Nicolas Sarkozy disait à Dakar en 2007 que l’Afrique n’était pas suffisamment entrée dans l’histoire, les bombes et les missiles que l‘OTAN largue sur la Cote d’Ivoire et la Libye sont les rites de passage à la civilisation. Accepter cette nouvelle doctrine de l’OTAN signifie rejeter la rupture, c’est à dire refuser la responsabilité et accepter l’infantilisation. Gbagbo refuse de refuser la responsabilité sinon il validerait l’idée hégélienne que les africains ne peuvent pas se prendre en charge. Malheureusement, Ouattara, Bédié, les rebelles, et leurs suppôts veulent forcer la Cote d’Ivoire à se déculotter alors qu’elle est déjà sans culottes selon Bernard Dadié.

Dans son message, le Président Gbagbo définit la résistance hors du cadre du Front Populaire Ivoirien (FPI) et de la Majorité Présidentielle (LMP), c’est-à-dire hors de la course à l’électorat contre le PDCI et le RDR. Les élections sont terminées, mais les résultats continuent de fuir parce que les dieux cachés ont décidé que l’Abidjanaise ne vaut pas la Marseillaise française ou la Star-Spangled Banner américaine.

Voici Gbagbo veut voir la Côte d’Ivoire cotée à la bourse de l’humanité, voilà Bédié ne voit que la Refondation et les Refondateurs qu’il accuse piteusement d’avoir mené à la Cote d’Ivoire au désastre. Manque de hauteur pas surprenante pour un homme d’état qui a manqué les rendez-vous du multipartisme, de la démocratie, et de la souveraineté. Voici Gbagbo qui de son lieu de détention transcende les intrigues domestiques et pense que les liens (néo) coloniaux sont les vrais facteurs de l’amaigrissement des Eléphants; voilà Bédié et son petit frère d’un jour, Ouattara, qui se convainquent que les Accords sexagénaires de coopération avec la France sont le seul gage de développement. Pourtant, 50 ans sont passés et les indices de développement sont loin des objectifs du millénaire. Les colloques organisés en 2010 à l’occasion des cinquantenaires des indépendances de 17 pays africaines ont montré que l’Afrique ne s’est pas encore affranchie du système colonial. De toutes les façons Mitterrand l’a dit à la Baule en 1990 : « le colonialisme n’est pas mort. » Il ne s’agit pas donc dans cette résistance d’une lutte des classes mais d’une révolution nationale et démocratique et de la recherche de l’égalité et du respect des autres malgré le voile noir qui enveloppe nos corps.

Dans la philosophie sociale et politique de Gbagbo, l’égalité des peuples et le respect des autres sont les conditions indiscutables et inchangeables pour une société de bonheur des Ivoiriens. Leur quête repose sur : la sacralisation de la constitution, la rupture des Accords de Défense avec la France, la construction d’une armée forte, la fermeture du 43ème BIMA, la réduction de la dette et l’autosatisfaction budgétaire, l’auto-centrisme, le contrôle et la gestion des richesses naturelles et agricoles, la conscientisation du peuple, le patriotisme, la formation de la nation, et le règlement pacifique de crises domestiques par les Africains. La recherche de l’égalité et du respect repose aussi sur la volonté de notre génération de ne pas se « dérober à ses devoirs de solidarité et à ne pas rester ‘définitivement débitrice de celles qui la suivent, pour ne pas dire de l’humanité toute entière. »

L’appel ressemble bien à celui que Frantz Fanon, l’auteur des Damnés de la terre, a lancé aux révolutionnaires algériens : « chaque génération devrait identifier le combat qui s’impose à elle et le mener ou le trahir. »
Enfin, le message du Président Gbagbo célèbre l’importance du binôme pensée - action. La cohésion entre esprit et œuvre, idée et action, pensée et acte, attitude et comportement est l’arme qui assure à l’homme le respect d’autrui. Le déphasage entre ces deux notions garantit l’échec de la lutte de libération. Depuis le 11 avril 2011, les acteurs de la Renaissance africaine, comme Mbeki, Jammeh, Kaddaffi, Rawlings, saluent le Président Gbagbo parce qu’il a donné un nouveau corps à la lutte anticoloniale. Si être souverain est un état, c’est la résistance qui accomplit cet état.

Pour le CADDS.USA
Eric Edi, PhD.

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