13/09/2011 03:20:02
Présidentielle 2011: Un coup d'Etat constitutionnel
Le décor est planté, la scène paraît calme mais des signes de grogne et de conflits sont d’ores et déjà perceptibles...
Le Messager
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Par décret n°2011/277du 30 août 2011, la communauté nationale et internationale ont été informées de la convocation du corps électoral.  Les Camerounais savent donc que l’élection présidentielle aura lieu le 09 octobre prochain.

Le 4 septembre, d’après la loi, a été le dernier jour pour le dépôt des candidatures des prétendants au Palais d’Etoudi. Selon la Direction Générale des Elections, 52 candidatures ont été enregistrées, soit cinq dossiers de plus qu’en 2004 où 16 candidats avaient pris le départ Des congrès des partis s’organisent ici et là, le plus récent est celui de l’Union nationale pour la Démocratie et le Progrès  (Undp) de Bouba Bello Maïgari qui a signé un accord avec le RDPC et va soutenir le candidat de ce parti  à l’élection 2011, et le prochain  congrès celui du Rdpc prévu les 15 et 16 septembre prochains.

Le décor est planté, la scène paraît calme mais des signes de grogne et de conflits sont d’ores et déjà perceptibles.

Sur la date limite de dépôt des candidatures : un candidat à la présidentielle, Me Jean de Dieu Momo, avocat au barreau du Cameroun affirme qu’Elecam vient de violer la loi. Il relève en effet que le dimanche 4 septembre 2011, date fixée par Elecam comme délai « incompressible » pour le dépôt des candidatures viole l’article 605 du code de procédure civile qui dispose dans son alinéa 2 que, « lorsque le dernier jour d’un délai quelconque de procédure est un jour férié, le délai sera prorogé jusqu’au lendemain ». L’homme de droit voit dans cette violation les tout premiers éléments d’un contentieux électoral.

Sur le rôle et le fonctionnement des partis politiques en cette période électorale, les candidats dans leur majorité n’ont pas trouvé «nécessaire» d’être investis par leurs différents partis, en même temps que les divergences et polémiques avant les congrès entretiennent une véritable cacophonie au sein des états-majors, donnant l’impression que les congrès ne servent à rien. Pour certains partis, les congrès ont purement et simplement été interdits par les autorités administratives camerounaises sous le prétexte que les organisateurs n’avaient ni légitimité ni légalité. C’est le cas du congrès de l’Upc à Douala où les forces de l’ordre ont encerclé et violentés les congressistes réunis dans leur siège.

Sur la liberté d’expression, le Cameroun est sous le coup d’une véritable loi martiale.

Les manifestations publiques demeurent interdites sur l’entendue de certaines circonscriptions administratives, comme l’atteste la lettre préfectorale n° 0000119/L/J06.03/Sp du 8 novembre 2010 du préfet du département du Mfoundi qui interdit toutes « manifestations publiques à caractère vindicatif et revendicatif » jusqu’à nouvel avis. L'Assemblée Nationale siégeant en session extraordinaire en Avril 2011 a donné les pleins pouvoirs au Président de la République pour restreindre les libertés publiques et empêcher l’utilisation de réseaux sociaux tel twitter et l’écoute des appels téléphoniques par ordonnance.

Les initiatives de la société civile visant à sensibiliser les citoyens à aller au vote sont sous haute surveillance, comme en témoignent les désagréments essuyés au mois d’Août par Transparency International Cameroon, sommé de retirer ses banderoles. Le tout appuyé par un message du Minatd demandant à toutes les autorités administratives de débarrasser leurs territoires des produits de TI.

Les manifestations des anciens employés des sociétés d’état sont toujours encerclées par les forces de l’ordre à quelques mètres des manifestations gouvernementales pour les empêcher de revendiquer leurs droits de retraités. Cette militarisation couplée de la répression autour des manifestations des acteurs sociaux et politiques constitue une violation de la liberté de manifester pacifiquement et des libertés tout court.

Sur l’organe chargé des élections, Election Cameroon (Elecam), il a été vidé de sa substance au moment même où des représentants de la société civile y sont conviés. La Direction Générale des élections est le vrai maître du processus en lieu et place du Conseil,  le Minatd jouant parfaitement le rôle de gardien de la porte d’entrée. Dans de telles conditions, il est évident que cette élection ne sera pas libre, pas transparente et pas juste.

S’agissant du niveau des préparatifs par Elecam, le journal Le Messager dans sa livraison du 6 septembre 2011, rapporte les propos du DG de Elecam pour qui « Elecam n’est pas prêt : le fichier et le matériel électoraux nous préoccupent ». Raison pour laquelle Dc s’inquiète de l’utilisation d’un fichier électoral comportant près de 500 000 doublons, des  noms de personnes décédées et de mineurs en vue des manœuvres de bourrage des urnes.
Sur l’inéligibilité de l’actuel chef d’Etat, le débat  autour des dispositions de la Constitution de 2008 qui a tant fait couler d’encre a été balayé d’un revers de la main sans commentaires ni explications, par l’annonce du dépôt de la candidature de Paul Biya par le Secrétaire Général du Rdpc le dimanche 4 septembre 2011, un jour férié.
Sur la campagne électorale : selon les dispositions de la loi,  elle n’est pas encore lancée,  mais les marches de soutien  au Président Paul Biya coupent la capitale politique en deux depuis le début de la semaine, tandis que la même liberté ne peut être tolérée des autres formations politiques dont le silence et la passivité laissent songeurs.

Le Cameroun en est au  degré zéro de la Gouvernance  ; les 40 jours précédant les élections sont ainsi chargées de menaces. Des conflits sont à craindre, le Fmi parle même de crise sociale. RFI du 1er septembre rapporte que, selon le Fmi, qui a publié jeudi 1 septembre 2011, un rapport sur la situation économique du pays, le contexte est si dégradé qu'il pourrait donner lieu à des troubles sociaux notamment à cause de la persistance de la pauvreté et du chômage. Et les prochaines élections, dès le mois d'octobre 2011, pourraient être une période délicate.

C’est dans cette atmosphère  tendue que de surcroît, arrivent les révélations de Wikileaks qui rapportent les propos des Ministres de la justice et de l’administration territoriale,  Amadou Ali et Marafat Hamidou Yaya, le premier sonnant la dérive tribaliste des élections et le second jetant le discrédit tant sur Elecam que sur l’opération Epervier, instrument clé de lutte contre les détournements des deniers publics.

Une transition démocratique négociée

Il convient de prendre très au sérieux le risque de dérapage au cours de cette période électorale ainsi que l’absence de toute  solution de compromis à laquelle les Camerounais pourraient parvenir à l’issue de ces élections. En effet,  la béance des blessures ouvertes sur toute la vie sociale et politique rend peu probable  une acceptation apaisée des résultats quels qu’ils soient. Reste alors une solution, une transition  négociée entre les différentes composantes de la société, un des candidats à la présidence, sollicitant  même  un « mandat de transition de 5 ans ».

Quant au Sdf, « principal » parti d’opposition au Cameroun, il  réclame dans un communiqué de presse rendu public le 5 septembre 2011 la démission du garde des sceaux et  « prévient que le maintien en poste de Amadou Ali créera et exacerbera de fortes tensions politiques et sociales incontrôlables qui déstabiliseront à coup sûr les élections présidentielles prochaines et le pays tout entier ».

Le Comité Citoyen pour une Transition Démocratique et Paisible au Cameroun  (Cctdp), espace de dialogue et de concertation initié par « Dynamique citoyenne », réseau de suivi indépendant des politiques publiques et des stratégies de coopération, en partenariat avec d’autres acteurs des milieux associatifs, scientifiques et d’affaires,  appelle toutes les bonnes volontés à se mettre ensemble pour élaborer des propositions en vue de l’instauration d’une gouvernance transparente pendant  la  transition et au-delà.

Nous rappelons notre vision de la transition : une transition sans esprit de vengeance, sans violence ni effusion de sang, mais avec le sens de la responsabilité et l’obligation pour tous et pour chacun, de rendre compte de sa gestion des affaires publiques.

Fait à Yaoundé le 09 Septembre 2011
Le Comité Citoyen pour une Transition Démocratique et Pacifique

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