17/09/2011 15:18:52
Sous la férule du complexe colonial
Attention ! nos noms disparaissent petit à petit. Ceux que nous devons à nos parents et aïeux. Comme si les prénoms chrétiens que nous imposent les églises ne suffisent pas, nos petits enfants et même nos enfants portent de plus en plus des noms à travers lesquels on ne les reconnaît plus. Mondialisation oblige, semble-t-il.
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Attention ! nos noms disparaissent petit à petit. Ceux que nous devons à nos parents et aïeux. Comme si les prénoms chrétiens que nous imposent les églises ne suffisent pas, nos petits enfants et même nos enfants portent de plus en plus des noms à travers lesquels on ne les reconnaît plus. Mondialisation oblige, semble-t-il.

Seulement, au-delà de la Méditerranée et de l’Atlantique, on ne change point de nom pour s’européaniser, s’américaniser ou s’africaniser. Ils nous envient pourtant notre soleil de toutes les saisons, les Européens et les Américains. Mais pas vraiment nos noms de bushmen comme disait l’instituteur allemand Kristaler.

Nos enfants et petits enfants sont des Giscard, Alexandre, Murielle, Giovani, Valgadine...Nous sommes plus fiers de leur coller les noms des personnages de ces séries occidentales faites de tromperies de meurtres, de vandalisme, de vole, de viol et de tous les vices que les familles se disputent le soir sur les différentes chaînes de télévision




J’ai appris par un de ceux qui m’ont élevé que, quand ce petit colon demandait à un petit Camerounais comment s’appelait celui-ci, il attendait qu’on lui dise Mboulè, Semè, Ntoh et qui sais-je encore ? Comme les prénoms chrétiens étaient déjà dans les mœurs depuis le baptême d’Andreas en Allemagne Mbanguè et l’arrivée des pères Pallotins chez nous, voire avant avec celle des missionnaires jamaïcains, les petits nègres, nos arrières-arrières-arrières grands-parents étaient déjà atteints de la manie de lui donner que leurs prénoms, de peur de l’embarrasser avec des noms indigènes qu’il aurait du mal à prononcer et, surtout à retenir. Mais ce sont ces noms indigènes justement que le bon petit colon allemand cherchait à connaître. Et lui d’insister : « ton nom de bushman » (nom d’indigène, de broussard) en d’autres termes.

Effectivement, c’est le nom qui nous caractérise le mieux, renseigne parfois sur nos origines, notre village, notre famille. Il semble même que les noms que nous donnons à notre descendance peuvent façonner la personnalité des uns et des autres. C’est dire l’importance du nom à donner à nos enfants. De nos jours, certains parents trouvent indécent, réducteur d’attribuer des noms locaux à leurs enfants. Ils préfèrent leur coller une suite de prénoms venus d’on ne sait quelle nouvelle planète. Soit parce que ce sont des noms d’artistes ou d’animateurs de télévision qui crèvent l’écran.

Chapeau à ceux des nôtres qui n’ont pas besoin de se dépersonnaliser pour devenir célèbres. Je pense à Alain Belibi, Michel Njock Abanda, Paul Mahel, Fénélon Mahop, Polycarpe Essomba, Carole Yemelong, Jean Jacques Zé et bien d’autres aux talents éprouvés et qui, comme leurs illustres prédécesseurs à l’instar de Jean-Vincent Tchienehom, Vincent Ndoumbè et autres restés d’authentiques Camerounais.

Ainsi, après les sombres années de la traite négrière qui a contribué à faire la splendeur de l’occident en dépouillant l’Afrique de ses enfants, la néo-colonisation use d’une subtilité non moins violente pour faire des Africains ce que sont les Antillais : des cafés au lait culturel.

Le petit Kunta Kinte arrêté dans une forêt africaine puis vendu aux Etat-Unis, a tout fait pour refuser le nom Tobi à lui collé par ses maîtres pour conserver celui qu’il a reçu de son père. Nous mêmes et nos enfants, avons de plus en plus honte de porter nos noms pour nous fabriquer au besoin des appellations qui, dit-on, passeraient mieux dans nos télévisions du « tout venant ».

Nous sommes déjà des Jacques, Alice, Georges, Adéline, Camille etc, c’est-à-dire plus connus par nos prénoms chrétiens que par nos noms de « bushmen ». Nos enfants et petits enfants sont des Giscard, Alexandre, Murielle, Giovani, Valgadine...Nous sommes plus fiers de leur coller les noms des personnages de ces séries occidentales faites de tromperies de meurtres, de vandalisme, de vole, de viol et de tous les vices que les familles se disputent le soir sur les différentes chaînes de télévision.

Au nom de la mondialisation, nous consommons jusqu’à la lie ce qui vient des autres et qui nous démolit culturellement en tançant nos propres valeurs non moins édifiantes. A vu d’œil, nous dépérissons sur tous les plans parce que nous rejetons nos origines pour emprunter celles des autres. Au contraire des Asiatiques qui traitent sur le même pied avec les Occidentaux. Ne parlons pas de la Chine et du Japon. Quel pays occidental peut aller en Corée, en Inde, au Viêt-Nam ou en Thaïlande perpétrer des exactions de son bon vouloir ? Aucun !

Parce que ces pays-là se sont émancipés de haute lutte de la tutelle des colons occidentaux. Avec ou sans ces derniers, les Asiatiques avancent et, à leur tour, nous viennent en « aide » en échange de nos richesses. Au nom de la coopération. Mais laquelle ? Celle du cavalier et de la monture.

Jacques Doo Bell

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE