22/07/2009 15:13:01
Barack Obama confronté aux premières critiques
Barack Obama reste populaire, mais le soutien à sa politique a diminué et les résultats se font attendre. Six mois après l'entrée en fonctions du président, les sondages montrent que l'euphorie des cent premiers jours a fait place aux critiques. Certains disent que Barack Obama va "trop vite" ou qu'il s'est attaqué à "trop de réformes" en même temps. Que ce soit sur la scène intérieure ou internationale, le président américain n'a pas réussi pour l'instant à dépasser les résistances et imposer son agenda.
Le Monde
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                                                                            REUTERS/JASON REED - Barack Obama, le 21 juillet 2009 à Washington.

Selon un sondage Washington Post - ABC News, 59 % des Américains continuent d'approuver la manière dont le président conduit son action. Un chiffre que beaucoup d'autres trouveraient confortable, mais qui est en baisse de 6 points en un mois. Plus d'un Américain sur deux (56 %) continue à avoir confiance dans le programme économique de M. Obama. Mais la baisse est notable : ils étaient 72 % en janvier.

L'automne sera déterminant, prédit James Carville, l'ancien conseiller de Bill Clinton. "On est dans la deuxième mi-temps, il a un point de retard mais il a gardé son meilleur joueur en réserve", résume-t-il.

Les Américains sont déçus par les résultats du plan de relance de 787 milliards de dollars (554,2 milliards d'euros) adopté dans l'urgence en février, mais qui n'a pas permis jusqu'à présent d'enrayer la hausse du chômage (10,1 % à la fin de l'année selon les prévisions de la Maison Blanche). Ils s'inquiètent de l'ampleur des dépenses publiques. Seuls 43 % approuvent la manière dont M. Obama gère le déficit budgétaire (moins 5 points en un mois) tandis que 61 % désapprouvent l'idée d'un nouveau plan de relance. C'est surtout le soutien des indépendants qui s'est dérobé. L'électorat américain a porté les démocrates au pouvoir mais il reste traditionnellement hostile à l'intervention de l'Etat.

L'évolution de l'opinion a forcé le président à programmer une demi-douzaine d'interviews et déplacements, ainsi qu'une conférence de presse en prime time, mercredi 22 juillet, pour rappeler, selon son directeur de cabinet, Rahm Emanuel, "tout ce qu'il a accompli en six mois".

La réforme du système d'assurance médicale. Barack Obama a mis en demeure chacune des chambres du Congrès d'adopter un plan avant les vacances parlementaires du 7 août. Les républicains cherchent, eux, à rééditer leur performance de 1992, lorsqu'ils avaient fait échouer la réforme du président Bill Clinton. L'enjeu dépasse le seul projet de loi. "Si nous arrivons à arrêter Obama là-dessus, cela sera son Waterloo. Il sera cassé", a déclaré le sénateur de Caroline du Sud Jim DeMint à une coalition antiréforme. Pour M. Obama, il en va de son "aptitude à gouverner", comme le disait il y a quelques semaines son conseiller David Axelrod. L'industrie pharmaceutique, les hôpitaux privés et les compagnies d'assurances, opposés à une couverture généralisée, ont déversé des millions de dollars aux lobbyistes pour bloquer le projet.

Le réchauffement climatique. Barack Obama a remporté une victoire non négligeable en faisant voter fin juin le projet de loi à la Chambre. Mais les sénateurs ne veulent pas entendre parler de limitation des émissions tant que les pays en développement ne s'engagent pas aussi. L'administration tente de convaincre ces pays. Steven Chu, le ministre de l'énergie, était en Chine. Hillary Clinton se trouve en Inde. Malgré ses efforts, la secrétaire d'Etat a essuyé une rebuffade. "L'Inde n'est pas en position de prendre des engagements contraignants", a expliqué le ministre de l'environnement.

Le Proche-Orient. Alors que le négociateur George Mitchell repart en tournée, la diplomatie Obama bute sur le refus de Benyamin Nétanyahou de geler les colonies. Le 27 juillet, c'est Robert Gates, le secrétaire à la défense, qui est envoyé en mission à Tel Aviv. Les spécialistes se demandent pourquoi Obama s'est focalisé sur ce gel, un sujet difficile pour tout gouvernement israélien. Le président américain n'a pas non plus obtenu de geste de l'Arabie saoudite lors de sa visite à Riyad début juin. Les Saoudiens considèrent qu'il devrait vite présenter un plan de paix, plutôt que de réclamer des gestes de chaque côté. Les pays arabes, présentés comme susceptibles d'offrir des concessions simultanées à Israël, ne bougent pas.

L'Iran. Téhéran n'a pas répondu à la main tendue de M. Obama, alors que la Maison Blanche n'a pas fermé la porte malgré la crise ouverte par la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. Les "diplomates" iraniens détenus en Irak depuis janvier 2007 ont été libérés. La visite de M. Obama en Russie le 6 juillet n'a pas donné lieu à des engagements précis de Moscou sur des sanctions, affirme la presse, mais les Russes auraient donné leur accord sur la démarche : si les Iraniens n'ont pas fait de geste, les pays du G8 étudieront, lors du prochain grand rendez-vous diplomatique, le 24 septembre à Pittsburgh, le renvoi du dossier aux Nations unies pour un renforcement des sanctions.

M. Obama peut néanmoins se prévaloir d'avoir réussi à imposer sa volonté au Sénat, mardi 21 juillet, avec l'annulation de crédits pour l'achat d'avions de combat F22, un avion peu adapté auxconflits actuels. Le président avait menacé d'y opposer son veto, mais les élus des régions de production jugeaient plus important de sauvegarder l'emploi que de faire des économies. "C'est une grande victoire pour le contribuable", a réagi le républicain John McCain. Et une victoire précieuse pour le président Obama.

Corine Lesnes

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