18/09/2011 15:27:31
Bienvenue en Popolie le pays dirigé par un fantôme
S’il existe un seul pays au monde dirigé par un fantôme, c’est bien le Cameroun...
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Lors  du 17e sommet de l'Union africaine tenu du 30 juin au 1er juillet 2011, un dirigeant africain a ironisé sur la présence de Paul Biya à ce sommet, en affirmant ’’On le croyait déjà décédé’’.En effet, Biya n’avait plus assisté à une telle réunion depuis 1996, date à laquelle ce rendez-vous s’était tenu au Cameroun. S’il existe un seul pays au monde dirigé par un fantôme, c’est bien le Cameroun.

Le fantomatique roi fainéant

Au Cameroun, le président passe en moyenne 125 jours par an à l’étranger ; le plus souvent dans sa résidence privée en Suisse ou à l’hôtel intercontinental dans le même pays. Ceci a amené ses compatriotes à le surnommer  ‘’le vacancier’’,’’le roi fainéant’’.Lors de ses courts séjours privés au Cameroun, il prend en moyenne trois mois par an, pour se reposer dans son village à Mvomeka’a. Biya a par exemple passé près de cinq semaines d’affilée à Mvomeka’a entre mai et juin 2011.

Il préside en moyenne un seul conseil des ministres par an et souvent moins. Ce qui fait en sorte qu’il ne se souvient plus lui-même des noms et des visages des ministres qu’il a pourtant lui-même nommés. Certains de ses ministres ne le rencontrent jamais. Le 3 Juillet 2011, cela faisait 2 ans exactement qu’il n’avait pas présidé un conseil ministériel. Le dernier conseil des ministres s’était tenu le 3 juillet 2009 après le remaniement du 30 juin 2009.Tandis que sous d’autres cieux, les conseils des ministres se tiennent toutes les semaines. Même ses plus proches collaborateurs ne connaissent pas son emploi du temps. Ils ne savent pas où se trouve généralement le président.

Le 4 juin 2004, une rumeur au Cameroun annonçait le décès du président en Suisse. Pendant près de 48 heures, aucune autorité n’avait infirmé ou confirmé cette information. Craignant une succession chaotique  ses ministres  étaient plutôt préoccupés à organiser le départ de leur famille à l’étranger.

Fin juillet 2010, lors d’une conférence de presse télévisée, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary était incapable de répondre aux questions des journalistes qui souhaitaient savoir où se trouvait le président. Selon Tchiroma  « Le président est au travail. Il est quelque part de par le monde en train de défendre les couleurs de la nation, en train de faire en sorte que prospère cette nation. Partout où il est, à chaque instant, le chef de l’État est au travail. »

Il est quasiment invisible pour ses concitoyens. Il se montre rarement en public: en général, les Camerounais le voient au défilé militaire qui marque la journée du 20 mai, on peut aussi l’apercevoir quelques fois faire des bains de foule à l’approche des élections.

Les Camerounais peuvent l’entendre chaque année à trois reprises: lors de ses discours traditionnels, prononcés à la fin de l’année, au moment de la « fête de la jeunesse » du 11 février, et lors de l’anniversaire de son arrivée au pouvoir, le 6 novembre. Les conférences de presse qu’il a tenues et les interviews qu’il a accordés, en près de trente années de présidence, se comptent sur les doigts d’une main. Il n’a jamais participé à un débat contradictoire avec des membres de l’opposition. Paraît il, il ne supporte pas la contradiction. Il préfère dicter ses décisions. Ses nominations se font à la tête chercheuse. Début 2011, un décret présidentiel a ainsi nommé un mort comme sous-préfet dans le département du Nkam: l’homme était décédé en mai 2010.Les documents et les décrets attendent souvent plus d’un an  sur sa table avant d’être signés.

L’étranger

Il parle généralement de son pays dans ses discours comme s’il était un analyste étranger en vacances au Cameroun. Il reste souvent parfois jusqu’à 44 jours d’affilée à l’extérieur du Cameroun, la limite légale prévue par la Constitution avant une constatation de vacance du pouvoir. Et lorsqu’il revient c’est pour préparer un autre voyage. Lors de ses déplacements pour l’aéroport, un dispositif impressionnant est toujours déployé. Les activités économiques cessent parce que  les commerces ont reçu l’ordre de fermer leurs portes, les particuliers leurs fenêtres, et les routes d’une partie du centre ville sont bloquées pour laisser la voie libre au président, créant d’immenses embouteillages et handicapant tout le fonctionnement de la capitale pendant plusieurs heures. Dans un câble révélé par Wikileaks, l’ambassadrice des USA au Cameroun, constate avec étonnement que Biya est plus intéressé par l’actualité française que par l’actualité camerounaise. Ce dernier n’est même pas au courant des activités de son épouse.


Ils aiment beaucoup les ‘’blancs’’. En 2008, il s’est montré plein de sollicitude à l’endroit de la France et de sept de ses ressortissants retenus prisonniers pendant dix jours dans la péninsule de Bakassi : filmé par les caméras de la CRTV, il est allé jusqu’à recevoir au Palais présidentiel les ex-otages quelques heures après leur libération. Et pourtant quelques mois plus tôt 21 soldats camerounais étaient tués à Bakassi et leurs familles ne furent pas reçues par le président. Même en cas de grave et soudaine catastrophe, Biya ne se rend pas généralement  auprès des familles des victimes .Les cas de l’éruption de gaz toxiques du lac Nyos (nord-ouest), qui avait tué 1746 personnes et le crash en mai 2007 près de Douala, d’un avion de Kenya Airways quelques secondes après son décollage en sont les exemples flagrant. Et pourtant lorsqu’un ‘’Blanc’’ est assassiné au Cameroun, c’est le président lui-même qui donne l’ordre d’élucider l’assassinat dans les plus brefs délais.

La diplomatie de la chaise vide

Il est un adepte de la diplomatie de la chaise vide, il est presque toujours absent à tous les sommets de l’union africaine, mais présent lors des invitations de Sarkozy à L’Elysée.  C’est de manière très exceptionnelle qu’il a été présent au sommet annuel des chefs d’État de l’Union africaine qui s’est ténu du 30 juin au 1er juillet en Guinée équatoriale (révolution arabe et pressions internationales). Il n’avait pas assisté à une telle réunion depuis 1996, date à laquelle ce rendez-vous s’était tenu au Cameroun. Il n’avait même pas daigné participer à celui de 1997 à Harare, où il aurait pourtant dû passer le relais de la présidence de l’organisation, qu’il venait d’assurer pendant un an. Il est rarement aux côtés de ses pairs africains, lorsque d’importantes décisions touchant la marche du continent sont prises. Mais dévient panafricanisme de circonstance, lorsqu’il sent son pouvoir menacé. Malgré ses absences répétées aux réunions africaines, son parti le RDPC a encore le courage de le présenter comme étant un ‘’grand panafricaniste convaincu’’.  Certains de ses homologues africains avouent même ne l’avoir jamais rencontré physiquement. Pour eux c’est un ‘’fantôme’’.

Nous avons constaté dans les lignes précédentes que Biya préfère vivre à l’extérieur du Cameroun, il  préfère les’’ blancs’’ au Camerounais, il est plus intéressé par l’actualité française que par l’actualité camerounaise, il est coupé de son peuple et de ses réalités quotidiennes, il ne tient pas de conférences de presse pour répondre aux questions des journalistes sur les grands faits d’actualité, Il n’a jamais participé à un débat contradictoire pour justifier la multitude des mandats qu’il a brigués, pour exposer et défendre ses projets, il ne tient pas de conseil des ministres, Ses plus proches collaborateurs le rencontrent rarement et ne connaissent pas son emploi du temps, Ils n’assistent pas  aux réunions africaines, Il se déplace rarement à l’intérieur du pays, il nomme des morts.

On est tenté de croire qu’il se comporte comme un vacancier à la retraite en visite au Cameroun. Il a peut être décidé de mourir au pouvoir. Au regard de tout ceci, on se demande comment est ce qu’il procède pour se maintenir au pouvoir. Lorsque Biya quittera le pouvoir (mort ou vif), les Camerounais eux-mêmes auront beaucoup du mal à expliquer au monde et aux  générations futures comment est ce qu’un individu aussi incompétent, absent, paresseux, fatigué, inerte, fantomatique  a pu se maintenir aussi longtemps au pouvoir sans être déboulonné par son peuple ou par l’armée.

Et pourtant les Camerounais ont toujours été un peuple avant-gardiste dans les luttes continentales, c’est l’un des seuls peuples en Afrique à avoir combattu pour obtenir son indépendance. C’est aussi un peuple très engagé dans les luttes  panafricaines. Il n’ya qu’à voir leur engagement, et leur appropriation de  la récente crise ivoirienne. Le Cameroun est le seul pays au monde dans lequel des Hommes politiques, des ‘’ mototaximans’’... ont organisé des mouvements de protestations pour dénoncer  l’intervention de la France en Côte d’ivoire. Mais comment expliquer qu’ils trouvent la force et la détermination pour s’engager pour des pays frères, mais demeurent insensibles et inactifs face à leur propre sort ?

Décidément, le Cameroun c’est le Cameroun et les Camerounais ce sont les Camerounais.
Ceux qui pensent que pour diriger un pays il faut  être un Homme exceptionnel, hyperactif, visionnaire, charismatique, nationaliste, panafricaniste, proche du peuple et de ses réalités…peuvent s’en mordre les doigts ; Au Cameroun, un fantôme dirige le pays depuis bientôt 30ans.


Notes de Lecture
Le Biyaïsme. Le Cameroun au piège de la médiocrité politique, de la libido accumulative et de la (dé)civilisation des mœurs,  Thierry Amougou, l'Harmattan

Au Cameroun de Paul Biya Fanny Pigeaud, Khartala ,266 pages 2011

Wake up Africa!
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wakeupafrica1@yahoo.fr

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