19/09/2011 03:35:51
Coulisses. Le revers du militantisme du ventre
Dans un contexte où le folklore a pratiquement damé le pion au militantisme pur, on comprend, au regard de ce genre de situation, qu’il est difficile à ce jour au Cameroun de faire une différence entre un vrai militant et un opportuniste politique.
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« Dieu vous voit et un jour vous allez passer à la potence. Attendez seulement. On vous donne des pagnes, de la nourriture, du vin et de l’argent au comité central pour distribuer aux pauvres militants que nous sommes, mais vous vous en remplissez les poches. Voilà deux jours que nous avons passés ici sous un soleil caniculaire sans nourriture, sans eaux. Lorsque nous vous demandons nos per diem, vous ne trouvez rien d’autre que de nous dire qu’il n’y a rien pour nous. Avec ça vous attendez que nous continuons de soutenir le Rdpc ? Vous rêvez. Ce n’est pas Paul Biya que nous mangeons », vociféraient vendredi soir des militants des sous sections Ofrdpc de Yaoundé 4, Yaoundé 7 et du Nyong et Mfoumou, de retour du Palais des Congrès.

En fait, non contents du traitement dont ils ont été victimes pendant les deux jours qu’a duré le 3ème congrès ordinaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), ceux-ci ne sont pas passés par quatre chemins pour exprimer leur ras-le-bol à qui voulait l’entendre. Ils accusent entre autres, leurs présidents de section d’avoir fait main basse sur leurs jetons de présence.  Conséquence : les plus courroucés parmi ces militants ont abandonné des plateaux de riz blanc et la bière à pression après les festivités du congrès du parti. D’autres encore menaçaient de ne pas voter pour Paul Biya lors des prochaines élections présidentielles du 09 octobre prochain au cas où rien n’était fait pour leur redonner le sourire dans les prochains jours.

Dans un contexte où le folklore a pratiquement damé le pion au militantisme pur, on comprend, au regard de ce genre de situation, qu’il est difficile à ce jour au Cameroun de faire une différence entre un vrai militant et un opportuniste politique. Du petit vendeur à la sauvette aux ministres en passant par les médecins, professeurs d’universités et autres, la pratique de la politique du « ventre » est devenue presque formelle dans la société camerounaise. Tentative du pouvoir en place pour voiler les yeux de la conscience collective ?

Des milliards pour vanter la superpuissance du Rdpc

Grosse mobilisation, grand déploiement de ministres, directeurs généraux, fonctionnaires et militants du parti des flammes, dispositif sécuritaire des grands événements… Le Rdpc connu pour ses dépenses somptueuses et ses démonstrations de force, n’a pas lésiné sur les moyens pour l’organisation de ce 3ème congrès à l’issue duquel on n’a rien retenu de nouveau. Même si la grande messe de la semaine dernière a connu un « succès retentissant », on est en droit de s’interroger sur l’origine de ces fonds. En fait, aucun chiffre n’a été révélé concernant le budget.

«Une chose est sûre, il est costaud et va chercher dans l'ordre des milliards pour accueillir toutes les délégations représentées». Comme le déclarait, un jour avant, un membre du comité d'organisation. On parlait sous cape de 6 milliards qui « ont servi à la restauration, à l'hébergement, aux aménagements divers du site, à la confection des différents supports de travail, aux frais de transports de délégations attendues ». On se rappelle que lors des dernières assises du genre, le parti ne comptait que 64 sections et les dépenses étaient chiffrées à près de 4 milliards pour trois jours. Et dire que tout ce pactole aurait bien pu servir par exemple à la relance de l’éducation dans les régions enclavées du Cameroun.

Mon frère est en haut … ma vie va changer

L’image n’a vraiment pas surpris. C’est d’ailleurs mal connaître les nombreux avantages que procure un poste au sein du comité central du Rdpc que de s’attendre à des réactions différentes de celles qu’on a vécu vendredi dernier à l’esplanade du Palais des congrès. En fait, à l’occasion de la lecture de la liste des nouveaux membres élus au sein de cette très convoitée et juteuse instance du parti des flammes, ce sont des dizaine de familles qui se sont données rendez-vous pour vivre à travers l’écran géant installé à l’entrée principale du palais des congrès, cet exercice qui avait tout l’air d’une proclamation de résultats d’un examen ou d’un concours officiel.

Une fois que le nom d’un tel est prononcé par René Emmanuel Sadi, c’est la liesse totale dans les rangs de sa famille. Comme des bêtes de foire, les proches de l’heureux élu engagent qui des pas de danses traditionnelles, qui des salves d’applaudissement ou encore des cris stridents pour saluer cette prestigieuse nomination, « fruit de la très haute attention du chef de l’Etat ».  On s’imagine déjà haut cadre d’administration ou à bord d’une voiture de luxe dans les prochains jours simplement parce que « mon frère est en haut ». Le très convoité bureau politique, qui avait perdu neuf de ses vingt-deux membres depuis le dernier congrès ordinaire de 1996 a été renfloué, et passe, lui, au nombre de trente. De quoi donner naissance à de nouveaux riches.

Christian TCHAPMI

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