20/09/2011 01:57:29
Mbandjock. Un ancien cadre français de la Sosucam péri dans la misère
Daniel Bucierka qui était en procès au Cameroun avec son ex employeur, est mort d’extrême misère et de maladie chez une ancienne concubine, dans l’indifférence totale aussi bien de la Sosucam que de l’ambassade de France qui disait ne pas le connaître. Récit du drame d’un expatrié venu faire fortune sous les tropiques.
Le Messager
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Daniel Bucierka qui était en procès au Cameroun avec son ex employeur, est mort d’extrême misère et de maladie chez une ancienne concubine, dans l’indifférence totale aussi bien de la Sosucam qu’il a servi pendant plus d’une décennie, que de l’ambassade de France qui disait ne pas le connaître. Récit du drame d’un expatrié venu faire fortune sous les tropiques.

I) -Grande émotion à Mbandjock

Ville de Mbandjock située à une centaine de kilomètres de Yaoundé la capitale du Cameroun. Depuis le 6 septembre 2011, la plupart des habitants de cette bourgade, connue comme étant une ville sucrière, à cause de la présence sur son sol de l’une des usines du groupe français Somdia, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), n’ont dans leurs bouches et leur esprit que « l’affaire du drame du français Bucierka ». Presque tout le monde en parle. Jules M., employé de la Sosucam et habitant du quartier populeux Mambra commente : « C’est vraiment triste ce qui est arrivé à ce français. Venir mourir ainsi ici à Mbandjock dans l’anonymat et la misère, est épouvantable. Cet homme qui est quand même citoyen d’un grand pays comme la France , et qui a longtemps servi dans une société industrielle comme la Sosucam , méritait à sa mort, un autre traitement que celui qu’il a reçu. C’est vraiment dommage. Vanités de vanités, tout n’est que vanité ».

Julienne O., une autre habitante du même quartier Mambra à Mbandjock est davantage disserte : « Monsieur Bucierka que j’ai bien connu était un homme sympathique. Il avait un grand cœur et était très généreux. C’est vrai qu’il aimait beaucoup les femmes africaines. Je dirais même qu’il les adorait. C’était le mignon gars des filles ici à Mbandjock. ». Et de poursuivre : « Il est dommage que la Sosucam ne se soit pas montrée aussi généreuse à son encontre au moment où il était malade et ainsi qu’au moment de sa mort. En tout cas, pour nous ici à Mbandjock, nous sommes heureux d’avoir pu accompagner à sa dernière demeure notre ami Daniel. Vous voyez comment Dieu fait ses choses ? Un homme qui était riche, puisant cadre expatrié ici à la Sosucam , est mort pauvre, démuni, et enterré au cimetière de la gare, qui est le cimentière du vrac, c'est-à-dire de monsieur tout le monde. On ne peut que rendre grâce à Dieu pour la vie de cet homme venu de très loin et qui meurt ainsi très simplement chez nous. En tout cas nous, Camerounais de Mbandjock, avons montré notre générosité en enterrant Daniel dignement. Et c’est une fierté pour nous d’avoir enterré dans notre cimetière le premier Blanc, et Français de surcroît. »

II) –Généreux vis à vis ...des femmes

Selon l’enquête du Messager à Mbandjock, où depuis son décès et son inhumation au cimetière de la gare, l’émotion reste toujours vive au sein de la population, la plupart de nos sources situent l’arrivée au Cameroun et dans la ville sucrière de Daniel Bucierka au milieu des années 80. Ce français d’origine polonaise, recruté en France par la société Somdia, société propriétaire de la Sosucam , était venu remplacer son compatriote français Buchozère comme cadre, chef service de la chaudronnerie à l’usine Sosucam de Mbandjock.

Il aurait ainsi occupé ce poste pendant plus d’une décennie, entrecoupé d’années sabbatiques dans son pays la France où il avait laissé femme et enfants. Selon divers témoignages, Daniel Bucierka était un cadre travailleur et consciencieux. Il se dit qu’il aimait beaucoup le Cameroun et ses femmes. A son arrivée ici, il avait pris soin de laisser en France son épouse. Le dépaysement et la solitude devenant éreintants, il fait la connaissance d’une charmante jeune femme du nom de Atiné Justine. Très vite il tombe amoureux de cette jolie femme yezum employé au foyer de la Sosucam. Et vice versa.

Le couple décide de vivre ensemble dans l’une des luxueuses villas de la Cité des cadres de la Sosucam à Mbandjock, à cette époque presque exclusivement habitée par les cadres expatriés français. Daniel et la belle Atiné roulent le parfait amour. Atiné Justine, avec ce concubin généreux français vit un bonheur total, qu’elle veut partager avec sa famille. C’est ainsi qu’elle décide de faire venir du village pour Mbandjock pour vivre à ses côtés, sa jeune cousine, la nommée Meva Efandéné Germaine. La jeune fille est à l’époque une gamine âgée d’à peine 16 ans. Pour le couple, il était question de la scolariser, et que en retour, elle puisse s’occuper de temps en autres des travaux ménagers à la maison. Tout se passe bien pendant les trois premières années. La petite Meva Efandéné Germaine grandie et prend les formes d’une jeune femme de plus en plus attirante. Ce qui n’échappe pas au beau Daniel qui commence quelque peu à se fatiguer d’Atiné Justine.

Au fil des mois, Daniel Bucierka s’intéresse plus à la petite Germaine devenue plus que charmante à ses yeux. Il la comble d’attention et de cadeaux. Ce qui pouvait inéluctablement arriver, arriva. Rentrant un soir à la maison, Atiné Justine se rend compte que son copain qu’elle considère comme son mari, entretient des relations intimes avec sa petite cousine Germaine. Et cela depuis un moment.  La colère de Atiné ne change rien. Daniel déjà très amoureux de Germaine, jette ses effets personnels dehors, et lui demande de partir de la maison. Atiné est troublée par l’allure que prennent les choses. Pleurer ? Peut- être.

Stoïquement elle quitte les lieux, et laisse Daniel et Germaine engager leur vie de couple. Il se dit alors que Daniel Bucierka qui décide de faire de Germaine sa nouvelle compagne, se montre très généreux à l’endroit de sa dulcinée. Non seulement il lui aurait construit une somptueuse villa dans la ville de Nkoteng, mais aussi tout un camp avec studios modernes à louer, au quartier dénommé Baptiste à Nkoteng. Dans la foulée de cet amour, le couple a ainsi la joie d’accueillir un enfant, un charmant petit garçon. Meva Efandéné Germaine, « la petite villageoise », qui savait à peine lire et écrire au moment où sa cousine Atiné Justine l’avait fait venir de leur petit village perdu dans la forêt en pays yezum, devient alors une grande dame, influente femme de riche cadre de la Sosucam , à qui on ne peut plus parler n’importe comment.
 
III) - Ingratitudes tous azimuts

En 2007, après plusieurs prorogations, le contrat de Daniel Bucierka avec la société Sosucam arrive à son terme. Il doit quitter le Cameroun et retrouver sa France natale est ou restée sa famille. Ce qu’il fait. Il emmène avec lui son petit  garçon qu’il a eu avec sa bien aimée Germaine. Mais deux ans après, Daniel Bucierka revient à nouveau à la Sosucam nanti d’un nouveau contrat. En réalité il avait tout mis en œuvre pour revenir en Afrique, essentiellement peut-être pour retrouver d’abord ce Cameroun pour qui il semblait avoir une sincère passion, mais aussi et surtout pour revivre avec sa belle Germaine Meva Efandéné qu’il semblait adorer. Cependant, comme il aimait les belles Camerounaises, Germaine ne lui suffisait plus toujours.

Il va donc s’enticher d’une autre belle fille camerounaise du nom de Ngono Merveille, avec qu’il commence à flirter. Germaine l’apprend et sent sa place menacée. Un soir, alors que le couple tente une explication houleuse, il s’ensuit une bagarre au cours de laquelle Daniel se blesse légèrement. Mais diabétique, la blessure s’aggrave quelques semaines après, au point de nécessiter une évacuation en Europe. Il y met du temps, et son état ne s’améliorant pas, la société Sosucam en vient à le licencier.  Il lui ait proposé une prime de séparation de 17 millions fcfa environ. Daniel Bucierka conteste le montant et saisit les tribunaux camerounais. Entre temps, depuis la France où il se trouve toujours, il donne procuration à sa compagne Germaine Meva Efandéné de récupérer en son nom l’argent à la Sosucam , et de le mettre en lieu sûr.

L’action engagée parallèlement en justice finie par aboutir. La Sosucam est condamnée à payer à son ex collaborateur une importante somme. Daniel reçoit la nouvelle avec joie depuis la France. Son état de santé s’étant amélioré un tout petit peu, il pense alors à revenir au Cameroun pour s’installer à son propre compte avec comme projet de monter une société de chaudronnerie industrielle qui peut faire dans la sous-traitance. Pour cela, il lui faut des fonds pour garantir l’octroi d’un crédit en France. C’est alors qu’il saisit sa compagne Germaine qui détient son argent payé au Cameroun par la Sosucam. Celle-ci ne donne pas signe de vie. Daniel Bucierka inquiet, décide de faire de voyage du Cameroun, malgré le refus de son épouse française de le voir retourner à ce pays. Il faut absolument tirer cette affaire au clair. Daniel retrouve Meva Efandéné Germaine quelque part du côté de quartier Nsimiyong, bien installée. Il n’a pas moindre le sou. Germaine refuse de lui en donner. Lorsqu’il réclame son argent, celle-ci le menace et l’intimide avec des convocations de la gendarmerie. Les relations se gâtent définitivement entre eux. Daniel, sans le moindre sou, commence par errer pendant des mois à Yaoundé. Sa santé décline.

En juillet 2010, il se souvient alors de Atiné Justine, son premier amour de Mbandjock. Après hésitation, mais dans le désespoir total, il décide de pendre le car saviem de la compagnie Alliance voyage et retrouver celle-ci dans la ville sucrière. Atiné n’est pas rancunière. Pas du tout. Elle vient accueillir son ancien copain à l’entrée de la ville de Mbandjock. Daniel, son Daniel qu’elle semble toujours aimer, a beaucoup changé. Au simple regard, il paraît très malade. Atiné Justine qui a gardé son petit travail salaire au foyer de la Sosucam , l’installe dans sa modeste maison du quartier populeux de Mambra. Daniel entame une nouvelle vie bien modeste en attendant que son affaire en justice aboutisse en appel. Il mange ce qu’on lui donne. Sa santé en pâtit. Après avoir passé plus d’un an toujours enfermé dans la maison, il est vaincu à la fois par les soucis et la maladie. Daniel Bucierka meurt au petit matin du mardi 6 septembre 2011. La Sosucam est prévenue, mais ne réagit pas. Normal : comment s’occuper d’un ancien cadre qui vous a traîné en justice ?

L’ambassade de France qui ne retrouve pas ce nom dans le fichier des Français enregistrés dans son consulat, choisit aussi de ne pas intervenir. C’est alors que les populations de Mbandjock, celles qui ont connu et aimé « ce généreux Blanc devenu pauvre » et l’ont adopté, décident de faire le deuil. Dans la pauvreté certes, mais dans la dignité. Les gens donnent ce qu’ils ont. Le 7 septembre 2011, Daniel Bucierka est inhumé au cimetière de la gare. Au milieu d’autres anonymes. Ni son épouse française (qui aurait demandé qu’il soit enterré au Cameroun), ni la belle Germaine Meva Efandéné à qui il a presque tout donné, n’ont pu être présentes. Seule, Atiné Justine, a pu lui murmurer quelques mots d’adieux.

Jean François CHANNON

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