20/09/2011 15:42:55
Guérir le Cameroun par la foi positive
Le président de l’Union pour la Fraternité et la Prospérité , Ufp, veut refaire le Cameroun à travers un nouvel esprit basé sur la foi positive, qu’il appelle encore foyisme. 
Le Messager
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Olivier Bilé. De derrière la caméra au palais d’Etoudi ?

Le président de l’Union pour la Fraternité et la Prospérité , Ufp, veut refaire le Cameroun à travers un nouvel esprit basé sur la foi positive, qu’il appelle encore foyisme. 

Ses étudiants en cours de réalisation télé à l’Institut Siantou supérieur à Yaoundé, promotion 1995-1997 n’en croient certainement pas leurs oreilles lorsque Olivier Bilé annonce sa candidature pour l’élection présidentielle du 9 octobre prochain, à travers son parti politique, l’Union pour la fraternité et la prospérité, Ufp, récemment créé.

C’est que, de la quinzaine d’enseignants que comptait la filière information et communication, option journalisme à l’époque, Olivier Bilé était le plus effacé. Très pondéré, il passait presque toujours inaperçu, marchant au campus comme sur des œufs. Derrière cette timidité apparente, se cachait donc un homme à l’audace bien affirmée. Aujourd’hui, tel un illuminé, celui-là qui se présente comme le sauveur du Cameroun ne manque pas d’ambition. « Moi je veux gouverner le Cameroun, pas moins », lance le président de l’Ufp, le visage radieux.

Sous-marin du parti au pouvoir ? Non, tranche Dr. Olivier Bilé. Son visage se ferme lorsqu’on lui rappelle que sur la toile, des articles de presse laissent croire qu’il entend juste accompagner le président Paul Biya à sa réélection, pour un autre mandat de 7 ans, afin d’entrer dans la mangeoire à son tour. Pour lui, ce sont des délateurs qu’il ne faut pas écouter. « Nous mettons en garde tous les promoteurs de la diffamation qui font tout pour discréditer d’autres acteurs politiques », s’énerve Olivier Bilé qui dit ne rouler pour personne d’autre que pour le peuple camerounais  et pour la gloire de Dieu. La preuve qu’il n’est pas une taupe du président sortant, c’est à son avis, sa persécution par la direction de la Crtv , média d’Etat où il travaille comme documentaliste politique et culturel, en même temps qu’il dispense des enseignements à l’Ecole supérieur des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication , (Esstic). Il dénonce alors la suspension de son salaire depuis trois mois à la Crtv sans aucune notification.

En plus, « je n’ai ni table, ni chaise dans cette société d’Etat où je suis un cadre. Je suis le théoricien et le praticien le plus aguerri en matière de réalisation Tv dans cette entreprise où l’on veut plutôt me confiner à des tâches de débutant et non d’ingénierie, autrement plus bénéfiques pour la direction générale de la Crtv  », déplore-t-il, tout en indiquant qu’il ne porterait pas plainte, parce qu’il n’est pas un acteur du scandale. « Ceux-là qui ont entrepris la persécution sont déjà dans la confusion la plus totale », soutient Dr Olivier Bilé. Malgré le fait qu’il n’est qu’un challenger de Paul Biya parmi 21 autres candidats retenus, en attendant les délibérations de la Cour suprême au sujet des requêtes des recalés, le président de l’Ufp croit dur comme fer qu’il est le meilleur choix pour évacuer la monarchie installée à Etoudi depuis plus de 28 ans. Chrétien convaincu, à la foi visiblement inébranlable, il affirme fonder son programme politique « à dimension systémique » sur deux principaux piliers : le spirituel et la technique.

Père du Foyisme politiqueSur le plan spirituel, l’homme politique de 44 ans dresse l’état des lieux d’une société camerounaise où prédomine la foi négative, qui depuis très longtemps déjà, oriente les manières de penser et d’agir dans son pays. Il pense que c’est bien cette foi négative qui « nous enfonce chaque jour dans les ténèbres de l’égoïsme ; la peur ; le doute par rapport aux choses apparemment difficiles ; l’amour de la facilité et de la tricherie ; le complexe d’infériorité ; la jalousie et la méchanceté ; l’esprit de ruse et de tromperie des autres, etc. ». De son point de vue, c’est le rejet du Dieu Unique, Créateur de l’univers et de tous les hommes, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs, qui entraîne les phénomènes que chacun vit au quotidien.

Difficile de le stopper lorsqu’il commence à dénoncer la dictature de l’argent ; l’orgueil et le mépris des autres ; le recours à la sorcellerie et aux fétiches ; le règne des sectes et des idoles ; les déviances sexuelles ; la corruption et le vol de la fortune publique ; le tribalisme ; les conflits et les affrontements permanents en famille, au travail et dans la rue. Il conclut que c’est la mauvaise ambiance sociale et le mal-vivre généralisés qui entraînent stress, maladies diverses et mortalité élevée ; esprit de trahison et de profit personnel ; manipulations politiques de toutes sortes. Pour s’en sortir, le candidat de l’Ufp propose une vie dans la Foi Positive. C’est-à-dire, « pour le chef de l’État comme pour le plus modeste citoyen, vivre dans l’amour et la crainte de Dieu, dans tous les lieux et moments de notre quotidien et non plus seulement dans le meilleur des cas, pendant la prière ou à l’intérieur de la mosquée ou de la chapelle. C’est aussi pratiquer la fraternité sincère et l’amour du prochain aussi bien en famille, à l’école, au travail ainsi que dans les diverses positions de la vie sociale », déclare-t-il. Pratiquer la Foi Positive c’est, pour le gouvernement, note-t-il sur son site Internet, être capable de prendre les décisions politiques, économiques ou sociales les plus pertinentes et les plus courageuses permettant de réaliser le plein-emploi, dans l’objectif d’assurer l’abondance, tout en donnant travail et dignité au maximum possible de Camerounais.

Le 17 novembre 2010 à l’hôtel Azur de Yaoundé, au cours d’une conférence de presse où il annonce enfin l’existence légale de son parti, soit un an après l’introduction de la demande de sa création en 2009, Dr Olivier Bilé donne l’impression de vouloir en découdre avec le régime en place et de tout révolutionner dans son pays. Il brosse le sombre tableau d’un Cameroun aux prises avec une inacceptable misère sociale caractérisée par la pauvreté et le chômage. Dans son livre-programme récemment dédicacé à Yaoundé et intitulé « Le temps du foyisme politique : réalisons le Rêve camerounais et africain », le candidat de l’Ufp à la magistrature suprême a sa recette pour détrôner l’homme du 6 novembre 1982. Mathias Eric Owona Nguini, préfacier de cet essai de 130 pages paru aux éditions Renaissance africaine, est de ceux qui croient en ce foyisme, « une nouvelle orientation politico-doctrinale qui entend réorienter, remodeler et réorganiser les champs de la politique nationale au Cameroun, autour d’une vision consistant à tirer une inspiration utile et pertinente de l’exercice religieux de la foi », explique le politologue.

Discours séduisant ? En plus du Foyisme, Dr. Bilé a sur le plan technique de nombreuses autres solutions : la révolution du système de santé et du système éducatif par le développement de l’enseignement technique et professionnel (instituts techniques, écoles d’ingénieurs  et de techniciens dans diverses filières pratiques dont agriculture, industrie, etc.) ; la mise en place d’une véritable superstructure monétaire et financière au service de l’économie (politiques keynésiennes de plein emploi dont grands travaux à haute intensité de main d’œuvre pour le développement des infrastructures publiques, développement du crédit à la production locale, politique d’accroissement des revenus, etc.) ; l’instauration d’une gouvernance économique et sociale humaniste et juste à travers notamment la culture de la qualité de la dépense publique ; l’émancipation véritable de l’agriculture et du monde rural (y compris l’élevage, la pêche et l’agro-industrie) par l’accompagnement des paysans au plus profond des campagnes à travers des institutions de financement spécialisées ; la mobilisation et l’implication totale de la Diaspora dans la mise en mouvement du pays ; la garantie de la sécurité et de la justice aux Camerounais ; la promotion de la vraie histoire des cultures et traditions locales les plus positives ; l’amélioration de la qualité de vie des populations par les loisirs, l’écologie, la culture, etc.

A ceux qui s’étonnent de le voir se déployer sur le terrain politique avec autant de passion, Dr. Olivier Bilé confie que son amour et le déclic en la matière naît lorsque, étant étudiant en Sciences et Techniques des métiers de l’Image et du Son en France dans les années 90, il suit avec beaucoup d’intérêt les débats d’hommes politiques dans de ce pays. A son retour au Cameroun, il se met alors à l’école du panafricanisme, notamment aux côtés de Hubert Kamgang avec qui il fonde l’Union des populations africaines, Upa en 1996. L’année suivante, ce parti se présente à l’élection présidentielle avec pour candidat Hubert Kamgang, dont Olivier Bilé est le directeur de campagne. Le désir de ce dernier de devenir un acteur politique de premier plan l’amène à créer son propre parti politique, Ufp, tout en gardant des relations cordiales et convenables avec les dirigeants de son ex parti, soutient Olivier Bilé qui affirme avoir toujours des points de convergences idéologiques avec l’Upa, même s’il reconnaît qu’il n’arrivait plus à promouvoir ses idées au sein de ce parti.

En moins d’un an d’existence, il dit compter près de 5000 militants avec cartes de  l’Upf à l’appui et de nombreux sympathisants  qui attendent sa tournée imminente dans les régions pour s’inscrire. Son parti est aussi représenté en France, aux Etats-Unis et au Canada. C’est de ce beau monde qu’il tire les ressources nécessaires au fonctionnement du parti et  pour la conduite de sa campagne. A ce jour, il dit y avoir déjà mis près de 7 millions de francs cfa dont plus de la moitié constituée de ses économies personnelles. Il avoue avoir privé sa famille de budget au profit de ces élections. Et de l’argent, il lui en faut encore, parce que les poches de dépenses sont encore là. Et s’il perdait, sur quel compte mettrait-il toutes ces espèces sonnantes parties en fumée ?

« Il faut sortir du pessimisme, du doute. Nous ne concevons pas notre action en termes d’échec. Nous  récupèrerons au centuple ce que nous investissons aujourd’hui. Nous allons gagner », pousse-t-il, dans un esprit de vainqueur. Déjà, il se réjouit d’avoir parmi ses nombreux sympathisants des personnalités comme Sani Alhadji, des leaders de partis qui se sont abstenus de se présenter à cette élection, et des candidats recalés qui souhaitent rejoindre ses rangs. Même des défections au sein du Rdpc, dans sa région de l’Est natale lui profiteraient en ce moment, selon ses dires. Le 9 octobre 2011 n’est plus loin. Le nombre de suffrages exprimés en sa faveur dira si le beau discours de cet enseignant chercheur à l’université de Yaoundé II, titulaire d’un Dea en technologie de l’information a séduit les Camerounais.

Marie-Noëlle Guichi








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