21/09/2011 02:01:41
Si c'est ça chrétien là...
Ainsi une nouvelle prophétie annonciatrice de la délivrance du peuple ivoirien du «pharaon» Ouattara aurait été annoncée sur les ondes d’une radio pleine d’espoir et de lendemains meilleurs pour la Côte d’Ivoire...
Le nouveau courrier
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Ainsi une nouvelle prophétie annonciatrice de la délivrance du peuple ivoirien du «pharaon» Ouattara aurait été annoncée sur les ondes d’une radio pleine d’espoir et de lendemains meilleurs pour la Côte d’Ivoire.

Alléluia ! Aveu pour aveu, l’idée en elle-même n’est pas pour nous déplaire, d’autant plus qu’il est question ici de l’Armée du Salut, composée de véritables sauveurs, pas de ces ostrogoths rouge-chaussetés et vertcagoulés qui parcourent les rues d’Abidjan et discourent façon Agatha à Francis Bebey. En tout cas, à force de l’entendre, nous connaissons bien le refrain : le jour de gloire n’est plus si loin et le pays va connaitre sa rédemption. Seule surprise : le message cette fois-ci n’émane pas d’un pasteur de confession évangélique mais d’un prêtre catholique, à savoir, l’abbé Désiré N’Guessan, vicaire de la paroisse Sainte Cécile d’Abidjan.

Grande différence ? Oui, apparemment! Disons que les prophéties sources de polémiques n’étaient pas vraiment l’apanage des chrétiens catholiques. Et justement leur malaise en dit long sur l’état des relations interconfessionnelles en Côte d’Ivoire. Explications, justifications, démonstrations affluent de partout, certaines optimistes parlent d’une simple machination, d’autres sont en colère qu’il puisse être si grande diffamation,
et on entend une grande et belle cacophonie à laquelle s’ajoute l’assourdissant silence de celui que l’on dit être à la base de tout ce bruit.

L’Abbé N’guessan a donc, parait-il, annoncé la fin du règne de la terreur... avant que certains n’expliquent qu’il ne l’a pas vraiment fait. Réponse de l’intéressé ? Bouche cousue. Pour l’heure, il ne juge pas nécessaire de clarifier la question. En clair, le prophète n’est peut-être pas prophète, mais accepte d’être pris pour un prophète
offrant comme seule réponse aux interrogations… son pardon ? C’est à se demander si les religieux ivoiriens ont fini par prendre exemple sur leurs frères politiciens qui ont habitué l’opinion à toutes sortes de tartufferies. Ou vice-versa : ce sont peut-être les « hommes de Dieu » qui influencent les leaders politiques et nous donnent de croire de moins en moins au sérieux de leur sacerdoce.

C’est chose bien difficile en tout cas, pour les hommes de peu de foi que nous sommes, de suivre ce rodéo sans nous esclaffer. On se demande bien à qui profitent ces guéguerres officieuses, par personnes et dogmes interposés, entre catholiques traditionalistes et protestants évangéliques au sujet du vrai détenteur de la vérité. Que monsieur l’abbé ait effectivement annoncé ces choses ou qu’un chômeur probablement las d’attendre la pluie de milliards annoncée par « Ouattarakozy » – comme l’appelle Gilbert Collard – ait fait un gros canular au clergé, quelle raison y a-t-il de révéler à qui en doutait encore la panique générale que suscite la «rigueur» des hommes forts du moment ?

Car c’est de cela qu’il s’agit : les chrétiens catholiques, prétextant d’un ordre tout romain qui différencie leur confession des autres, étaient en train de se recréer, en ces temps incertains, un petit confort politique car «on ne sait jamais». Mais zut ! Voilà qu’un espoir radiodiffusé se propage dans la ville et qu’un des leurs « se malachise
»
en confirmant l’accord de la Vierge pour la canonisation littérale des Frères Cissé.

«Non, oh que non, eux peut-être le disent, mais pas nous autres catholiques !» Ah oui ? Serait-ce pour cette raison que lorsque le régime en place lançait, il y a quelques semaines, un mandat d’arrêt international contre le très célèbre Koné Malachie, aucune église catholique ne s’en émouvait guère, concernées qu’elles toutes étaient par le «pardon» et la «réconciliation » ? Mais aujourd’hui ces mêmes catholiques sont irrités, blessés dans leur piété, préférant ne pas avoir affaire au «grand méchant» Koffi Kouadio Simplice. Sainte hypocrisie, quand tu nous tiens ! Le paradoxe est universel, mais en Afrique, il est criant de tristesse. Tous ces religieux ne se sont-ils pas vus imposer le même christianisme via les mêmes négriers qui ont transporté sur les côtes américaines des millions et des millions de leurs frères, amenant Jomo Kenyatta à penser sa célèbre maxime : «lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible...» ?

Le moindre mal serait donc pour tous les partis de rester solidaires, soit en protestant d’une même voix contre les prophéties inconfortables, soit en défendant la liberté d’expression des religieux, qu’il s’agisse de Koffi ou de Malachie. Car en fait, le véritable mal de cette guéguerre ne se situe pas dans les croyances exprimées d’ailleurs
avec un certain courage, mais dans la lâcheté qui se dévoile chez ceux même qui sont supposés «s’aimer les uns les autres». Pour l’heure, quelle tristesse d’entendre des prêtres catholiques mépriser des pasteurs évangéliques, de voir des fidèles évangéliques montrer du doigt d’autres fidèles catholiques et de constater que d’autres religions se réjouissent ouvertement de ce tohubohu.

Le Dieu des catholiques et le Dieu des évangéliques doit bien se sentir frustrer devant ce charivari. Pendant que les confessions du même type discutent leurs divergences outre-Atlantique, ici, leur instrumentalisation sert de foin aux ânes qui trottent d’un point à l’autre de l’ignorance populaire. Hier, il s’agissait de ces phénomènes auxquels les Ivoiriens croyaient... Aujourd’hui, réveillé mais étourdi, on crucifie l’autre croyant comme un brigand de Golgotha, au grand plaisir de tous ceux qui gagnent à transformer l’église de Christ en l’église du triste. Et on s’étonnera que demain nous autres païens préférerons rester à l’écart de ce cirque. En tout cas, «si c’est ça chrétien là...»

Fabien D'Almeida

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE