22/09/2011 03:11:46
Kah Walla : la femme dont la pugnacité fait rêver
La candidate du Cameroon People’s Parti, Cpp, à la présidentielle du 9 octobre prochain n’est peut-être pas consciente de l’espoir que suscite son audace chez nombre de Camerounais. Et pourtant...
Le Messager
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La candidate du Cameroon People’s Parti, Cpp, à la présidentielle du 9 octobre prochain n’est peut-être pas consciente de l’espoir que suscite son audace chez nombre de Camerounais. Et pourtant...

Sur son site Internet voici ce qu’écrit Ulrich Menrad Bessala,, étudiant à l’université de Buea. « J’apprécie beaucoup votre éloquence et l’énergie que vous mettez dans votre façon de parler politique. Charmé par votre style, j’espère que j’aurai l’occasion de prendre part à un de vos congrès ou assemblée, surtout tenez moi informé. », Plus loin sur la même page, Youssaou  Koué, lui dit : «  J’encense votre plan de politique. Sans risque de vous tromper, j’ai été très ému d’entendre votre nom sur la liste des sélectionnés pour la candidature. Alors maintenant: «the time is now”. Je suis prêt à battre campagne pour vous dans mon village et les villages voisins dans le Nord. Comptez sur moi. S’il vous plaît, faites-moi signe quand le moment va arriver. On a intérêt à changer notre pays. Je vais vous rassurer qu’ici les étudiants ne sont pas du côté de popol. Il m’arrive souvent de les interroger dans nos causeries (…). Tenez-moi informé sur la date des congrès. SVP, don’t forget to inform me! », Supplie cet autre étudiant. Il est à l’université de NGaoundéré. Dans son message à la candidate, il  mentionne de manière très visible son e-mail et ses cordonnées téléphoniques, à toutes fins utiles.

Meilleure stratégie précampagne

L’artiste Valséro est déjà à ses côtés, prêt à battre campagne avec elle.  De même que le syndicaliste Benoît Essiga coordonnateur du syndicat l’Entente. Pareil pour Dr. Mal Fobi qui a beaucoup soutenu l’opposition dès les années 90 etc.  Kah Walla indique que la liste de ceux qui la soutiennent ainsi est longue, ici au pays comme à l’étranger ; financièrement, matériellement et même moralement. Dans la rue, dans le taxi, au marché, au quartier comme dans les salons huppés, son nom ne laisse pas indifférent. Alain Awono, benskineur au quartier Mendong à Yaoundé se dit « fier de ce bout de femme, parfaitement bilingue, qui fait rêver lorsqu’elle déroule son programme politique. Elle connaît le Cameroun. Elle va le changer», pense-t-il. Hier, au sortir de la conférence de presse qu’elle venait de donner au siège du Cabinet « Stratégie », une structure dont elle est la promotrice, Emmanuel Gilles Ntap, ancien journaliste à la Rts, aujourd’hui en service à la radio « Fréquence vie », soulignait, l’air séduit que : « elle a de la suite dans les idées ». Et le confrère Georges Alain Boyomo, chef service politique au quotidien Mutations, d’ajouter que cette candidate a eu la meilleure stratégie précampagne. Normal ! Pourrait-on dire. Du moins pour ceux qui l’observent depuis plusieurs années déjà. Lorsqu’on commence à parler de décentralisation au Cameroun autour de l’année 2000, on la voit en première ligne, offrant  à travers son cabinet « Stratégie » - créé des années plus tôt et spécialisé en marketing et management- une formation continue à de nombreux magistrats municipaux et autres hauts responsables des administrations camerounaises sur le transfert des compétences. 

Des stratégies, elle en a beaucoup élaboré pour diverses catégories socioprofessionnelles au Cameroun comme à l’étranger. Parmi ses clients, elle compte l’Union Aa, le Nepad, la Sadec, la Cdeao  etc. Syndicalistes, scrutateurs électoraux, patrons d’entreprises, acteurs politiques et de la société civile, présidents d’association et même des gouverneurs, préfets et sous-préfets ont été à son école, pour en apprendre sur le leadership. Elle dit compter beaucoup de sympathisants parmi tous ceux-là. C’est donc sans surprise qu’on la verra très proactive pour l’élection présidentielle du 9 octobre prochain.  Sans doute parce que, étant du domaine, elle aura su bâtir sa stratégie longtemps à l’avance.

C’est depuis plusieurs mois qu’elle fait le tour des rédactions, organise des rencontres avec la presse, les commerçants, les agriculteurs, des jeunes, des femmes etc. Partout où elle va,  entre les mains, elle porte son programme politique de plus de 100 pages. Sur les 10 régions que compte le Cameroun, elle en a déjà parcouru 9, avant même l’ouverture officielle de la campagne électorale prévue dimanche 25 septembre prochain. Elle affirme être représentée dans 58 départements et plus de 70% des arrondissements que compte le Cameroun. Sur le plan international, on l’a vue sur des images de télévision ou sur la toile en compagnie d’hommes et de femmes politiques d’envergure aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, en Afrique du Sud… autant de pays où son parti politique, Cameroon People’s Party, Cpp,  a des représentations.
 
Insuffler le changement à la tête du pays !

Alors qu’elle s’étonne que sur la liste des 23 candidats finalement retenus on découvre certains noms pour la première fois, « ne sachant réellement d’où ils viennent subitement », fait-elle observer, Kah Walla de son vrai nom Edith Kahbang Walla rappelle que son  Cv politique date de 20 ans. Et que la création de son parti politique il y a un an seulement, n’est venue qu’enrichir cette longue carrière politique. Elle n’est donc pas une nouvelle venue, comme certains peuvent être tentés de le croire, déclare-t-elle. Mais en réalité, c’est en 2007 qu’elle se démarque véritablement sur le terrain politique au Cameroun. Elle est alors élue conseillère municipale à Douala 1er pour le compte du Social Democratic Front (Sdf) où elle est militante et responsable du volet stratégie de ce parti politique, leader de l’opposition camerounaise.

En 2010, elle annonce son ambition de challenger Ni John Fru Ndi qu’elle veut remplacer comme candidat du Sdf à la présidentielle de 2011. En plus, ramant à contre courant de la décision prise par les dirigeants de ce parti de boycotter les inscriptions sur les listes électorales, elle monte au créneau et invite tous les Camerounais à aller s’inscrire. Sa vision : Insuffler le changement à la tête du pays! Et pour elle, ce changement ne viendra que par les urnes, donc par l’inscription sur la liste d’abord et le vote après. Ça tourne au vinaigre au Sdf. Elle démissionne et devient candidate de Cpp. Son slogan de campagne c’est « The time is now » (il est l’heure). Pour elle, « le moment est venu pour tous/tes les Camerounais/es de rompre avec le système actuel pour prendre leur destin en main et installer un nouveau système de gouvernance centré sur leurs propres intérêts ».

Convaincue que la politique est efficace lorsqu’elle s’appuie sur les avis des populations à la base, elle dit œuvrer depuis toujours pour la réhabilitation du secteur informel. C’est ainsi qu’elle accompagne, depuis près de 20 ans, les agriculteurs, les commerçants, les transporteurs, les handicapés, les pêcheurs et les étudiants de toutes les régions du Cameroun dans la satisfaction de leurs intérêts, à travers le mouvement citoyen « Cameroun Ô’Bosso » (Cameroun en avant) dont la mission majeure est le renforcement des capacités des citoyens dans la défense de leurs intérêts.

Ses multiples descentes sur le terrain, dit-elle, avaient pour but d’encourager tous ces laissés pour compte à s’inscrire sur les listes électorales. Mais aussi, de leur dire qu’il est l’heure d’oser. « Depuis l’époque coloniale, le pouvoir est exercé par un petit nombre qui se croit tout permis. Pas d’obligation de dialogue : ils pensent ne rien devoir au peuple camerounais, qu’ils méprisent. Pas d’obligation de compte rendu : toutes les ressources leur appartiennent, ils décident ensuite des miettes qu’ils accorderont à la majorité. Pas d’obligation de résultats, sauf pour eux-mêmes et leurs familles élargies. Le pouvoir des élites. Hier cette élite était constituée par les colonisateurs. Depuis cinquante ans, elle est composée de Camerounais qui se croient tout permis ». Pour elle, il faut que tout cela change.
 
500 000 emplois en 3 ans !

Kah Walla se propose, si elle est élue, de changer complètement le système en place. Elle promet la réduction du mandat présidentiel à cinq ans ; la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux. De ne pas laisser au seul président de la République le pouvoir de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire. De passer à une garantie constitutionnelle. De redéfinir les bases de la responsabilité pénale du président de la République. Préciser la responsabilité du président de la république en cas de haute trahison.

Elle soutient que le Président sera tenu de choisir le Premier ministre dans le parti majoritaire à l’Assemblée nationale. Elle entend redéfinir le statut des anciens présidents etc. L’amélioration du fonctionnement de l’exécutif constitue également l’une de ses priorités avec la réduction sensible du nombre de ministères, l’introduction des méthodes modernes de management ; l’institution du Conseil des ministres au moins deux fois par mois et du conseil de Cabinet une fois par semaine. La planification quinquennale déclinée sur chaque année, trimestre, mois et semaine avec instruments de suivi et d’évaluation. La régularité et la transparence des informations gouvernementales. La publication régulière du Journal Officiel. Dans une période de cinq ans, elle procèdera au transfert des compétences clés que sont : Construction, gestion et maintenance des infrastructures locales : routes, écoles maternelles et primaires, centres de santé, marchés et centres commerciaux, gares routières, centres culturels, médiathèques, etc. Sur le plan économique, elle veut faire du Cameroun un hub entrepreneurial de l’Afrique Centrale ; lui permettre une croissance à double chiffre d’ici cinq ans et créer 500 000 emplois d’ici 2014 en s’appuyant sur le secteur privé qu’elle soutiendra.

Au plan social, les jeunes, les femmes et surtout les personnes âgées occupent une place de choix dans ses projets de réforme. Comme mesures clés pour améliorer la qualité de l’encadrement des personnes âgées, elle évoque la restructuration du fonctionnement de la Cnps, l’amélioration des conditions d’immatriculation, de réduire la durée exigible de cotisations, la facilitation et l’accélération de  la procédure d’obtention de la pension vieillesse et d’invalidité ; l’amélioration des conditions de paiement des prestations sociales. Elle envisage aussi l’octroi des avances de pension aux demandeurs pour faciliter l’installation décente des retraités, le renforcement de la formation du personnel à la prise en charge des problèmes de santé des personnes âgées.

Agée de 46 ans, Edith Kahbang Walla a une expérience jalonnée de nombreuses distinctions. En 2007, la Banque Mondiale la reconnait comme l’une des 7 femmes entrepreneurs les plus influentes en Afrique. En 2011, le magasine international Newsweeks la classe parmi les 150 femmes qui font bouger le monde et pour le magasine New African, elle fait partie des 100 personnalités ayant le plus d’impact en Afrique. Ce background lui sera-t-il bénéfique pour cette présidentielle de 2011 ? Wait and see !
 
Marie-Noëlle Guichi

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