22/09/2011 14:36:10
Présidentielle 2011 : Vers une escalade entre le Cameroun et les Etats Unis ?
Le gouvernement accuse désormais les Américains de tenir un double langage.
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Le chef de l'Etat a reçu en audience, lundi 19 septembre dernier, l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, Robert P. Jackson. Au sortir de cette audience de près d'une heure, le diplomate a déclaré au micro de la Crtv  qu'il était notamment venu féliciter le président Paul Biya pour sa réélection à la tête du Rdpc à l'occasion du troisième congrès ordinaire des 15 et 16 septembre. Mais l'entretien a aussi porté, comme nous l’indiquions dans notre édition de mardi dernier, sur d'autres centres d'intérêt, en particulier la crise libyenne, les investissements US au Cameroun...

Naturellement, pour le pouvoir de Yaoundé, cette audience et ces félicitations  de l'ambassadeur au président candidat tombaient au meilleur moment : elles ont été enregistrées et amplifiées comme une sorte d'adoubement des Etats-Unis, dans un contexte où la presse se fait régulièrement l'écho des « oukases » du Gouvernement Américain contre les autorités de Yaoundé.

Problème majeur cependant : ce même lundi, presqu'au moment où l'ambassadeur se trouvait au palais de l'Unité, se tenait une réunion d'un regroupement baptisé Forum de la société civile pour la Démocratie. Cette réunion   avait comme modérateur: Victor Epié Ngomé. Elle a regroupé une vingtaine de leaders de la société civile et 77 représentants des syndicats.  L'un des visages les plus connus ayant pris part à cet échange, c'est Hilaire Kamga, généralement présenté comme le promoteur de l'Offre orange. On notait aussi la présence dans la salle de deux diplomates américains, selon nos sources.

D’après nos même sources, l'ordre du jour de cette réunion indiquait notamment: la menace du ministre de la communication aux cyber-libertés; le regard critique de la société civile sur le processus d'inscription sur les listes électorales ; le regard critique sur le vote de la diaspora : car les membres du forum pensent qu'il y a violation flagrante de la loi car autant c'est une loi qui encadre de bout en bout le vote des camerounais à l'intérieur du pays, ils s'insurgent contre le fait que des décrets encadrent le vote de la diaspora. De même ils s'insurgent contre le fait que les inscriptions sur les listes électorales de la diaspora ont été bâclées en deux semaines pour une population estimée à plus de quatre millions.

La réunion de l'ambassade des Etats-Unis faisait suite à une réunion du même forum tenue à Bamenda un mois plus tôt et qui a accouché de la "Déclaration de Bamenda", le 20 Août 2011. Le texte de cette déclaration revient sur les critiques formulées à l'encontre du processus électoral et conclut que le Cameroun avec Elecam actuel ne se dirige pas vers des élections crédibles et transparentes.

Toutes ces choses ne sont pas nouvelles en soi. Mais le fait que la réunion se soit tenue dans l’enceinte de l’ambassade des Etats unis d’Amérique à Yaoundé alors que le chef de mission venait « rassurer » le chef de l’Etat semble avoir courroucé au plus haut point le régime de Yaoundé. Au cours d'une réunion d'évaluation du troisième congrès ordinaire du RDPC qui se tenait au palais de l'Unité mardi dernier, l'information sur la réunion du Forum à l'ambassade américaine aurait été soufflée par un participant dans la rubrique « divers ». Toute vérification faite, l'information aurait été avérée, avec un luxe de détails. Entre autres, il s’est dit au cours de la réunion du palais de l’Unité que ce forum se préparerait à mener des actions pour créer des conditions d'un contentieux post électoral qui pourrait générer des violences et justifier une éventuelle intervention étrangère.

Tout ce flux d'information provoque le courroux des autorités de Yaoundé qui crient, selon une source à la présidence de la République, « à un véritable double langage des Américains, qui endorment le président Paul Biya pendant qu'ils encadrent et financent des opposants au régime ». Et de qualifier cette attitude de « flagrante ingérence des Américains dans les affaires intérieures du Cameroun. »
 
Réaction. Une réunion stratégique mais ordinaire

L’ambassade des Usa et Hilaire Kamga mettent les points sur les « i ».

Les responsables de l’ambassade des Etats unis d’Amérique à Yaoundé que nous avons joints au téléphone hier ne nient pas avoir abrité une réunion du Forum. Ils précisent cependant que cela n’avait rien de séditieux, parce que ce n’est pas la première fois que cette structure de la société civile de retrouve dans ses locaux, et que les mêmes réunions se sont déjà tenues dans d’autres ambassades, notamment celle de Grande Bretagne et celle de l’Allemagne au Cameroun. Ces responsables comprennent cependant moins les conclusions hâtives du gouvernement camerounais sur le « double langage » et contestent nourrir des actions de contestation post électorale, et encore moins d’une éventuelle intervention étrangère au Cameroun.

Hilaire Kamga est plus direct. Selon lui, cette réaction du gouvernement est la conséquence d’une « opération montée par les agents de renseignement, nombreux dans la salle qui ont amplifié et déformé les résolutions du Forum ». Pour lui, « c’est la 8e réunion du genre du Forum de la société civile, qui est différent de la plate forme que je dirige. Sa configuration est étalée et élargie aux structures religieuses comme le Service œcuménique pour la paix. Cette Assemblée générale programmée dans l’enceinte de l’ambassade devait statuer sur la position à adopter par le Forum vis-à-vis des rencontres initiées par Elecam pour le mardi qui suivait. Naturellement, les débats ont parfois été chauds sur la posture à adopter, avec des positions parfois extrémistes. Mais ce que nous avons décidé, c’est que les structures invitées devaient y aller et les autres devaient contacter Elecam pour savoir pourquoi elles n’avaient pas été invitées. »

Hilaire Kamga reconnaît également que le forum a ouvertement posé la question de savoir ce que « devait faire la société civile devant le refus des autorités politiques et de Elecam de prendre en compte leurs revendications maintes fois exprimées ». Là aussi, il précise : « Plusieurs propositions ont été faites, y compris les descentes des populations dans la rue. Mais ce qui a été décidé, c’est d’adresser une dernière fois un mémo aux autorités en l’assortissant de délais. Lundi prochain, nous tiendrons une réunion d’évaluation, en fonction des réponses du gouvernement, et nous organiserons une conférence de presse mardi le 27 pour donner notre position officielle. Les Etats unis n’ont rien à voir dans cette affaire ».

Dans cette atmosphère électrique de crise de confiance, tous les regards seront désormais tournés vers lundi le 26 septembre prochain.

Alain B. Batongué

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