25/09/2011 18:21:42
Faut il que demain soit un autre hier?
Dieu, dans sa très grande bonté, a créé le Cameroun, le plus beau pays qui soit…Mais, pour faire bon poids bonne mesure, pour apporter un peu de justice dans le bordel de la création, et éviter la jalousie des autres peuples, il a aussi créé le RDPC...
Afrik
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Le Cameroun est mal parti. Il ne reste plus qu’à espérer que notre intelligence nous évitera de sombrer dans la folie dans laquelle les vieux veulent nous entraîner ! Quand on a si brillamment servi, il y a de la noblesse et de la grandeur se retirer, sauf à accréditer la théorie d’une prise d’otage.





Et si nous avions, au Cameroun, découvert le secret du bonheur : le principe de stabilité ? Partout ailleurs dans le monde, notamment en Afrique, le malheur du citoyen est souvent venu de sa volonté de remettre en question son statut. Le bonheur serait donc dans l’immobilité. L’immobilisme est en mouvement, qui va le stopper ? De là l’interdiction d’avoir une idée originale, l’interdiction d’inventer, l’interdiction d’avoir des hommes nouveaux, l’interdiction de proposer des alternatives aux règles établies, sinon…c’est le « chaos » ! Si l’on considère que les légats de Dieu sur terre martèlent régulièrement à leurs fidèles, qui se complaisent dans des kyrielles de complaintes, que la vie est un don précieux, que santé passe richesse, on a tôt fait d’établir le parallèle avec le système d’endoctrinement camerounais, qui veut que la paix soit la valeur suprême, que la peur du lendemain décourage tout changement, que l’incertitude soit dans l’avenir, alors que c’est précisément le présent qui génère cette incertitude et sécrète l’angoisse. La présidentielle n’est pas une lutte entre les bons et les méchants, mais entre des forces qui luttent pour le même pouvoir ; le destin de Biya a été écrit par la même main que celle qui a écrit le destin de ses opposants ou de son futur successeur !

Dieu, dans sa très grande bonté, a créé le Cameroun, le plus beau pays qui soit…Mais, pour faire bon poids bonne mesure, pour apporter un peu de justice dans le bordel de la création, et éviter la jalousie des autres peuples, il a aussi créé le RDPC. Je n’ai pas le sens apocalyptique, mais ce qui s’est passé au congrès-là est frustrant. Les vieux ne veulent rien lâcher du tout, ils s’accrochent unguibus et rostro, on les retrouve partout, une vraie septicémie, un cancer généralisé : des postes d’honneur aux postes de suppléants, avec par-ci par-là un quadragénaire venu on ne sait d’où…

Pour mieux dissimuler leur malaise et se donner bonne conscience, ils relèvent le plafond de l’âge à l’OJRDPC, qui passe de 30 à 35 ans : comme c’est commode ! Finalement la seule façon pour ce parti de se moderniser ne serait-ce pas de mourir ? Il n’y a eu ni renouvellement ni rajeunissement, il y a eu ouverture aux autres vieux qui menaçaient de trépasser sans avoir jamais occupé de fonctions de prestige. S’ils ont laissé cette occasion d’effectuer leur autocritique, leur mue, c’est qu’ils pensent que seule la mort marquera le début de la relève. Quelle autre occasion auront-ils ? Les jeunes à leurs yeux passent pour des intrus ignorants qui se mêlent de tout, du bétail électoral, auquel on dédie des stances enflammées de sollicitude, voilà tout ! Les jeunes n’assureront la relève que lorsque tous les anciens se seront éteints, par suite d’une providentielle canicule, tant nos dinosaures mettent de l’application à ne pas tirer leur révérence. Ces vieux eux-mêmes ont-ils attendu autant pour être associés aux affaires de leurs pays ?

Eh quoi ! Au final, si c’est à ce genre de carnaval qu’ils veulent associer les Camerounais, ils seraient bien inspirés d’attendre encore 15 ans avant de se réunir à nouveau, voire veiller à ne plus se réunir du tout. Charles Ateba Eyéné n’est pas mon ami, mais il a su forcer l’admiration de nombreux Camerounais, il méritait mieux que son lot de « suppléant ». L’on s’attend désormais à ce que, à moins d’être nommé ministre, il démissionne logiquement de ce parti au lendemain des législatives, s’il veut rester cohérent et ne pas donner le sentiment de ne songer qu’à s’élever et à faire carrière au RDPC. Si le prochain gouvernement demeure aussi sclérosé, c’est que, définitivement, l’opinion des classes dirigeantes sur la jeunesse est faite.

Passons ces membres qu’on a confirmés et que certains croyaient déjà morts, ces anciens ministres qu’on disait en délicatesse avec la justice (Inoni Ephraim, Akame Mfoumou, etc.) qui font leur come-back en force, Mouelle Kombi ne méritait-il pas davantage que cette place de suppléant ? Quant aux ministres impopulaires qui ont été cooptés au Comité Central, il y a là une très mauvaise lecture des enjeux de l’heure. Il faut se rendre à l’évidence : le changement ne viendra pas du RDPC, il ne viendra pas de ce RDPC-là.

Faut il que demain soit un autre hier?

Le Cameroun est mal parti. Il ne reste plus qu’à espérer que notre intelligence nous évitera de sombrer dans la folie dans laquelle les vieux veulent nous entraîner ! Quand on a si brillamment servi, il y a de la noblesse et de la grandeur se retirer, sauf à accréditer la théorie d’une prise d’otage. Faut savoir prendre congé, quand bien même de toutes parts s’élèvent des voix qui offrent des strapontins d’honneur ou scandent à cor et à cri : « encore 14 ans » !

Cela dit, il faut croire au syndrome de Jonas ! La thèse du « Biya est bon, c’est son entourage qui est mauvais » ne résiste plus à l’analyse. Si son entourage était mauvais, il y a longtemps que la médiocrité l’eût emporté, en faisant couler le navire RDPC. Paul Biya est certes transcendant par rapport à ses collaborateurs, mais c’est bien à l’intelligence de ceux-ci qu’il doit, au moins en partie, sa survie politique. De même, s’il était mauvais, et que son entourage était bon, on l’eût délogé d’Etoudi il y a un moment. S’ils étaient tous mauvais et que seul le peuple était bon, on n’en serait plus au régime de monsieur Biya. Tout se tient. Biya est bon, ses collaborateurs aussi et le peuple n’est pas dupe, qui ne s’est pas engouffré dans les tentatives de déstabilisation, les appels à la haine et les pièges du « bruit et [de] la fureur » ! Mais (il y a un mais !) en proscrivant les mots retraite, jeunesse, évolution, nouveauté, proposition, suggestion, ambition, original en tant que porteurs de pensées déstabilisantes, nos vieux « gâtent » littéralement notre pays par pourrissement volontaire de situations déjà hypothéquées.

Après le « deux pas en avant et deux pas en arrière » observés dans d’autres pays, on a inventé au Cameroun le « plus de pas en avant, plus de pas en arrière » : le bonheur est dans la permanence, pour la continuité, il faudra repasser après. Le désordre naît de l’ordre, quand cet ordre est précaire ou injuste, les conflits violents finissent toujours par arriver parce qu’ils sont comme inscrits dans la nature des hommes, au-delà des revendications sociales ou politiciennes. Alors ces jeunes qu’on continue à exclure, on les prépare à laisser libre cours à leurs instincts d’agressivité et de défoulement.

L’autre grande déception a été ceux que le RDPC nous a présentés comme amis : parti communiste chinois, parti démocratique gabonais, parti démocratique de Guinée Equatoriale, Tchad, etc. La belle engeance que voilà ! Bien curieuses références en matière de démocratie ! Nos vieux n’ont recruté leurs amis que parmi leurs admirateurs, en prenant bien soin de fuir ceux qui ont coutume de leur dire leurs quatre vérités. Avec les moyens illimités que sont ceux du RDPC, ce sont les partis majoritaires dans les parlements d’Afrique du sud, du Brésil, du Canada, d’Inde par exemple, qu’on eût aimé entendre, au lieu de… Bebela !c’est quoi ces ambitions au rabais… ?

Enfin, il ne suffit pas, madame Kah Walla, de marcher comme Paul Biya pour succéder à Paul Biya. Il ne suffit pas, maître Bernard Muna, d’avoir pratiquement le même âge que l’actuel locataire pour gagner Etoudi. Il ne suffit pas, sir John Fru Ndi, d’avoir été arbitrairement taxé, dans les indiscrétions de Wikileaks, de corruption, pour prétendre à être « calife à la place du calife »… On ne veut pas faire du biyatisme sans Biya, on veut une rupture d’avec certaines pratiques qui ont cours, avec à la clé un vrai renouvellement du personnel et des méthodes : c’est pourquoi, avant de voter le 09 octobre prochain pour l’homme du 06 novembre, ou pour l’un quelconque de ses rivaux, les jeunes devront tourner leur bulletin sept fois dans leurs mains. Après l’inspiration, l’expiration : c’est en nos mains que réside l’espoir d’un changement, l’avenir des vieux est derrière eux.

ERIC ESSONO TSIMI
Auteur dramatique

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