29/09/2011 03:51:22
Cameroun : sur le chemin de l'aggiornamento politique ?
Biya sur les panneaux affiche un visage de bon père heureux qui se dit être le choix du peuple. On a beau regarder avec une loupe, aucun logo du Rdpc ne vient adouber ce choix. Le président a-t-il décidé de se libérer progressivement des chaînes invisibles que les barons du Rdpc ont tissées autour de lui ?
Le Messager
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Biya sur les panneaux affiche un visage de bon père heureux qui se dit être le choix du peuple. On a beau regarder avec une loupe, aucun logo du Rdpc ne vient adouber ce choix. Le président a-t-il décidé de se libérer progressivement des chaînes invisibles que les barons du Rdpc ont tissées autour de lui ? Biya candidat du peuple est-il le signe d’un élargissement consensuel de la classe politique vers la sacro-sainte démocratie apaisée ?
 
Pour la première fois depuis qu’il préside aux destinées du Cameroun, l’homme du 6 novembre qui s’était appuyé sur l’Unc, avant de créer sa propre formation n’a pas sollicité l’investiture du Rdpc pour être candidat à la présidentielle d’octobre 2012. Le fait est suffisamment insolite, mais dans le feu de l’action, les commentateurs n’ont pas insisté sur cette curiosité. Le ‘crime’ n’était pas parfait ? Voilà que Paul Biya se met en campagne avec des affiches sans label de son parti, comme s’il voulait démontrer sa volonté de s’affranchir du Rdpc.

D’autres détails reviennent aujourd’hui en mémoire au fur et à mesure que les langues se délient : entre autres, le matériel de campagne du président que l’on dit avoir été commandé en Chine dans le plus grand secret, le discours du président au congrès du Rdpc qui avait pris un ton républicain, extra-parti, en tout cas, suffisamment audible pour ses compatriotes, mais aussi pour ses collègues politiques d’autres formations.
 
Au-dessus de la mêlée

Pour sa campagne, il a choisi le Premier ministre comme directeur. En 2004, Peter Mafany au même poste en 2004 n’était que « représentant du candidat du parti » au sein du Comité national de campagne. Sortant aussi des canaux de communication traditionnels, les conseillers du président ont depuis le 10 septembre dernier, mis en ligne le site www.paulbiya2011.cm, qui offre aux électeurs l’essentiel de l’information sur le candidat (biographie, dernière actualité, discours et images).  « Le Cameroun en marche (Cameroon on The Move)», qui barre la têtière du site Internet, ne fait pas grand cas du Rdpc, comme pour dire que désormais, le président entend se mettre au-dessus de la mêlée.

La communication qui se  trouve au centre du dispositif de campagne est édifiante. Les  principaux espaces d’expression : « Paul Biya, le choix du peuple » ? Ce slogan souligne mieux que l’élection présidentielle est une rencontre d’un homme et d’un peuple qui ne demande qu’à être convaincu de la pertinence du projet de société proposé. N’est-il pas à l’opposé du slogan « la nouvelle dynamique» utilisé pendant le troisième  congrès ordinaire du Rdpc, slogan vague à souhait que l’on croyait retenu pour accompagner Biya dans sa nouvelle quête de pouvoir.
 
Maigre bilan

Le malaise est bien perceptible dans le parti ou les membres se demandent avec inquiétude où va le président et à quel saint se vouer dans la démarche ‘indépendantiste’ qui transparaît désormais dans ses actes. Il faudra sans doute attendre la dernière ligne droite de la campagne pour affiner les observations qui sont faites sur l’attitude du président sortant.

Agé de soixante-dix-huit ans (78), Paul Biya est arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982 après la démission du président Ahmadou Ahidjo dont il était le « successeur constitutionnel » conformément à la constitution modifiée en 1979 faisant du Premier ministre le dauphin officiel en lieu et place du président de l’Assemblée nationale. En regardant dans le rétroviseur, le chef de l’Etat sortant a-t-il décidé de répondre à l’appel du peuple pour plus de justice sociale ?

Après le retour au multipartisme en 1990, Paul Biya a été successivement réélu en 1992, 1997 et 2004 dans ce qui aurait dû être son dernier mandat à la tête du pays avant qu’une modification de la constitution en 2008, en l’occurrence, l’article 6.2 qui limitait le mandat du président de la République à deux septennats. Le bilan de tous ces mandats est bien maigre au regard des attentes suscitées lors de sa prestation de serment en 1982. Le prochain septennat fera t-il appel à d’autres forces politiques crédibles pour accompagner Biya vers la sortie, avec une transition négociée et consensuelle ?

On sait que des leaders comme Jean Jacques Ekindi et Fru Ndi sont dans une démarche consensuelle, susceptible de déboucher sur un gouvernement de large concertation nationale. Adamou Ndam Njoya ne serait pas en reste, qui de toutes les façons, est toujours apparu comme un leader modéré, loin des excès que l’on pouvait déplorer par ailleurs. D’autres formations seraient prêtes à rejoindre la ‘nouvelle dynamique’ de partage du pouvoir pressentie par les observateurs, pour sortir le Cameroun du marasme social et économique où il est plongé. La communauté internationale ne verrait pas ce scénario d’un mauvais œil, compte tenu de l’actualité récente en Côte d’Ivoire...

Reste à savoir si Biya et le Rdpc sont capables d’un aggiornamento...

Edouard Kingue

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