30/09/2011 04:42:45
Psychose. Pseudo alerte ou insécurité réelle ?
Qui a intérêt à agiter la menace d’une rébellion supposée ou réelle, pour accéder à certaines prébendes?
Le Messager
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Scène de guerre à Douala

Des hommes vêtus de tenue militaire ont posé sur le pont du Wouri une banderole appelant au départ du chef de l’Etat sortant. Contrairement à certains  témoignages une version autre est distillée dans l’opinion.

Jusqu’au moment où nous allions sous presse, les habitants de la ville de Douala, notamment ceux de Bonabéri étaient encore sous le choc. Aux premières heures du jour, les riverains du fleuve Wouri ont été réveillés par des détonations. C’est que, comme le raconte le vigile d’une entreprise spécialisée dans les travaux publics installés au lieu dit Base Elf. «c’est aux environs de 5 heures 30 que mon collègue et moi avons été surpris par des coups de feu.» De leur poste de surveillance situé à près de cinquante mètres de la scène, les deux sentinelles peuvent alors observer la scène surréaliste qui s’y produit.

Selon ces sources, «deux personnes en treillis militaire étaient sur le pont en train d’installer une banderole.» La même source précise que les intéressés ont été rejoints par un troisième individu qui a installé un drapeau sur un côté du pont près de la banderole. Sur la scène du théâtre, la banderole était encore visible au moment où nous arrivions sur les lieux.  Pour l’essentiel l’enseigne déposé par les «assaillants» indique «les dictateurs doivent partir : Paul Biya dégage.»

Sur le pont, les éléments de la gendarmerie s’activent à récupérer des treillis abandonnés par les assaillants. Témoins oculaires de la scène, les deux vigiles racontent que «après avoir tiré quelques coups de feu en l’air, l’une des personnes a enlevé sa cagoule pour enfiler un scaphandre avant de plonger dans le fleuve tandis que les deux autres ont enlevé leur tenue et sont repartis.» Selon le nommé Njoya, vigile non loin de la scène, «nous avons juste constaté qu’ils avaient laissé leurs treillis quand les militaires sont arrivés.»

Manoeuvres

Quelques temps plus tard, des éléments de la gendarmerie, du bataillon d’intervention rapide (Bir), de la marine nationale, de la police, des sapeurs pompiers ainsi que de nombreuses autres unités d’élite, armés jusqu’aux dents assiègent le pont et ses environs. Sur le fleuve, des chaloupes ratissent large à la recherche de l’assaillant descendu dans l’eau quelques dizaines de minutes plus tôt. Dans l’intervalle, un pick-up de la police démarre en trombe provoquant une ruée de badauds dans son sillage. Dans la foule une rumeur parle de l’arrestation de deux présumés assaillants que personne n’a pourtant vu.

Une rumeur sans fondement. Un officier de police précisera par ailleurs au reporter que l’unité en question répondait là à un rappel de sa hiérarchie pour le rassemblement de routine après une nuit de veille. Quelques heures plus tard, des sources proches de la grande muette évoqueront pourtant l’arrestation d’une dizaine d’assaillants. Dans le même sillage ces sources laissent entendre que «les dix militaires qui brandissaient des armes sur le pont ont été maîtrisés grâce à une mobilisation prompte des forces de défense.» Mais on ne peut s’empêcher de demander où étaient les soldats qui gardent le pont nuit et jour depuis les émeutes de février 2008.
 
Un groupe revendique l’attaque sur le Wouri

Près d’une heure après l’attaque et la pose d’une banderole appelant au départ du chef de l’Etat Paul Biya sur le pont du Wouri, un communiqué de presse publié sur Internet laisse croire que les assaillants sont identifiables. Selon cette correspondance, l’acte posé sur le pont du Wouri serait l’œuvre de « l’Armée de libération du peuple camerounais » (Alpc), une instance agissant dans la perspective de la Haute autorité de transition au Cameroun (Hatc). Bertin Kisob, le signataire de cette correspondance précise que «Nous avons l’honneur de revendiquer publiquement ce jour, la première attaque faite par des éléments de l’Alpc ces dernières 24 heures. » 

L’homme qui se présente comme le guide idéologique de la Maatist divine and holistic power network (Madihpnet) se réjouit d’avoir atteint le but ultime : « car le régime dictatorial de Biya vient d’apprendre que le mur de la peur vient d’être brisé. » Celui qui se présente aussi comme candidat recalé à la présidence de la République annonce des attaques ciblées « surtout sur les bureaux et le matériel électoral. »  Bertin Kisob qui se réserve l’exclusivité de joindre ses interlocuteurs au téléphone  ne fait pas mystère de sa détermination à poser des actes terroristes sur l’ensemble du territoire national.

Pseudo alerte ou insécurité réelle ?

La ville de Douala s’est réveillée avec des détonations à n’en plus finir jeudi 29 septembre. Des coups de feu dignes d’une véritable scène de guerre ont déchiré le ciel jusque-là calme et paisible d’une capitale économique qui vibre au rythme de la campagne électorale. L’attaque sur le pont du Wouri au-delà du symbolisme qu’elle revêt invite à quelques réflexions. Le message «les dictateurs doivent partir : Paul Biya dégage» perçu via le canal d’une banderole que les assaillants ont étalée  sur le pont du Wouri intervient quelques jours avant l’arrivée annoncée du chef de l’Etat sortant et candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) à l’élection présidentielle du 9 octobre prochain à Douala.

Ainsi les auteurs de ce message sont manifestement réfractaires à la présence de Paul Biya, non seulement à Douala, mais aussi à la tête du pays. Un signal fort !  Est-ce suffisant pour le champion du Rdpc d’annuler son séjour dans le Wouri pour motif d’insécurité ? Les militants et autres sympathisants de la région du Littoral n’auront-ils pas le rare bonheur de communier avec leur président national, dans le cadre de la campagne électorale qui bat son plein ?

De toute évidence, le fait pour ces personnes non identifiées, d’arborer des tenues militaires, notamment des treillis, puis d’utiliser un scaphandre qui ne s’acquiert pas chez l’épicier du coin, peut laisser penser qu’une frange des forces armées a utilisé cet « assaut » comme mode d’expression d’un mal être. Une partie de la Grande muette jusque-là inféodée au régime en place fulmine-t-elle une colère née de certaines revendications non satisfaites ? Bien évidemment, le chapeau ne devrait pas être porté par l’ensemble des forces de défense qui, au-delà des indigences matérielles, réussissent l’exploit de remplir leurs obligations. Cela est d’autant plus plausible que l’arsenal mis en œuvre ici est essentiellement constitué d’armes de guerre qui ne sont pas accessibles au premier venu.

Rébellion supposée ?

Comment occulter l’idée selon laquelle, la psychose créée par ces «assaillants» serait un subterfuge savamment orchestré (?) pour préparer la population à ne pas s’offusquer d’une militarisation en projection dans une ville réputée frondeuse. L’opinion serait ainsi la proie facile d’une manipulation dont le but avoué est bassement alimentaire. Que la population s’accommode dans les prochains jours de la présence permanente des éléments des forces de sécurité lourdement armés. Si tel n’est pas d’ailleurs l’hideux constat fait ci et là. La peur va donc envahir la population et pourrait déboucher sur un immobilisme préjudiciable à une économie en quête de repères.

C’est ainsi que dans la même veine, ce « ballon d’essai » serait également une aubaine pour les autorités en charge des questions sécuritaires d’extorquer quelques financements des pouvoirs publics au motif de parer à toute initiative de déstabilisation susceptible d’installer un climat d’insécurité généralisée non seulement à Douala, rampe de lancement, mais aussi dans d’autres villes et régions du pays. Qui a intérêt à agiter la menace d’une rébellion supposée ou réelle, pour accéder à certaines prébendes? Cette hypothèse n’est pas à balayer du revers de la main, ce d’autant plus que de sources bien introduites auprès des forces de sécurité laissent entendre que l’armée, la gendarmerie, la police sont en état d’alerte maximale ces derniers jours. Ainsi va le Cameroun !

Joseph OLINGA / Alain NJIPOU   

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