30/09/2011 05:02:51
Garga Haman Adji. Le prince indocile
Ce n’est pas faute d’être sollicité que Garga Haman Adji ne fait pas partie de l’équipe gouvernementale, mais parce qu’il n’est pas du genre à faire l’âne pour avoir du son...
Le Messager
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De tous les leaders politiques originaires du Grand Nord, Garga Haman Adji est le seul à défier Paul Biya depuis 2004 aux élections présidentielles. Les autres Maïgari Bello Bouba de l’Undp, Hamadou Moustapha de l’Andp, Dakolé Daïssala du Mdr et Issa Tchiroma Bakary du Fnsc ont préféré « démocratiquement » se confiner dans la posture de porteurs d’eau et battre campagne pour Paul Biya. Compréhensif : en dehors de Dakolé Daïssala qui ne fait plus partie du gouvernement depuis 2007, les trois autres y sont. Maïgari Bello Bouba est ministre d’Etat chargé des transports, Issa Tchiroma Bakary est ministre de la Communication et Hamadou Moustapha est chargé de mission à la présidentielle.

Ce n’est pas faute d’être sollicité que Garga Haman Adji ne fait pas partie de l’équipe gouvernementale, mais parce qu’il n’est pas du genre à faire l’âne pour avoir du son. L’homme a un passé de grand commis d’Etat respectable : directeur adjoint de l’administration générale au ministère des Finances (1971-1972), secrétaire général de la Fonction publique (1972-1973), directeur comptable et financier de la Sonel (1974-1981), inspecteur général de l’Etat (1981-1984), administrateur-directeur général de la Boston Bank Cameroon (1984-1986), ministre de la Fonction publique et du contrôle supérieur de l’Etat (1990-1992). Pour ne citer que ces fonctions là. On peu aussi signaler qu’après le coup d’Etat manqué d’avril 1984 et pour délit de faciès, il a fait un tour à Kondengui.

Il figure en bonne place parmi les grands serviteurs de l’Etat que Paul Biya connaît bien pour avoir travaillé avec lui. Mais son charisme et sa forte personnalité que cache mal une convivialité plutôt rare chez les hommes de son rang en font un personnage qui n’accepte pas la compromission. Il est sans doute aussi le seul qui fait montre d’une certaine constance dans sa ligne politique. L’une des rares concessions faites au régime du Renouveau après sa fracassante sortie du gouvernement en août 1992 est son entré à la Commission nationale anti corruption.

Ministre de la Fonction publique et du Contrôle supérieur de l’Etat, il était le gendarme chargé de traquer les prévaricateurs et les corrompus très nombreux sous le régime du Renouveau. C’est lui qui déclencha l’affaire Messi Messi. Il s’agit de cet ancien directeur de la Société camerounaise de banque (Scb) qui a conduit cet établissement financier à la banqueroute. Le déclenchement de cette affaire allait-il ébranler les fondements du régime ? Toujours est-il qu’en haut lieu, on s’est évertué à fermer les yeux sur certaines prises du « baleiniers ». Pour éviter un tsunami dans un sérail de ripoux. Ce qui l’a contraint à rendre son tablier.

Le regretté professeur Anomah Ngu, ancien ministre de la Santé dira de Garga Haman Adji qu’il est « resté un homme simple, fidèle à ses idéaux, refusant de se compromettre pour un quelconque intérêt personnel. Il est grand, digne d’admiration et un exemple pour les Camerounais dont certains feraient n’importe quoi pour obtenir une faveur ». Il recommande « aux jeunes leaders camerounais du 21è siècle de considérer Garga  Haman Adji comme un modèle vivant ».

Depuis qu’il a démissionné du gouvernement le 29 août 1992, Garga Haman Adji observe une prudente réserve vis-à-vis de toutes les tentatives de regroupements de l’opposition. Alors qu’on l’y attendait le moins, le président de l’Alliance pour la démocratie et le développement (Add), formation politique qu’il fonde en 1991, légalisée par le ministère de l’administration territoriale le 4 juin de la même année, se porte candidat à l’élection présidentielle de 2004. Il donnait pourtant l’impression de ne pas se lancer dans une consultation populaire mettant en lice 16 candidats qui, en réalité allaient plutôt faciliter la réélection du président sortant. Mais il finira par se laisser convaincre que le 11 octobre sera peut-être un « jour historique »  pour le Cameroun. Hélas ! Ceux qui proclament le résultat le classent en 4è position derrière Paul Biya, Ni John Fru Ndi et Adamou Ndam Njoya. Résultat néanmoins flatteur quand on connaît « la cuisine » des élections au Cameroun.

Cette année-là, le projet de société que Garga Haman Adji propose aux Camerounais est contenu dans un livre de 260 pages qui expose dans les détails son programme politique pour le pays. Il promet l’industrialisation et le plein-emploi, s’il était élu. « Il y a des gisements d’emplois dans ce pays. Il n’y a qu’à voir notre coton par exemple, transformé à 30 % seulement ici. S’il était majoritairement transformé sur place il créerait au moins 90.000 emplois au Cameroun », explique-t-il.

Dans un environnement électoral transparent Garga Haman Adji aurait de bonnes chances de faire mieux ce que l’administration territoriale lui a attribué en 2004. Dans une élection à deux tours, qui sait si les autres lui feraient confiance ? En juillet 2007, l’Add remporte trois sièges de conseillers au sein de l’exécutif communal de Maroua Ier qui compte 35 conseillers municipaux. Pas un seul député. Mais le président ne fait pas la fine bouche. Pour lui le parti a quand même prouvé qu’il existe.

Son aversion pour la corruption est telle qu’il a fondé une Ong pour continuer la lutte contre ce fléau dans la société civile. Mais que peut « Bonne conscience », l’Ong en question tant que les Camerounais, chacun à son niveau ne s’élèverons pas contre cette corruption dont tout le monde se plaint mais devant laquelle tout le monde se montre complaisant. Parlant des limites de la Commission anti-corruption dans laquelle le président Paul Biya l’a nommé en 2006, il déclare que «  la Conac ne travaille que sur la base des dénonciations. Or, les Camerounais ne veulent pas dénoncer ceux qui les torturent avec la corruption. Il faut faire comme les citoyens d’Akom II, une ville du Sud, qui ont dénoncé. Ils avaient appris qu’une école devait être construite chez eux et savaient que l’argent avait été débloqué. L’école ne venant pas, ils ont dénoncé ».

Travailleur infatigable, dans sa retraite, il continue d’écrire. Son dernier livre a paru en 2009. Il y diagnostique « le mal africain ». « Ce livre concrétise notre modeste contribution à la réflexion commune tendant à sortir l’Afrique de ses innombrables problèmes qui ne cessent de fermenter le bourbier dans lequel elle semble se complaire de patauger », fait-il savoir. L’auteur qui se reconnaît « engagé », montre comment l’Afrique reste un continent de l’anormalité. Un continent dont les dirigeants se jouent avec désinvolture des espoirs et de la patience des populations. Plaçant sa production dans le contexte actuel, l’auteur interpelle les Africains à la vigilance face à un Occident qui n’a aucun intérêt que celui de maintenir l’Afrique dans l’asservissement. Il revient sur le nouveau conflit « économique entre l’Afrique et l’Europe » pour dénoncer son caractère inéquitable et hypocrite. Il ne manque pas de critiquer par ailleurs l’attitude des dirigeants des pays africains qui, selon lui, ont leur part de responsabilité.

« L’irresponsabilité, le déficit du sens de l’Etat, le mépris de l’intérêt général, le manque de foi et de volonté politique affirmée des dirigeants d’une part ; l’inconscience, le manque de maîtrise organisationnelle et d’initiatives dignes d’intérêts, l’absence d’objectifs et de projets programmés,  la gabegie, le népotisme des autorités d’autre part caractérisent la gestion des affaires publiques de la majorité des Etats africains », écrit-il. Les Africains, dit-il, doivent se réapproprier leur indépendance. Comme solution Garga Haman Adji demande aux dirigeants du continent de s’approprier les nouveaux concepts, et se mettre résolument dans le cadre des Etats unis d’Afrique.

Parlant de lui-même, il dit : « Je ne suis pas riche. Je suis un retraité. Mes petits moyens et mes petites maisons que j’ai construites à l’époque où j’étais Dg vont tous à l’Add ». De la relève à la tête de son parti, il dit « Si quelqu’un doit un jour prendre la tête de l’Add, il faut qu’il ait des moyens et qu’il ne vienne pas jeter l’Add dans le mastondonte Rdpc ».

Son projet de société rendu public en 2003 reste d’actualité. Tant que le président de l’Add n’aura pas eu l’opportunité de le mettre en pratique.

Jacques Doo Bell

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